Areva et les coulisses de la gouvernance extravagante d’EDF

Quel est le comble de l’absurdité en matière de gouvernance ? Un Etat-actionnaire censé négocier avec lui même et qui doit donner son accord sur l’accord ? Un comité d’administrateurs indépendants réduit à une seule personne pour prendre des décisions qui engagent toute une filière industrielle ?

Le sauvetage d’ Areva ( dont l’Etat possède 87 %), en évitant de léser EDF ( dont il détient 84,5 %), tout en obtenant que ce dernier se charge des problèmes du premier, a poussé à son paroxysme l’indécence de certains mariages entre capitaux publics et capitaux privés. Et tout cela aurait pu très bien tourner au cauchemar pour les minoritaires d’EDF.

Si jusqu’ici Areva est encore loin d’être sorti de l’ornière, il semble que l’Agence des Participations de l’Etat ait fait le maximum pour protéger EDF contre les tentations des pouvoirs publics de prendre dans leur poche gauche pour remplir leur poche droite.

Un compromis de principe et deux points d’interrogation

Ce qui sera annoncé ce 30 juillet, sera un compromis de principe entre EDF et Areva mais pas encore un accord en bon et due forme. Celui-ci sera précisé à l’automne et mis en oeuvre au second semestre 2016. A première vue, les apparences sont sauves. La transaction respecte certaines exigences d’EDF qui reprend 75 % de l’activité « réacteurs et services, et notamment celle qui tenait à coeur à son PDG Jean-Bernard Lévy : l’électricien ne se chargera pas des pertes futures liées au chantier finlandais d’Olkiluoto.

Toutefois, le diable est dans les détails. Qui récupèrera le lourd passif de l’EPR finlandais s’il devait être mis sous cloche en attend des jours meilleurs ? Une question qui se chiffre en milliards €.  Y-a-t-il eu un compromis signé sur l’avenir du site de La Hague d’Areva ? Ses usines de retraitement de l’uranium et des déchets nucléaires nécessitent de lourds investissements pour continuer à satisfaire aux normes de l’Autorité de sûreté nucléaire.  EDF étant quasiment son seul client, il y a toutes les chances que l’Etat ait essayé de lui « refiler la patate chaude ».

Une volonté de respecter les règles du code Afep-Medef

Reste que l’APE qui porte les participations des deux groupes a voulu faire respecter les règles du code Afep-Medef. Au sein du conseil d’ EDF comme chez Areva, un comité ad hoc d’administrateurs indépendantsa été créé. Objectif : résister à la pression des politiques sur ce dossier et éviter autant que possible, d’avoir à gérer les conflits d’intérêts inévitables de l’Etat actionnaire.

L’enfer étant pavé de bonnes intentions, tout ne s’est pas déroulé exactement comme prévu. Chez l’électricien, le comité d’administrateurs dédié à l’accord, a bien été constitué à partir des administrateurs indépendants d’EDF mais son fonctionnement a été des plus cocasse. Cinq membres du conseil d’EDF sur les dix-huit administrateurs faisaient partie du fameux comité d’indépendants . Exit les salariés, les représentants de l’Etat et même le patron Jean-Bernard Lévy. Régis Turrini, directeur de l’APE, qui siégeait lui même au conseil d’EDF (jusqu’à son départ de l’Agence), s’est naturellement dispensé de s’exprimer en conseil sur les négociations avec Areva. Deux autres actionnaires représentants de l’Etat se sont également abstenus de voter.

Un comité d’administrateurs indépendants ramené à la portion congrue

Philippe Varin, Président d’Areva qui faisait partie des cinq indépendants, a naturellement décidé à partir du 9 juin, de ne plus participer aux réunions pour éviter les conflits d’intérêt et les conflits tout court. Restaient donc en lice dans le fameux comité ad hoc quatre administrateurs pour faire avancer l’accord et décider de l’avenir d’EDF. En théorie seulement, car Bruno Lafont, le PDG de Lafarge, était en pleine opération de fusion avec Holcim et Philippe Crouzet, le PDG de Vallourec en pleine restructuration de son groupe. Autant dire qu’ils n’ont pas vraiment eu le temps d’intervenir sur le dossier.

Laurence Parisot, l’ex présidente du Medef, pas vraiment spécialiste du secteur énergétique et Colette Lewiner, administratrice expérimentée et ex-directrice générale de la branche énergie et services aux collectivités de Cap Gemini, se sont donc retrouvées seules à mener la danse. Et c’est essentiellement sur les épaules de cette dernière, une «femme extrêmement compétente et qui a bien défendu Edf » note une partie prenante, que les administrateurs se sont reposés pour trouver un bon accord. C’est donc un miracle si les intérêts des actionnaires minoritaires d’EDF sont bien préservés. On le saura de toute façon bien plus tard.

Reste maintenant à l’Etat qui a fixé les règles du jeu, à les respecter et à aller jusqu’au bout de sa démarche. A lui de prendre en charge, la recapitalisation d’Areva ainsi que les risques futurs et surtout les futurs risques liés au passé d’Areva.

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