Derrière l’empire français du BTP et des télécommunications se cache une aventure énergétique méconnue sur le continent africain. Le bloc gazier à 880 millions de dollars que la famille Bouygues exploite discrètement en Côte d’Ivoire alimente plus de 70% des besoins du pays en gaz naturel. Cette participation majoritaire de 45,5% dans le gisement offshore CI-27 positionne le groupe comme un acteur clé de la sécurité énergétique ivoirienne, loin des projecteurs habituels.
En bref
- La famille Bouygues contrôle 45,5% du bloc gazier CI-27 via la holding SCDM, valorisé à environ 880 millions de dollars selon une transaction récente
- Le gisement produit 195 millions de pieds cubes de gaz par jour, couvrant plus de 70% des besoins gaziers de la Côte d’Ivoire
- Le bloc alimente 90% des centrales électriques ivoiriennes, dont Azito, Ciprel et CIE, assurant la stabilité du réseau national
- Une structure capitalistique complexe en cascade rend difficile l’identification des intérêts économiques réels pour les observateurs extérieurs
- Les réserves restantes estimées à 540 milliards de pieds cubes garantissent une production soutenue pour les décennies à venir
Un investissement stratégique des Bouygues en Côte d’Ivoire
Le bloc gazier à 880 millions de dollars que la famille Bouygues exploite discrètement en Côte d’Ivoire représente l’un des investissements les plus stratégiques du groupe en Afrique de l’Ouest. À travers la holding SCDM, la famille détient 45,5 % du bloc offshore CI-27, qui constitue aujourd’hui le plus important gisement de gaz naturel du pays.
Cette présence énergétique s’est construite progressivement depuis les années 1990. Le projet a pris son envol avec la signature d’un contrat de partage de production entre Foxtrot International et l’État ivoirien en décembre 1994.
La discrétion entourant cet investissement s’explique en partie par une structure en cascade. Les participations transitent par plusieurs sociétés intermédiaires, rendant les intérêts économiques réels difficiles à identifier pour un observateur extérieur.
La valorisation du bloc gazier : un aperçu des chiffres
Une transaction récente a permis d’établir une estimation précise de la valeur du bloc CI-27. Le 19 août 2026, Panoro Energy a annoncé l’acquisition d’une exposition économique indirecte de 9,09 % auprès de DNO pour un montant de 80 millions de dollars.
Ce prix de référence valorise l’ensemble du gisement à environ 880 millions de dollars. Sur cette base, la participation de 45,5 % attribuée à SCDM correspondrait théoriquement à environ 400 millions de dollars.
Il faut toutefois rester prudent avec ces chiffres. Cette valorisation reste indicative et dépend de nombreux paramètres : structure exacte des participations, droits associés, niveau des réserves confirmées, engagements financiers futurs ou encore durée résiduelle des contrats.
Le bloc CI-27 regroupe quatre champs offshore distincts : Foxtrot, Mahi, Manta et Marlin. Ces gisements renferment les principales réserves de gaz non associé du pays, c’est-à-dire du gaz provenant directement de formations gazeuses et non de gisements pétroliers.
Les enjeux énergétiques pour la Côte d’Ivoire
Le bloc gazier à 880 millions de dollars que la famille Bouygues exploite discrètement en Côte d’Ivoire joue un rôle central dans l’équilibre énergétique du pays. Cette infrastructure stratégique assure une grande partie de l’approvisionnement en gaz du territoire et soutient indirectement la production d’électricité nationale.
Production et consommation de gaz en Côte d’Ivoire
En 2025, le CI-27 produisait en moyenne 195 millions de pieds cubes de gaz par jour. Cette production couvrait plus de 70 % des besoins gaziers du pays, un niveau qui illustre la dépendance du territoire à cette ressource unique.
Le gaz extrait est acheminé par gazoduc vers des installations de traitement, puis distribué principalement vers le secteur électrique. Foxtrot International affirme fournir environ 90 % du gaz nécessaire à l’alimentation des centrales électriques ivoiriennes.
Cette position dominante fait du CI-27 bien plus qu’un simple actif extractif : il s’agit d’un pilier de la sécurité énergétique ivoirienne.
L’importance du bloc CI-27 pour le secteur électrique
Les principaux bénéficiaires du gaz du CI-27 sont les grandes centrales thermiques du pays. Parmi les installations approvisionnées, on retrouve :
- Azito, l’une des plus importantes centrales à gaz du pays
- Ciprel, producteur historique d’électricité
- CIE, la compagnie ivoirienne d’électricité
- Atinkou et Aggreko, autres acteurs du mix électrique
Le modèle commercial repose sur des contrats de long terme avec mécanismes take-or-pay, qui garantissent un revenu stable aux opérateurs même si le gaz n’est pas entièrement consommé. Les hydrocarbures liquides récupérés lors de l’exploitation sont écoulés auprès d’une raffinerie locale.
Près de 95 % des volumes attribuables au bloc sont orientés vers le gaz, confirmant la vocation gazière dominante du projet.
Structure du capital et acteurs clés du projet
Comprendre qui contrôle réellement le CI-27 nécessite de démêler une architecture complexe. La structure opérationnelle du consortium se présente ainsi : PETROCI détient 40 %, SECI 24 %, Foxtrot 24 % et ENERCI 12 %.
La holding SCDM et ses investissements
SCDM, la holding de la famille Bouygues, détient 45,5 % du bloc CI-27 à travers différentes entités. Cette participation s’exerce notamment via SECI, une société ivoirienne décrite comme contrôlée par l’environnement Bouygues.
Cyril Bouygues, représentant de SCDM, occupe le poste de PDG de SECI en Côte d’Ivoire. Cette position témoigne de l’implication directe de la famille dans la gestion opérationnelle.
L’expansion ne s’arrête pas au CI-27. En 2017, des contrats de partage de production concernant les blocs CI-12 et CI-502 auraient été attribués à SECI, prolongeant ainsi l’empreinte énergétique du groupe dans les eaux ivoiriennes.
Panoro Energy et DNO : une transaction révélatrice
La transaction de 2026 entre Panoro et DNO mérite qu’on s’y attarde. Panoro n’a pas acheté directement 9,09 % du permis CI-27. La société norvégienne a acquis DNO CI LLC, une filiale détenant 33,33 % de Foxtrot International, ce qui lui confère une exposition économique indirecte de 9,09 % au bloc.
Cette opération devait être finalisée à la mi-septembre 2026. Elle a révélé plusieurs informations précieuses sur la rentabilité du projet : le coût de production serait d’environ 6 dollars par baril équivalent pétrole, un niveau très compétitif.
Foxtrot International agit comme opérateur du bloc, coordonnant les opérations techniques et la commercialisation du gaz. La société se présente comme le principal producteur de gaz naturel de Côte d’Ivoire.
Les perspectives de développement du bloc gazier
Le CI-27 n’a pas fini de produire. Les estimations font état d’environ 540 milliards de pieds cubes de réserves restantes, auxquelles s’ajoutent environ 380 milliards de pieds cubes de ressources supplémentaires estimées.
Foxtrot mène actuellement une campagne de cinq puits de développement supplémentaires. L’objectif est d’améliorer la récupération et de maintenir la production autour de 190 à 200 millions de pieds cubes par jour.
Selon la demande du secteur électrique et les performances des nouveaux puits, la production pourrait même atteindre environ 230 millions de pieds cubes par jour. Cette capacité d’expansion offre une marge de manœuvre appréciable pour accompagner la croissance économique ivoirienne.
L’histoire du bloc témoigne déjà d’investissements massifs. Au milieu des années 2010, un programme de développement de près d’un milliard de dollars a permis de mettre en production les champs Marlin et Manta, avec l’installation d’une seconde plateforme offshore.
Les implications environnementales et sociales du projet
Toute exploitation gazière offshore soulève des questions environnementales légitimes. L’installation de plateformes, le forage de puits et le transport du gaz par gazoduc impactent les écosystèmes marins et côtiers.
La gestion des risques environnementaux reste un enjeu permanent. Les opérateurs doivent surveiller les émissions, prévenir les fuites et assurer la sécurité des installations face aux conditions marines parfois difficiles.
Sur le plan social, le projet génère des emplois directs et indirects pour l’économie ivoirienne. Le transfert de compétences techniques et la formation de personnel local constituent des retombées positives souvent mises en avant.
La question de la transparence des revenus gaziers mérite aussi qu’on s’y attarde. La complexité de la structure capitalistique rend difficile l’évaluation précise des bénéfices captés par chaque actionnaire, y compris l’État ivoirien.
Le secteur énergétique ivoirien se trouve à un tournant. Le CI-27 continuera de jouer un rôle majeur dans les années à venir, mais son développement devra s’accompagner d’une plus grande transparence et d’un renforcement des standards environnementaux.
FAQ
Quel est le plus grand gisement de pétrole en Côte d’Ivoire ?
Quel est le plus grand gisement de pétrole en Côte d’Ivoire ? L’article traite surtout du gaz : le bloc offshore CI-27 est présenté comme le plus important gisement de gaz naturel du pays, et non un gisement pétrolier.
Quel est le prix du gaz en Côte d’Ivoire ?
Quel est le prix du gaz en Côte d’Ivoire ? L’article ne donne pas de prix de vente. Il mentionne une valorisation du bloc CI-27 à environ 880 millions de dollars et un coût de production autour de 6 $/baril équivalent pétrole.
Quelles sont les entreprises de gaz en Côte d’Ivoire ?
Quelles sont les entreprises de gaz en Côte d’Ivoire ? L’article cite Foxtrot International (opérateur), PETROCI, SECI, ENERCI, ainsi que Panoro Energy et DNO via une exposition économique indirecte au bloc CI-27.
Pourquoi le bloc gazier CI-27 est-il stratégique pour la Côte d’Ivoire ?
Pourquoi le bloc gazier CI-27 est-il stratégique pour la Côte d’Ivoire ? Il couvre plus de 70 % des besoins gaziers et alimente l’électricité : Foxtrot indique fournir environ 90 % du gaz des centrales (Azito, Ciprel, CIE, Atinkou, Aggreko).
Quelle est la part de la famille Bouygues dans le bloc CI-27 ?
Quelle est la part de la famille Bouygues dans le bloc CI-27 ? La famille Bouygues, via la holding SCDM, détient 45,5 % du bloc offshore CI-27, notamment au travers d’entités liées à SECI.
Que révèle la transaction Panoro Energy / DNO sur la valeur du CI-27 ?
Que révèle la transaction Panoro Energy / DNO sur la valeur du CI-27 ? Elle fixe un repère : 80 millions de dollars pour 9,09 % d’exposition économique indirecte, ce qui valorise le gisement autour de 880 millions de dollars.

