L’industrie automobile traverse une phase de transformation radicale où les alliances traditionnelles volent en éclats. Les constructeurs allemands, autrefois intouchables, doivent désormais négocier avec leurs concurrents asiatiques pour maintenir leurs capacités industrielles. Dans ce contexte inédit, Volkswagen pourrait céder une usine européenne à son partenaire chinois Xpeng, marquant un tournant historique dans les relations sino-européennes du secteur automobile.
En bref
- Xpeng cherche activement une usine en Europe pour contourner les droits de douane pouvant atteindre 35 % sur les véhicules fabriqués en Chine
- L’usine autrichienne Magna Steyr, qui assemble actuellement les modèles Xpeng, arrive à saturation face au lancement de trois nouveaux modèles prévu fin 2026
- Volkswagen a lancé un plan d’austérité massif prévoyant la suppression de 750 000 véhicules de capacité annuelle, rendant certains sites disponibles
- Le partenariat entre les deux groupes existe depuis 2023, avec un investissement de 700 millions de dollars de Volkswagen dans Xpeng et le co-développement de véhicules
- Les constructeurs chinois représentent désormais 9,8 % du marché européen en 2025, soulevant des questions cruciales sur la souveraineté industrielle du continent
Les enjeux de l’acquisition d’une usine par Xpeng
Pourquoi Xpeng recherche une nouvelle usine en Europe ?
Volkswagen pourrait céder une usine européenne au chinois Xpeng, un projet confirmé par le constructeur chinois lui-même. Elvis Cheng, directeur Europe du Nord-Est de Xpeng, a annoncé lors du sommet Future of the Car en mai 2026 que des discussions étaient en cours pour identifier un site de production en Europe.
Cette recherche répond à un objectif très précis : contourner les droits de douane européens qui frappent les véhicules électriques assemblés en Chine. Ces surtaxes peuvent atteindre 35 % selon les modèles, ce qui rend les voitures chinoises beaucoup moins compétitives sur le marché européen.
Produire directement en Europe permet à Xpeng d’échapper à ces surcoûts. Depuis septembre 2025, le constructeur chinois assemble déjà ses modèles G6, G9 et P7+ chez Magna Steyr en Autriche pour cette raison.
Mais cette solution ne suffit plus. Xpeng prévoit le lancement de trois nouveaux modèles d’ici fin 2026, et l’usine autrichienne ne pourra pas suivre la cadence.
Les défis de la saturation de l’usine Magna Steyr
L’usine Magna Steyr approche rapidement de la saturation. Ce site autrichien ne produit pas uniquement pour Xpeng : il assemble aussi des véhicules pour BMW, Mercedes, Jaguar et plusieurs autres constructeurs chinois comme GAC.
Cette tension sur les capacités de production crée des problèmes concrets. Les délais de livraison des commandes Xpeng s’allongent déjà, ce qui risque de nuire à l’image de la marque auprès des clients européens.
Face à cette situation, Xpeng n’a pas d’autre choix que de trouver rapidement un nouveau site. L’entreprise chinoise se retrouve toutefois confrontée à un dilemme : racheter une usine existante permettrait de démarrer plus vite, mais nécessiterait probablement des investissements massifs pour la moderniser.
Construire une usine neuve serait plus adapté aux besoins technologiques de Xpeng, mais les délais administratifs et de construction rendraient cette option trop lente.
Volkswagen en pleine restructuration industrielle
Plan d’austérité et réduction de la capacité de production
Le contexte chez Volkswagen facilite ces discussions. Le géant allemand traverse une période difficile et a annoncé en 2024 un plan d’austérité majeur prévoyant la suppression de 750 000 véhicules de capacité annuelle.
Plusieurs sites Volkswagen fonctionnent aujourd’hui en sous-régime. Certaines usines datent des années 1970 ou 1980 et ne sont plus vraiment adaptées à la production de véhicules électriques modernes.
Transformer ces installations thermiques en usines dédiées aux voitures électriques représenterait des investissements colossaux. Pour Volkswagen, céder un site à un partenaire comme Xpeng pourrait donc s’avérer une solution pragmatique.
Ouverture vers des partenariats avec des entreprises chinoises
Oliver Blume, patron de Volkswagen, a clairement ouvert la porte en avril 2026. Il s’est déclaré favorable à une reprise de sites par des partenaires chinois, marquant un virage stratégique important.
Cette approche traduit une réalité : les constructeurs européens doivent désormais composer avec la montée en puissance chinoise. Plutôt que de fermer des usines et perdre des emplois, collaborer avec des marques comme Xpeng pourrait préserver l’activité industrielle sur le territoire européen.
Xpeng discute également avec d’autres constructeurs pour explorer toutes les options possibles. Mais le partenariat existant avec Volkswagen rend ce scénario particulièrement crédible.
Les implications de la collaboration entre Volkswagen et Xpeng
L’historique du partenariat entre les deux constructeurs
La relation entre Volkswagen et Xpeng ne date pas d’hier. En juillet 2023, le groupe allemand a investi 700 millions de dollars pour acquérir environ 5 % du capital du constructeur chinois.
Cet investissement allait bien au-delà d’une simple prise de participation financière. Les deux entreprises ont décidé de co-développer des véhicules, partageant ainsi leur savoir-faire technologique.
Ce type de collaboration industrielle profonde explique pourquoi Volkswagen pourrait céder une usine européenne à son partenaire chinois Xpeng plutôt qu’à un concurrent totalement externe.
Les modèles co-développés et leurs enjeux sur le marché
Le fruit de cette collaboration se concrétise en 2026 avec le lancement de deux SUV électriques de milieu de gamme sur le marché chinois. Ces modèles combinent l’expertise industrielle de Volkswagen et les technologies avancées de Xpeng.
Pour Volkswagen, ce partenariat permet d’accéder plus rapidement aux innovations chinoises en matière de batteries et d’électronique embarquée. Pour Xpeng, c’est l’occasion de bénéficier de l’expérience industrielle d’un constructeur centenaire.
La question d’une usine européenne s’inscrit naturellement dans cette logique de partenariat renforcé. Si Xpeng reprend un site Volkswagen, les deux groupes pourraient même envisager d’y assembler des modèles communs destinés au marché européen.
La perception de l’industrie automobile européenne face à l’entrée de Xpeng
Impact de la concurrence chinoise sur les acteurs européens
L’arrivée des constructeurs chinois en Europe bouleverse le paysage automobile. En 2025, ces marques ont atteint 9,8 % du marché européen, une progression spectaculaire qui inquiète les acteurs historiques.
BYD illustre parfaitement cette montée en puissance avec environ 120 000 véhicules immatriculés en Europe sur les deux premiers trimestres, soit une hausse de 302,6 % par rapport à la même période en 2024.
D’autres marques comme Nio ou Leapmotor cherchent également à s’implanter localement pour échapper aux droits de douane. Ce mouvement pourrait transformer en profondeur l’industrie automobile européenne.
Les constructeurs chinois ne se contentent plus d’exporter : ils veulent produire sur place, embaucher localement et s’ancrer durablement sur le territoire européen.
Le dilemme de la souveraineté industrielle en Europe
Cette situation soulève des questions délicates sur la souveraineté industrielle. Voir des usines européennes assembler des véhicules qui concurrencent directement les constructeurs historiques représente un risque symbolique et stratégique.
Certains redoutent une dépendance technologique envers la Chine, tandis que d’autres y voient une opportunité de maintenir l’activité industrielle et les emplois sur le sol européen.
Les gouvernements européens devront probablement définir des conditions strictes si de tels transferts se multiplient. Questions à trancher :
- Maintien des emplois existants sur les sites repris
- Garanties sur les investissements à moyen terme
- Transferts technologiques et partages de savoir-faire
- Respect des normes environnementales et sociales européennes
Le cas Xpeng-Volkswagen pourrait servir de test pour définir le cadre de ces futures collaborations industrielles entre l’Europe et la Chine.
Les perspectives de Xpeng en Europe
Stratégies de production et d’expansion sur le marché européen
Xpeng affiche des ambitions claires pour l’Europe, mais pose également des exigences élevées. Le constructeur chinois estime que certaines usines allemandes sont « un peu anciennes » et que toutes ne peuvent pas répondre aux standards de ses produits modernes.
La marque mise sur des plateformes ultra-automatisées et des architectures électriques de nouvelle génération. Elle ne souhaite pas hériter de chaînes datées conçues à l’origine pour des modèles thermiques.
Cette exigence technique complique la recherche d’un site adapté. Xpeng devra probablement accepter de lourds investissements de modernisation, quel que soit le site retenu.
Les performances récentes du groupe lui donnent les moyens de ces ambitions. En 2025, Xpeng a livré 429 000 véhicules et réalisé un chiffre d’affaires de 76,7 milliards de yuans, avec son premier bénéfice trimestriel net au quatrième trimestre.
Innovations et technologies de Xpeng en tant que constructeur moderne
Xpeng se distingue par son approche technologique intégrée. Le constructeur développe en interne son système d’aide à la conduite et son système d’exploitation, ce qui lui donne une maîtrise complète de l’expérience utilisateur.
La marque chinoise ne se limite pas aux voitures électriques classiques. Elle travaille sur des projets futuristes comme les robotaxis, un robot humanoïde baptisé IRON, et même des taxis volants via sa filiale AeroHT.
Cette diversification technologique explique pourquoi Xpeng cherche des usines capables d’intégrer des processus de fabrication avancés. Le constructeur ne veut pas simplement assembler des voitures, mais créer des véhicules connectés et intelligents qui incarnent la mobilité de demain.
Si le projet d’acquisition d’une usine européenne se concrétise, ce site pourrait devenir une vitrine technologique pour Xpeng en Europe, démontrant sa capacité à rivaliser avec les meilleurs constructeurs traditionnels sur leur propre terrain.
FAQ
Pourquoi Xpeng recherche une nouvelle usine en Europe ?
Pourquoi Xpeng recherche une nouvelle usine en Europe ? Pour contourner les droits de douane européens sur les véhicules électriques assemblés en Chine, éviter des surtaxes jusqu’à 35 % et soutenir le lancement de trois nouveaux modèles d’ici fin 2026.
Les défis de la saturation de l’usine Magna Steyr
Les défis de la saturation de l’usine Magna Steyr : le site autrichien assemble aussi pour BMW, Mercedes, Jaguar et GAC, ce qui allonge les délais de livraison des commandes Xpeng et pousse la marque à chercher un nouveau site.
Plan d’austérité et réduction de la capacité de production
Plan d’austérité et réduction de la capacité de production : Volkswagen veut supprimer 750 000 véhicules de capacité annuelle, et des usines en sous-régime pourraient être cédées à un partenaire comme Xpeng plutôt que modernisées.
Ouverture vers des partenariats avec des entreprises chinoises
Ouverture vers des partenariats avec des entreprises chinoises : Oliver Blume s’est dit favorable à une reprise de sites par des partenaires chinois, afin de préserver l’activité industrielle et des emplois sur le territoire européen.
Quels sont les enjeux de souveraineté industrielle en Europe si Xpeng reprend une usine Volkswagen ?
Quels sont les enjeux de souveraineté industrielle en Europe si Xpeng reprend une usine Volkswagen ? Ils portent sur le maintien des emplois, les garanties d’investissements, les transferts technologiques, et le respect des normes environnementales et sociales européennes.
Racheter une usine existante ou construire une usine neuve : que gagne Xpeng ?
Racheter une usine existante ou construire une usine neuve : que gagne Xpeng ? Racheter permet de démarrer plus vite mais exige de lourds investissements pour moderniser; construire est mieux pour des plateformes ultra-automatisées, mais trop lent.

