Le monde des cryptomonnaies américain traverse une période décisive. Les entreprises du secteur attendent désespérément de savoir qui supervise quoi entre les régulateurs financiers que sont la SEC et la CFTC. Alors que le vote au Sénat s’annonce compliqué, une question se pose : que se passera-t-il en cas d’échec ? Réglementation crypto : la SEC prépare ses propres règles si le CLARITY Act échoue, une solution de repli qui changerait complètement la donne pour l’industrie mais sans résoudre tous les problèmes de fond.
En bref
- Les chances d’adoption du CLARITY Act au Sénat ont chuté à 27% contre plus de 80% en février, malgré un vote favorable à la Chambre en juillet 2025
- Paul Atkins, président de la SEC, confirme que son agence rédigera ses propres règles si le Congrès n’agit pas, mais sans pouvoir donner de compétences à la CFTC
- L’absence de législation maintient le flou entre SEC et CFTC, empêchant les entreprises de savoir clairement à quel régulateur s’adresser
- Les investisseurs institutionnels restent en retrait face à l’incertitude juridique tandis que l’Union européenne avance avec MiCA
- Les enjeux dépassent le cadre national : il s’agit d’une bataille pour le leadership financier mondial face à la Chine et d’autres pays comme Singapour
Les conséquences potentielles de l’échec du CLARITY Act
Si le CLARITY Act échoue au Sénat, le marché américain des cryptomonnaies restera dans un flou juridique que personne ne souhaite vraiment. Ce projet de loi vise à répondre à une question simple mais fondamentale : quels cryptoactifs relèvent de la SEC et lesquels relèvent de la CFTC ?
Adopté par la Chambre des représentants le 17 juillet 2025 avec 294 voix contre 134, le texte patine maintenant au Sénat. Les probabilités d’adoption ont chuté à environ 27 % avant fin 2026, alors qu’elles dépassaient 80 % en février selon les marchés prédictifs.
Sans cette loi, la frontière entre les deux régulateurs restera floue. Les entreprises crypto ne sauront toujours pas clairement à qui elles doivent s’adresser pour opérer en toute légalité.
Le texte crée une catégorie de « digital commodities » placée sous l’autorité de la CFTC. Bitcoin et potentiellement Ethereum pourraient entrer dans cette catégorie grâce au « test de maturité de la blockchain ».
La SEC conserverait la supervision des jetons proposés dans le cadre d’un contrat d’investissement. Mais si le Congrès n’agit pas, cette répartition claire n’existera jamais officiellement.
Réglementation crypto : la SEC prépare ses propres règles si le CLARITY Act échoue
Paul Atkins, président de la SEC, l’a déclaré sans détour dans son agenda crypto 2026 : son agence est « prête, disposée et capable » d’édicter ses propres règles si le Congrès n’adopte pas le CLARITY Act. La réglementation crypto avancera, avec ou sans loi fédérale.
La SEC pourrait agir rapidement sur plusieurs sujets opérationnels. La qualification des jetons, la conservation des cryptomonnaies et le fonctionnement des plateformes figurent parmi les priorités.
Mais attention : ces règles ne remplaceraient pas une loi fédérale. Paul Atkins précise que la SEC peut agir dans ses compétences actuelles, mais ne peut pas donner à la CFTC une autorité générale sur le marché au comptant des actifs numériques.
Seul le Congrès détient ce pouvoir. Sans son intervention, la CFTC ne pourra jamais superviser durablement le marché spot des cryptomonnaies.
Les règles de la SEC seraient également plus vulnérables. Une nouvelle administration pourrait les modifier ou les contester plus facilement qu’une loi votée par le Parlement.
Analyse des alternatives au CLARITY Act
Face au blocage législatif, plusieurs scénarios alternatifs émergent. Le premier consiste en une réglementation par la SEC elle-même, une sorte de « plan B » administratif.
Cette approche permettrait d’aborder des thèmes proches du CLARITY Act : obligations de transparence pour les émetteurs, règles d’enregistrement pour les plateformes, cadre pour la garde des actifs numériques.
Le problème ? Cette alternative ne redessinerait pas la frontière de compétences entre SEC et CFTC sur le marché spot. L’ambiguïté resterait entière sur cette question centrale.
Une autre alternative implicite serait le statu quo : maintien du flou actuel, avec des clarifications partielles au cas par cas par la SEC. Personne dans l’industrie ne souhaite vraiment ce scénario.
Nous conseillons aux entreprises crypto de préparer plusieurs stratégies de conformité. L’incertitude réglementaire nécessite une flexibilité maximale dans l’organisation interne.
Les enjeux de la réglementation sur le marché des cryptomonnaies
Le besoin d’un cadre lisible n’a jamais été aussi pressant. Une répartition claire des compétences permettrait aux acteurs du marché de développer sereinement leurs activités.
Les États-Unis veulent « construire la prochaine ère financière » selon plusieurs responsables politiques. Certains estiment même qu’il faut agir vite avant que Pékin ne se décide à le faire.
Cet enjeu de concurrence internationale dépasse largement le simple cadre réglementaire national. Il s’agit d’une bataille pour le leadership technologique et financier mondial.
Une réglementation prévisible favoriserait plusieurs évolutions positives :
- Lancement de nouveaux produits financiers crypto
- Arrivée massive d’investisseurs institutionnels rassurés par la clarté juridique
- Développement d’infrastructures de conservation sécurisées et conformes
- Innovation accélérée dans les services financiers décentralisés
Le CLARITY Act prévoyait justement des obligations AML/KYC strictes : vérification clients, déclaration d’activités suspectes, audits indépendants pour les plateformes. Ces règles visent à protéger les utilisateurs sans étouffer l’innovation.
L’extension de la définition de « courtier » et la transmission du formulaire 1099-DA aux utilisateurs auraient également simplifié les déclarations fiscales. Plus de transactions seraient automatiquement déclarées à l’IRS.
Perspectives des acteurs du secteur face à l’incertitude réglementaire
JPMorgan estime la mise en pratique avant fin d’année « aléatoire ». Le resserrement de la fenêtre législative complique sérieusement les chances d’adoption, surtout avec l’approche des élections de mi-mandat en novembre.
La commission bancaire du Sénat a approuvé le texte par 15 voix contre 9, avec le soutien de deux démocrates. Mais plusieurs points de blocage subsistent : conflits d’intérêts, lutte contre le blanchiment, désaccords sur les récompenses versées sur les stablecoins.
Une sénatrice républicaine pro-crypto critique ouvertement les lenteurs. Elle alerte sur le risque de laisser d’autres pays définir les règles de la finance de demain.
Jamie Dimon, patron de JPMorgan, a déclaré que le secteur bancaire « ne se soumettrait pas à Coinbase ». Cette tension révèle un véritable rapport de force entre banques traditionnelles et industrie crypto.
Les plateformes d’échange centralisées surveillent attentivement la situation. Si le CLARITY Act passe, elles devront s’immatriculer auprès de la CFTC pour la première fois, respecter des obligations strictes de protection clients et maintenir des pratiques de trading équitables.
Le secteur DeFi bénéficierait d’une exemption intégrée dans le texte. La section 604 vise à éviter que des développeurs non-custodial ou protocoles véritablement décentralisés soient catégorisés comme transmetteurs de fonds.
Mais la définition exacte de « non-custodial » et « décentralisé » reste débattue. Certaines activités DeFi impliquant garde ou contrôle centralisé resteraient probablement soumises à conformité.
Impact sur les investisseurs et l’innovation dans le secteur crypto
L’échec du CLARITY Act affecterait directement les investisseurs particuliers et institutionnels. Sans cadre clair, beaucoup préféreront rester sur la touche plutôt que risquer une action en justice.
Les investisseurs institutionnels recherchent avant tout la sécurité juridique. Un flou réglementaire persistant retarderait leur entrée massive dans l’écosystème crypto américain.
L’innovation technologique souffrirait également. Les startups crypto hésiteraient à s’implanter aux États-Unis, préférant des juridictions plus accueillantes comme l’Union européenne avec MiCA.
Le test de maturité blockchain proposé par le CLARITY Act offrait une voie claire pour les projets évoluant vers la décentralisation. Un token pouvait passer sous supervision CFTC lorsque son réseau devenait suffisamment décentralisé.
Les critères étaient précis : aucune entité ne devrait contrôler 20 % ou plus de la supply de tokens, code open source, utilité fonctionnelle au-delà de l’investissement. Pour des blockchains établies, au moins la moitié des tokens devaient être détenus hors équipe fondatrice.
Sans ces critères officiels, chaque projet devra naviguer dans l’incertitude. Nous conseillons aux fondateurs de documenter scrupuleusement leur parcours de décentralisation pour anticiper les futures exigences réglementaires.
Le rôle des autres régulations internationales dans le contexte américain
L’Union européenne a déjà introduit un cadre crypto complet avec MiCA. Cette réglementation MiCA influence crypto désormais les décisions stratégiques des entreprises mondiales du secteur.
Si le CLARITY Act était adopté, les États-Unis et l’UE disposeraient tous deux de structures formelles influençant les opérations des marchés mondiaux. L’implantation et le listing des projets suivraient ces deux grands cadres réglementaires.
L’absence de loi américaine crée un déséquilibre compétitif. Les entreprises européennes bénéficient d’une clarté juridique que leurs concurrentes américaines n’ont pas.
D’autres pays observent attentivement la situation américaine. Singapour, les Émirats arabes unis et Hong Kong développent activement leurs propres cadres pour attirer les entreprises crypto.
La coordination internationale reste complexe. Chaque juridiction avance à son rythme avec ses propres priorités. Mais l’absence de leadership américain sur ce dossier laisse un vide que d’autres s’empressent de combler.
Les entreprises opérant internationalement devront jongler entre plusieurs cadres réglementaires. Cette fragmentation augmente les coûts de conformité et complique le développement de produits globaux.
FAQ
La loi Clarity Act sera-t-elle adoptée ?
La loi Clarity Act sera-t-elle adoptée ? Adoptée à la Chambre le 17 juillet 2025 (294 contre 134), elle bloque au Sénat. Les marchés prédictifs estiment ~27 % de chances avant fin 2026, contre >80 % en février.
C’est quoi la loi Clarity Act ?
C’est quoi la loi Clarity Act ? C’est un projet de loi fédéral qui vise à clarifier quels cryptoactifs relèvent de la SEC et lesquels relèvent de la CFTC, en créant notamment une catégorie de « digital commodities ».
Quel sera l’impact de la loi Clarity Act sur le XRP ?
Quel sera l’impact de la loi Clarity Act sur le XRP ? Elle pourrait préciser si le XRP relève de la SEC (contrat d’investissement) ou bascule vers la CFTC via un test de maturité blockchain, réduisant le flou juridique.
Que se passe-t-il si le CLARITY Act échoue au Sénat ?
Que se passe-t-il si le CLARITY Act échoue au Sénat ? Le marché spot reste dans un flou juridique SEC/CFTC, et les entreprises crypto ne savent pas clairement à quel régulateur s’adresser pour opérer en toute légalité.
La SEC peut-elle réglementer les cryptomonnaies sans le CLARITY Act ?
La SEC peut-elle réglementer les cryptomonnaies sans le CLARITY Act ? Oui, Paul Atkins dit la SEC « prête » à édicter des règles (qualification des jetons, conservation, plateformes), mais elle ne peut pas donner à la CFTC un pouvoir spot général.
Quelles alternatives existent au CLARITY Act pour réduire l’incertitude ?
Quelles alternatives existent au CLARITY Act pour réduire l’incertitude ? Une réglementation par la SEC (plan B) ou le statu quo avec clarifications au cas par cas. Mais ces options ne redessinent pas la frontière SEC/CFTC sur le marché spot.

