Le chancelier allemand Friedrich Merz a lancé jeudi un plaidoyer appuyé pour bâtir une véritable place boursière européenne. Son ambition ? Stopper l’hémorragie d’entreprises du Vieux continent qui trouvent refuge sur les marchés américains et asiatiques, symptôme d’une Europe qui peine à retenir ses propres champions économiques.
Fusionner les places européennes : l’urgence selon Berlin
Face aux députés du Bundestag, à quelques jours d’un sommet européen crucial, Friedrich Merz a martelé l’urgence d’harmoniser les règles qui régissent aujourd’hui les différentes Bourses européennes. L’idée : créer un vaste marché financier unifié où les capitaux circuleraient sans entraves, libérant les investissements transfrontaliers qui restent trop souvent bloqués par des réglementations nationales disparates.
Pour le chancelier, les entreprises européennes se retrouvent handicapées par la fragmentation actuelle. Elles ont besoin d’un marché du capital suffisamment vaste et liquide pour lever des fonds rapidement, sans devoir naviguer entre une mosaïque de règles nationales.
BioNTech, Birkenstock, Linde : quand l’Europe perd ses pépites
L’exemple de BioNTech frappe par son symbole. Cette société allemande, devenue célèbre mondiale grâce à son vaccin anti-Covid, s’est tournée vers le Nasdaq dès 2019. Un choix que Friedrich Merz juge révélateur des lacunes européennes : pourquoi nos champions technologiques doivent-ils traverser l’Atlantique pour trouver les financements qu’ils méritent ?
Le phénomène dépasse largement le secteur pharmaceutique. Birkenstock, l’iconique marque de chaussures, a elle aussi préféré Wall Street. Plus douloureux encore : Linde, géant gazier allemand, a carrément quitté le Dax en 2023. Sa justification ? Des contraintes réglementaires nationales trop lourdes qui bridaient son développement. Un départ qui a secoué la place de Francfort.
« Seule une Bourse européenne intégrée garantira que la création de valeur issue de la recherche et de l’innovation européenne demeure sur le continent« , a insisté le chancelier.
Euronext montre la voie, malgré les échecs passés
L’Europe risque-t-elle de devenir un simple « jouet » des puissances économiques extérieures ? Friedrich Merz redoute ce scénario face à la montée en puissance de la Chine et à la domination persistante des États-Unis. Le retrait de l’Europe sur la scène financière mondiale n’est plus une hypothèse lointaine.
Pourtant, certains signaux encouragent l’optimisme. Euronext, qui gère la Bourse parisienne, dessine déjà les contours de cette consolidation européenne. Après s’être approprié Oslo et Milan, l’opérateur vient de lancer une offre sur la Bourse d’Athènes. Une démarche qui prouve qu’une intégration progressive reste possible.
Reste que les tentatives précédentes de rapprochement entre Euronext et Deutsche Börse se sont heurtées à des obstacles politiques et économiques tenaces. Ces échecs rappellent combien le chemin vers une véritable unification des places européennes demeure semé d’embûches.
Avec AFP

