L’avenir de l’Union européenne va-t-il se jouer au rythme trépidant de nos livrets d’épargne ? Entre ambitions relancées et débats épiques, mobiliser les 300 milliards d’euros qui s’évaporent chaque année hors du Vieux Continent, c’est le grand défi lancé par François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France. Accrochez vos ceintures : la finance européenne n’a pas dit son dernier mot !
Une manne insoupçonnée qui file à l’anglaise
« Nous, Européens, nous tiendrons à nos valeurs, aux règles du droit. Simplement, nous devons être plus offensifs dans la façon de les défendre. » Voilà le message salué par François Villeroy de Galhau, après le discours d’Ursula von der Leyen au forum de Davos. Le gouverneur n’a pas manqué l’occasion de marteler que, oui, le « sort » des Européens ne dépend pas que des Américains… ni des Chinois. L’Europe a des atouts, et pas des moindres : une épargne privée « abondante », mais qui, paradoxalement, profite bien peu à l’économie européenne.
Selon lui,
- Chaque année, 300 milliards d’euros de l’épargne des Européens s’investissent hors d’Europe, et d’abord outre-Atlantique, aux États-Unis.
- Il ne s’agit pas d’un manque de capital, mais d’un manque de marchés de capitaux et d’intermédiaires financiers efficaces, comme savent le faire les Américains.
François Villeroy de Galhau le répète : « Récupérons ces 300 milliards » pour financer la croissance, l’innovation et les transitions dont l’UE a cruellement besoin.
L’UE face au mur du financement
Jusqu’ici, rien de bien nouveau sous le soleil communautaire. Mais l’alerte prend une dimension d’urgence : les besoins en capitaux s’emballent. Il faut massivement investir dans
- la transition écologique,
- l’innovation,
- l’intelligence artificielle,
- la défense et la sécurité.
Le constat, cette fois, est partagé de tous : selon un rapport de la Direction générale du Trésor d’avril 2024, « ni les budgets publics ni les bilans bancaires ne pourront supporter cet effort d’investissement à grande échelle ». Traduction : oubliez les subventions étatiques, les crédits d’impôt et les prêts bancaires pour sauver la baraque. Seule option sur la table : orienter vers l’économie réelle cette fameuse épargne des Européens qui, pour l’instant, préfère le parfum du dollar à celui de l’euro.
De l’idée au casse-tête réglementaire
Mobiliser l’épargne, une belle idée… qui peine à prendre corps. Car le diable se cache dans les détails (et ici, ils sont nombreux).
Des solutions jaillissent pourtant :
- Créer un label européen pour les produits d’épargne investis sur le continent.
- Lancer des obligations européennes pour canaliser ces flux financiers.
Mais un obstacle (de taille) bloque : l’absence d’harmonisation des réglementations, notamment fiscales, entre les différents pays membres de l’UE. Voilà pourquoi le projet d’« Union pour l’épargne et l’investissement », porté par le gouverneur de la Banque de France, s’invite dans le débat : il s’agirait de mettre en place un véritable marché unique du financement, à l’image de ce que les Américains savent si bien faire (mis à part le show à la mi-temps, mais c’est une autre histoire).
François Villeroy de Galhau l’assure : « Le meilleur de ce que réussissent les Américains, c’est-à-dire la finance au service de l’économie, nous pouvons le faire en Europe. »
La bataille du vocabulaire… et du bon sens
Certains, un brin taquins, rappellent que « récupérer » signifie « rentrer en possession de ce qui a été volé ou perdu », et que personne n’a vraiment volé l’épargne des Européens ! D’autres s’inquiètent d’un scénario à la Rabelais, où le gouverneur finirait « à la Lanterne » après s’être attaqué à la poule au pot des braves gens.
Mais au-delà de la joute sémantique, un fait s’impose : jamais, jusqu’à présent, l’UE n’a réussi à orienter durablement l’épargne privée vers ses propres besoins stratégiques. Faute de véritable union du financement, les 300 milliards continuent de jouer les globe-trotteurs.
En conclusion : la France a du vin, l’Europe de l’épargne. Mais pour sauver l’avenir du continent, il ne suffit plus de s’enivrer de bonnes intentions. Difficile, certes, mais mobiliser ce trésor endormi reste l’une des clés pour écrire, vraiment, le futur de l’Union européenne.

