Alors que les factures d’énergie explosent, une solution originale débarque chez nous depuis les États-Unis : des radiateurs électriques qui transforment la chaleur du minage de bitcoins en chauffage domestique. Bonus non négligeable : ils génèrent quelques revenus en cryptomonnaie au passage.
Le minage de bitcoin, une source de chaleur réinvestie
Outre-Atlantique, où l’électricité coûte moins cher, les particuliers ont adopté massivement ces radiateurs mineurs. Le principe ? Convertir la puissance de calcul informatique en chaleur utile, ce qui allège automatiquement la facture énergétique. Cade Peterson, qui teste le système depuis deux ans déjà, imagine qu’un jour prochain on trouvera ces appareils chauffants connectés au réseau bitcoin dans les rayons de Leroy Merlin.
Les chiffres donnent le vertige : selon la plateforme K33, l’industrie du minage produit annuellement près de 100 térawattheures de chaleur – de quoi réchauffer toute la Finlande ! Plutôt que de laisser s’évaporer cette énergie, autant la rediriger vers nos radiateurs ou chauffer des bâtiments entiers.
Radiateurs mineurs : une technologie silencieuse et connectée
Les premiers bricoleurs s’y sont mis dès 2009, utilisant leurs machines de minage comme chauffage d’appoint. Problème majeur : le bruit infernal et la consommation électrique pharaonique. Depuis 2017, heureusement, des fabricants proposent des radiateurs qui ressemblent à s’y méprendre aux modèles traditionnels. Sauf que dedans, des puces de minage silencieuses bossent en permanence, connectées à Internet.
Le mécanisme reste simple : en participant au processus de minage, l’utilisateur récolte des fractions de bitcoins qu’il peut échanger contre des euros, réduisant d’autant sa note de chauffage.
Une popularité croissante en France portée par la communauté
Avec l’envolée du cours du bitcoin, ce mode de chauffage alternatif attire chaque jour de nouveaux adeptes. Fulcran, qui a lancé chauffagistes.pool en 2025 (une plateforme d’échanges entre utilisateurs), raconte : « J’ai installé un radiateur mineur en février 2024 et ma facture électrique a vraiment baissé comparé à mes vieux convecteurs ». Son réseau compte maintenant une cinquantaine de membres, avec deux nouvelles inscriptions quotidiennes, principalement grâce au bouche-à-oreille.
Ces radiateurs s’achètent en ligne ou dans des boutiques spécialisées comme le Bitcoin Bazar parisien. Comptez entre 350 euros pour chauffer 15 m² et 1 000 euros pour les gros volumes. Autre élément qui booste l’intérêt : depuis que EDF a revu à la baisse ses tarifs de rachat de l’électricité, miner directement chez soi rapporte davantage que revendre son surplus énergétique.
Une solution d’avenir selon les initiateurs
Côté confort, Fulcran vante la diffusion plus homogène de la chaleur grâce au système de ventilation intégré. Sa prédiction ? « Les Français ont cette force du collectif. D’ici dix ans, avoir un radiateur qui mine sera devenu banal pour chauffer sa maison ».
Son conseil pour maximiser les gains : rejoindre des pools de minage où plusieurs acteurs mettent en commun leur puissance de calcul. Les bénéfices se répartissent ensuite au prorata du nombre d’appareils, de la consommation électrique, mais aussi du cours du bitcoin au moment du minage.
Minage domestique : un pari risqué et politique
L’aventure va plus loin que le simple chauffage : « Chaque jour, nous avons une chance sur 500 000 de valider un bloc entier sur la blockchain bitcoin. Pour un petit mineur, c’est comme jouer au loto toutes les dix minutes », s’amuse Fulcran. Avec son groupe d’une cinquantaine de personnes, ils se partagent équitablement tous les gains.
Revers de la médaille hexagonale : notre électricité chère plombe la rentabilité, sans compter le prix d’achat supérieur de ces radiateurs face au chauffage électrique classique.
Nombre d’utilisateurs s’y lancent d’ailleurs pour des raisons idéologiques ou politiques, voulant participer à la sécurisation du réseau bitcoin plutôt que chercher le profit immédiat. Même aux États-Unis, le débat fait rage : Derek Mohr, professeur à l’Université de Rochester, alerte sur les mirages de cette « chaleur gratuite », accusant certains promoteurs de survendre les bénéfices réels pour les particuliers.

