La presse française a récemment eu des étoiles dans les yeux en contemplant ce qu’on appelle avec gourmandise le « miracle portugais ». Mais avant de sauter dans l’avion pour Lisbonne, posez les lunettes roses : ce miracle s’est bâti sur une cure d’austérité à faire pâlir n’importe quel Gaulois réfractaire. Plongée dans une décennie de sacrifices… et de rigueur !
Un miracle qui a un goût salé : retour sur dix ans d’austérité
Depuis 2011, le Portugal était sous la triple loupe du FMI, de la Banque européenne et de la Commission. Pour en arriver à « redresser les comptes », le pays a dû avaler une potion bacon–morue d’austérité XXL. Voici un florilège de mesures adoptées, difficilement imaginables de ce côté-ci des Pyrénées :
- Baisse puis gel des salaires des fonctionnaires (entre 2,5 et 12%). Résultat : pas de rattrapage au gril du barbecue pour le porte-monnaie !
- Gel des embauches et non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux. L’Éducation Nationale s’est notamment vue amputer de 15 000 postes, ce qui représente 10% de fonctionnaires en moins. Oui, le cours de maths se fait en plus petits groupes… de profs !
- Allongement du temps de travail hebdomadaire pour les fonctionnaires : passage de 35 à 40 heures sans augmentation de salaire. Pour l’ensemble des Portugais ? Légalement, +30 minutes par jour.
- Suppression de 4 jours fériés (heureusement rétablis en 2016, parce qu’il ne faut pas pousser le bouchon trop loin).
- Facilitation des licenciements et indemnités plafonnées : sortir du travail, c’est aussi plus facile (mais pas plus fun).
- Baisse du revenu social d’insertion de 20%. Les plus précaires l’ont senti passer…
- Report de l’âge légal de départ à la retraite : de 60 à 65, puis 66 ans ! Le calcul des pensions ne se fait plus sur les 15 meilleures années mais sur toute la carrière (charmant pour ceux qui rêvaient d’une fin de carrière en douceur). Les retraités gagnant plus de 1 500 euros/mois ont dû payer une cotisation spéciale (momentanément, mais quand même !).
- Fiscalité musclée : TVA augmentée de deux points à 23%. Moins de tranches fiscales, impôt supplémentaire de 3,5% pour les ménages au-dessus de 1 500 euros mensuels. Même la Bourse ne passe pas à travers : transactions taxées à 0,03%.
Transports : quand le quotidien rime avec économies forcées
Les nécessaires coupes budgétaires ne se sont pas arrêtées aux salaires ou à la retraite. Les transports aussi ont payé le prix fort :
- Suppression de lignes de bus et fermeture du métro plus tôt le soir, de quoi compliquer la vie des noctambules et travailleurs tardifs.
- Réduction de l’offre ferroviaire : moins de trains, plus d’attente… et pas que pour prendre le temps de rêver à la plage.
- Augmentation des tarifs des transports publics. Prendre le bus ou le métro n’a jamais coûté aussi cher, sauf peut-être si l’on compare avec Paris, mais pas sûr que cela console qui que ce soit.
- Baisse de la vitesse du métro : passage de 60 à 45 km/h pour économiser sur la maintenance et l’énergie. Si vous pensiez filer à toute allure, il va falloir pédaler !
- Autoroutes autrefois gratuites qui sont devenues payantes. Ne pas oublier son porte-monnaie pour partir en vacances.
Miracle ou marathon de sacrifices ?
Grâce à cette « potion amère » avalée de force, les Portugais voient aujourd’hui de la lumière au bout du tunnel économique. Mais à quel prix ? Le chemin a été semé d’embûches, et pas de baguette magique pour l’éviter : la rigueur n’est pas que sur papier, elle se vit au quotidien.
Faut-il pour autant parler de miracle ? La question est posée. Car s’il y a miracle, il est surtout fait de beaucoup de sueur, d’efforts collectifs et de sacrifices parfois douloureux pour tous les citoyens. Certes, le Portugal respire mieux sur le plan comptable… mais le peuple, lui, ne l’oublie pas.
Leçon franco-portugaise : Rigueur, oui, baguette magique, non !
Alors mesdames et messieurs les aficionados du fado économique, retenez : l’envers du décor du « miracle portugais » n’est ni rose, ni doré. Il impose de réfléchir à ce que nous serions prêts à accepter, ou pas, pour sortir d’une mauvaise passe. Comme souvent, tout miracle a son prix… et sa facture !

