le-rassemblement-national-mise-sur-le-bitcoin-quand-lextreme-droite-courtise-la-crypto

Le Rassemblement national mise sur le bitcoin : quand l’extrême droite courtise la crypto

julien
écrit par Julien

juillet 21, 2025

Le Rassemblement national (RN) cultive désormais un discours pro-bitcoin assumé, flairant le potentiel électoral d’un sujet qui touche 10 % des Français détenteurs de cryptomonnaies. Un positionnement calculé en vue de 2027, qui transforme cette technologie en enjeu de campagne.

De l’interdiction à l’adoption : l’étonnant revirement du RN

Marine Le Pen a opéré une volte-face spectaculaire sur le bitcoin. Après avoir prôné son interdiction pure et simple en 2017, la dirigeante du RN plaidait déjà pour une régulation mesurée en 2022. L’an dernier, lors d’une visite à la centrale nucléaire de Flamanville, elle franchit un cap supplémentaire en proposant d’utiliser les excédents électriques français pour le minage de bitcoin. Un signal fort de ce repositionnement stratégique.

L’offensive parlementaire suit rapidement. En juin 2025, les 123 députés RN déposent un amendement pour développer une filière française de minage de cryptomonnaies. Malgré son rejet par l’Assemblée, le parti récidive un mois plus tard : 72 élus RN signent une nouvelle proposition de loi visant à lancer des expérimentations de minage sur le territoire national.

Le minage comme bouclier économique et industriel

Aurélien Lopez-Liguori, député RN et artisan de ces textes législatifs, développe une argumentation économique. Le bitcoin offrirait une opportunité de relance industrielle et de revenus substantiels pour combler les 40 milliards d’euros que doit dégager la France. Sa vision ? Utiliser le minage non comme placement spéculatif, mais comme levier de réindustrialisation.

A LIRE  Fraude massive : l’ex-CEO de Celsius écope de 12 ans de prison

L’élu s’appuie sur les succès étrangers – États-Unis, Norvège – où cette activité génère des bénéfices tangibles. À ses yeux, la France se prive d’une manne faute de dépasser « les blocages idéologiques de Bercy, de la gauche et des écolos » qui perçoivent encore le bitcoin comme une menace plutôt qu’un atout.

L’héritage de l’alt-right américaine et l’influence trumpiste

Cette passion soudaine pour les cryptomonnaies puise ses racines outre-Atlantique. Dès 2017, l’alt-right américaine, exclue du système bancaire traditionnel, adopte massivement le bitcoin pour financer ses opérations. Une dynamique renforcée par l’entourage Trump et qui essaime progressivement en Europe.

Faune, animateur d’une chaîne YouTube spécialisée sur « Bitcoin et libertés fondamentales », confirme cette filiation : l’avance prise par les mouvements conservateurs américains a inspiré leurs homologues français, créant un effet d’entraînement politique.

Fort de ce positionnement, le RN prépare sa campagne 2027 autour des cryptomonnaies, visant particulièrement un électorat jeune déjà familiarisé avec ces technologies. Le parti écarte néanmoins l’idée d’adopter le bitcoin comme monnaie légale – contrairement au Salvador – privilégiant la stabilité de l’euro. Il s’oppose farouchement à l’euro numérique, dénonçant un risque inédit de surveillance de masse.

L’abandon paradoxal de la gauche libertaire

Cette récupération politique étonne quand on connaît l’ADN originel du bitcoin. La cryptomonnaie véhicule historiquement des valeurs proches de la gauche libertaire : protection des libertés individuelles, critique du système financier, soutien aux minorités opprimées et aux économies émergentes, préoccupations environnementales liées aux méthodes de minage.

Alexandre Stachtchenko, directeur stratégique chez Paymium, regrette cette absence de la gauche française sur le dossier. Selon lui, cette famille politique reste prisonnière d’une vision où l’argent – donc le bitcoin – incarne forcément le « vilain capitalisme ». Une méfiance renforcée par une pression sociale qui marginalise les défenseurs de la crypto dans ces milieux.

A LIRE  GMX s'effondre de 20% après un piratage de 40 millions de dollars

Un phénomène auto-entretenu se dessine : plus le RN s’approprie le bitcoin, plus ses adversaires le rejettent par réflexe partisan, alimentant une spirale qui enferme cette technologie dans une image d’extrême droite. Quelques voix espèrent néanmoins un rééquilibrage vers d’autres sensibilités politiques.

Le « Sommet des Libertés » et les ambiguïtés idéologiques

D’autres formations de droite tentent également de surfer sur cette vague crypto. Le « Sommet des Libertés » organisé à Paris en juin 2025 rassemble 1 400 participants venus écouter Jordan Bardella et Éric Ciotti défendre les cryptomonnaies.

Cette alliance entre extrême droite et communautés bitcoin interroge. Pour Faune, elle révèle un certain opportunisme politique : ces mouvements n’ont jamais été historiquement liés aux valeurs libertaires qu’ils revendiquent soudainement. Un rapprochement qui embarrasse une partie des acteurs crypto, inquiets de voir cette coloration politique radicale rebuter le grand public.

Le bitcoin, technologie neutre malgré les récupérations

Rappelons les origines du bitcoin : révélé en octobre 2008 par le mystérieux Satoshi Nakamoto via un livre blanc fondateur, ce système monétaire électronique se voulait décentralisé, apolitique et indépendant des États. Malgré l’intérêt croissant des gouvernements et partis politiques, le protocole bitcoin demeure fidèle à ses principes immuables, imperméable aux récupérations idéologiques qui l’entourent aujourd’hui.

julien

Passionné de finance, de crypto et d’investissements, Julien est le flair derrière les publications de Minoritaires.com. Toujours à l’affût des tendances émergentes, il excelle dans l’art de “digger” l’info fraîche avant tout le monde. Analyste rigoureux et vulgarisateur dans l’âme, il éclaire chaque actualité avec clarté, pertinence et une dose d'enthousiasme contagieux. Avec Julien, l’info financière devient aussi captivante qu’un thriller.

Laisser un commentaire