La chute vertigineuse qui a secoué le marché des cryptomonnaies le 10 octobre 2025 demeure un traumatisme pour les investisseurs. Cette débâcle brutale, déclenchée par des annonces politiques et aggravée par des défaillances techniques, suscite aujourd’hui de sérieuses préoccupations chez les acteurs du secteur comme sur les plateformes d’échange.
Un effondrement imprévisible après l’euphorie
Les traders de crypto garderont longtemps en mémoire ce krach d’octobre 2025, comparable aux chocs de la crise sanitaire de 2020 ou à l’implosion de FTX en 2022. Mais contrairement à ces précédents, la catastrophe a frappé sans prévenir, à peine quatre jours après que le bitcoin ait établi un record historique à 126 000 dollars. Cette atmosphère euphorique avait poussé les investisseurs vers des prises de risque démesurées, particulièrement avec l’usage intensif de leviers financiers.
L’étincelle ? L’annonce par Donald Trump d’un renforcement des droits de douane sur la Chine, le 10 octobre. Cette déclaration a provoqué la liquidation de positions pour un montant stupéfiant de 19 milliards de dollars – un record absolu dans l’univers crypto. Le bitcoin lui-même a plongé de 15 %, entraînant dans sa chute l’ensemble du marché. Pour mesurer l’ampleur du désastre : les précédents séismes du Covid et de FTX avaient « seulement » généré 1,2 et 1,6 milliard de liquidations respectivement.
Quand les bugs techniques amplifient le chaos
Sur ces 19 milliards évaporés, environ 10 milliards l’ont été sur la plateforme décentralisée Hyperliquid, tandis que Bybit et Binance – des exchanges centralisés – ont respectivement enregistré 4,6 et 2,4 milliards de liquidations. Mais le carnage a été amplifié par des dysfonctionnements majeurs sur plusieurs plateformes.
Un spécialiste du secteur révèle que des erreurs dans les calculs de prix, combinées à l’assèchement soudain des carnets d’ordres, ont créé des mouvements de prix aberrants. Ces distorsions ont déclenché des liquidations en série, touchant même des positions supposées sécurisées. Résultat : des investisseurs se sont retrouvés ruinés du jour au lendemain.
La face cachée d’un iceberg financier
Si la transparence règne sur les plateformes décentralisées, les données fournies par les exchanges centralisés restent invérifiables – ces derniers ne communiquent que ce qui les arrange.
D’après Lilian Aliaga, cofondateur d’OAK Research, le montant réel des liquidations dépasse largement les 19 milliards affichés, notamment chez Binance où la volatilité battait tous les records. Il précise que les liquidations dans l’écosystème DeFi (finance décentralisée) ne sont même pas intégrées à ces estimations, alors qu’elles se comptent aussi en milliards.
L’ampleur des capitaux en jeu donne le vertige : la DeFi rassemble à elle seule près de 146 milliards de dollars d’encours, selon DefiLlama. Ces protocoles ouverts permettent aux utilisateurs d’accéder à des services financiers traditionnels – crédits, épargne – en cryptomonnaies, rivalisant directement avec les plateformes centralisées sur ce marché parallèle.
Illustration frappante : la valeur totale verrouillée (TVL) du protocole DeFi Aave a chuté de 45,5 à 37,5 milliards de dollars entre le 10 et le 11 octobre. Impossible toutefois de déterminer si cette baisse résulte de retraits volontaires ou de liquidations forcées.
Les leçons d’un naufrage programmé
Chaque crash apporte son lot d’enseignements. Après l’effondrement de FTX, nombre d’investisseurs avaient fui les plateformes centralisées au profit de portefeuilles hardware comme ceux de Ledger.
Que retenir de cette nouvelle secousse ? Premièrement, l’envolée du bitcoin en 2025 ne justifie pas un optimisme aveugle sur les altcoins, notoirement plus instables. Deuxièmement, l’usage des leviers financiers soulève désormais des questions épineuses, notamment sur des plateformes comme Hyperliquid qui utilise un système de désendettement automatique (ADL).
Lilian Aliaga explique que lors de pics de volatilité extrêmes, ce mécanisme peut fermer les positions gagnantes de certains traders pour compenser celles des perdants – créant un effet domino de liquidations comme on l’a observé pour la première fois lors de cet épisode.
L’appel à une surveillance renforcée
Ce contexte relance le débat sur la réglementation. Aux États-Unis, une première loi sur les stablecoins a été votée en juillet, mais certains réclament une supervision élargie pour mieux protéger les investisseurs. Kris Marszalek, patron de Crypto.com, exige un audit poussé des plateformes les plus touchées par les liquidations afin de garantir l’équité des pratiques.
L’Europe adopte une approche plus restrictive : rares sont les acteurs autorisés à proposer des produits dérivés, ce qui selon Louis Laszlo, CTO de Meria, offre une meilleure protection comparé au marché américain où des plateformes comme Hyperliquid proposent des effets de levier considérables.
Lilian Aliaga note que si le marché global semble avoir encaissé le choc, de nombreux investisseurs portent encore les stigmates de leurs pertes personnelles.
Un écosystème crypto ébranlé mais pas moribond
Malgré les difficultés de reprise, le marché des cryptomonnaies n’a pas basculé dans un « bear market » durable – caractérisé par une chute de plus de 20 % de la valeur d’un actif. À l’opposé, un « bull market » correspond à une hausse supérieure à 20 %. Cette nuance demeure cruciale pour analyser l’évolution des tendances sur ces marchés ultra-volatils.

