Voilà plusieurs années que Maisons du Monde traverse une passe difficile. L’enseigne de décoration subit de plein fouet l’inflation galopante de 2022-2023 et la flambée des taux d’intérêt. Résultat : les consommateurs boudent les achats non indispensables. Le secteur immobilier, pilier du marché du mobilier, n’arrange rien à l’affaire.
En Bourse, le carnage est impressionnant. Il y a quatre ans, le titre cotait encore plus de 20 euros. Jeudi dernier ? Seulement 2 euros à la clôture. Mais ce vendredi, surprise : l’action décolle de 11,3 % en milieu d’après-midi. La raison ? Un retour à la croissance au troisième trimestre, du jamais vu depuis 2021 selon TP ICAP Midcap.
Le troisième trimestre marque enfin la rupture
Entre juillet et septembre, Maisons du Monde a encaissé 224,7 millions d’euros de chiffre d’affaires. Soit une progression de 4,6 % en données publiées et même 5,6 % en données comparables.
Pour les analystes de TP ICAP Midcap, ce redressement était « tant attendu ». Au point qu’un tel rebond semblait presque utopique.
L’international tire la machine, la déco explose
Cette embellie provient surtout de l’international, qui pèse désormais près de 47% du chiffre d’affaires total. Les revenus bondissent de 8 % sur cette zone. La France suit le mouvement avec une croissance plus timide de +2,4 %.
Oddo BHF attribue ce mieux-être au lancement précoce des collections Automne-Hiver 2025 et à l’optimisation de la supply chain.
Dans le détail, la décoration cartonne avec un saut de 7,4 %, tandis que le mobilier rattrape son retard (+2,2 %).
Les magasins rénovés dopent les ventes physiques
Les points de vente physiques retrouvent des couleurs : +8,9 % de croissance en données comparables. La rénovation des magasins et l’augmentation du trafic client (+7 %) expliquent cette dynamique. À l’inverse, l’e-commerce peine encore, même s’il respire un peu mieux avec +1 % après des mois chaotiques.
François Melchior, le PDG, reconnaît que les derniers trimestres ont été « particulièrement éprouvants », entre transformation interne et climat économique hostile. Il affiche toutefois sa prudence face aux incertitudes persistantes.
Transformation en cours, patience de mise
TP ICAP Midcap, qui bascule à l’achat sur la valeur, considère ce trimestre comme encourageant. Mais inutile de crier victoire : trop tôt pour parler de retournement durable.
Chez Oddo BHF, on mise sur le plan de réduction des coûts pour préserver la rentabilité malgré la consommation atone. Le management accélère sa mue : 63 magasins remodelés fin 2024, près de 100 prévus d’ici fin 2025. S’y ajoutent l’adaptation de l’offre et la refonte de l’expérience client pour relancer la machine commerciale.
Reste que le rétablissement des marges demeure flou. Oddo BHF maintient sa recommandation « neutre » sur le dossier.

