À une époque où les burn-out pullulent plus vite que les séries sur les plateformes de streaming, une nouvelle méthode anglo-saxonne fait parler d’elle jusqu’en France : le « reset day ». Miracle pour travailleurs surmenés ou simple effet de mode à l’anglaise ? Lumière sur cette journée (pas si) banale qui prétend sauver nos nerfs… et notre productivité.
Le reset day, quésaco ?
Le « reset day », ou jour de réinitialisation, c’est la recette made in UK qu’expérimente la rédaction britannique du magazine Stylist pour lutter contre l’épuisement professionnel. Quand on sait qu’en France, entre 300 000 et 500 000 personnes seraient déjà dans cette situation, toute idée pour limiter la casse vaut le détour.
À l’origine, le concept rimait avec un jour de repos hors travail, pour respirer et ne pas finir lessivé. Mais, dans sa version stylisée, le reset day s’invite désormais dans la semaine de boulot.
Comment ça marche ? Mode d’emploi façon Stylist
La promesse ? Offrir, une fois par mois, une journée entière au salarié pour se déconnecter de toutes les distractions modernes :
- Pas de réunions ni de notifications intempestives sur Slack.
- Zéro appel, ni vague de sollicitations fendues d’urgences imaginaires.
- Le collègue injoignable (et fier de l’être) en mode « travail de fond ».
La journaliste Amy Beecham détaille : ce jour-là, on prévient tout le monde : « On contacte seulement en cas d’urgence, merci bonsoir ! » L’idée : s’attaquer aux dossiers en souffrance, aux tâches qui demandent (vraiment) de la concentration et qui sombrent généralement sous la montagne de micros interruptions quotidiennes.
Pour résumer, c’est LA journée où l’on est présent, sans l’être tout à fait. On change son statut Teams pour faire comprendre qu’on bosse en mode commando, loin du brouhaha habituel.
Recul stratégique ou gadget à la mode ?
Selon Emily Button-Lynham, coach citée dans Stylist, cette journée spéciale a du bon : elle permettrait réellement de prendre du recul sur la routine, de recharger les batteries et, luxe suprême, de repenser à froid l’ordre des priorités. Se déconnecter pour mieux cibler son énergie, éviter le multitâche à outrance… On rêve tous d’en ressortir prêts à reprendre le dessus, sans sombrer sous la pile de dossiers.
Mais, chez les experts français, l’enthousiasme est plus tempéré. Jean-Christophe Villette, psychologue du travail et directeur du cabinet Ekilibre Conseil, se montre prudent : oui, chercher des solutions contre la dégradation psychologique liée au travail, c’est un bon point. Mais, selon lui, gare à l’engouement pour cette solution « magique » qui s’impose tel un effet de mode. Il souligne que la méthode du reset day semble très adaptée à des tâches de concentration spécifiques – typiquement la rédaction – mais probablement peu pertinente à généraliser en France.
Il pointe aussi du doigt la rigidité du dispositif. « C’est un peu extrême », juge-t-il, et cela pourrait générer plus d’inconvénients que d’avantages à l’échelle de toute une organisation. Imaginer chaque équipe, tentant de jongler entre ceux qui « reset » le mardi et ceux qui préfèrent le jeudi, peut tourner à la gestion de calendrier façon Tetris fatigué… Ce qui complique (encore plus) le travail collectif.
Reset day, la solution ? Ou un ingrédient parmi d’autres ?
Miracle ou pas, le reset day a le mérite de rappeler une vérité : il faut s’accorder régulièrement le droit à la déconnexion, ne serait-ce que pour protéger sa santé mentale. Jean-Christophe Villette le martèle : préserver l’équilibre entre vie perso et boulot, pendant les week-ends ou les vacances, reste la base.
D’autres solutions, souvent plus souples et déjà en œuvre en France, pourraient s’avérer plus adaptées :
- Le télétravail, qui permet de se concentrer sans interactions permanentes
- Des demi-journées dédiées aux tâches de fond
- Plus de flexibilité dans l’organisation, pour caler des temps de travail de qualité selon les moments de la journée
Ces dispositifs ont tous ce point commun : articuler, de façon agile, les impératifs individuels et collectifs, sans que l’entreprise n’y laisse des plumes.
En résumé : la journée de réinitialisation n’est pas la baguette magique contre tous les burn-out, mais elle invite à penser nos journées autrement. S’accorder des moments « off », décaler le regard sur sa routine, c’est déjà un grand pas ! La vraie victoire, c’est surtout de préserver notre équilibre… en attendant la prochaine mode anti-stress. Alors, prêt à tenter le reset ? (À vos statuts Teams… ou pas !)

