L’avidité rencontre la technologie dans une arnaque qui a visé les personnes les plus vulnérables : des centaines de retraités américains ont perdu leurs économies après avoir cru investir dans les entreprises les plus prestigieuses de la Silicon Valley. Cette Fraude à 74 millions de dollars : de fausses parts de SpaceX vendues à des retraités dévoile comment un réseau de plus de 100 courtiers malhonnêtes a exploité les rêves d’enrichissement rapide pour vider les comptes bancaires de leurs victimes.
En bref
- Un réseau de 100 courtiers dirigé par Andrew Spaventa a escroqué plus de 650 investisseurs depuis 2020 en vendant de fausses actions de SpaceX, Anthropic et autres entreprises tech
- Les fraudeurs achetaient des parts à 32-41 dollars sur le marché secondaire et les revendaient jusqu’à 58,50 dollars, générant des marges de 41% à 79%
- Plus de 100 retraités ont été spécifiquement ciblés avec des investissements moyens de 100 000 dollars ou moins, représentant souvent les économies d’une vie
- Le système fonctionnait comme un « boiler room » moderne avec des scripts de vente rodés, des bureaux à Long Island et New Jersey, et des promesses d’accès exclusif
- La SEC réclame la restitution des gains et le bannissement définitif d’Andrew Spaventa qui nie les accusations et annonce vouloir se défendre
Le schéma de fraude exposé par la SEC
La fraude à 74 millions de dollars : de fausses parts de SpaceX vendues à des retraités constitue l’une des arnaques les plus sophistiquées démantelées récemment par le régulateur boursier américain. La SEC a porté plainte contre un réseau impliquant plus de 100 courtiers qui auraient trompé des centaines d’investisseurs depuis décembre 2020.
Ce montage frauduleux reposait sur une promesse simple mais alléchante : offrir un accès privilégié à des actions de sociétés technologiques prestigieuses avant leur introduction en Bourse. SpaceX, Anthropic, Anduril et Perplexity servaient d’appâts pour attirer des investisseurs particuliers vers 11 fonds privés associés au réseau.
Les bureaux situés à Long Island et dans le New Jersey servaient de bases opérationnelles pour cette vaste escroquerie. Le réseau promettait un accès à des sociétés « très fermées », difficilement accessibles au commun des mortels.
L’argument massue ? Pouvoir investir dans SpaceX ou Anthropic avant tout le monde, au moment où ces entreprises concentrent tous les fantasmes boursiers du secteur technologique.
Fraude à 74 millions de dollars : de fausses parts de SpaceX vendues à des retraités
Les détails des investissements frauduleux
Le réseau opérait sous la direction du Spaventa Group (TSG), fondé en 2020 par Andrew Spaventa, un ancien courtier. La mécanique était bien rodée : les démarcheurs affirmaient qu’il n’y avait aucun frais caché susceptible de réduire l’investissement.
Pourtant, la réalité était tout autre. Prenons l’exemple du Fund 8 qui achetait des parts d’Anthropic entre 32,62 et 41,53 dollars l’unité sur le marché secondaire.
Ces mêmes parts étaient ensuite revendues aux clients à 58,50 dollars l’unité. Cette pratique générait des marges colossales, oscillant entre 41 % et 79 %. Rien que sur cette opération Anthropic, le réseau aurait levé 5,8 millions de dollars en 2024.
Le marché secondaire des actions pré-IPO constitue une zone grise réglementaire où les prix se fixent de gré à gré et où la traçabilité reste parfois insuffisante. Cette opacité facilitait grandement les manipulations du réseau Spaventa.
Profil des victimes : retraités ciblés
Plus de 650 investisseurs auraient été piégés par ce système. Parmi eux, plus de 100 retraités constituent un groupe particulièrement vulnérable qui a été ciblé méthodiquement.
Les montants investis révèlent la stratégie du réseau : une grande partie des victimes avait placé 100 000 dollars ou moins. Des sommes significatives pour des retraités, souvent constituées d’économies accumulées pendant des décennies de travail.
Pourquoi viser spécifiquement les retraités ? Cette population représente une cible idéale pour les fraudeurs :
- Ils sont généralement peu familiers des mécaniques complexes du capital-risque
- Ils recherchent des rendements supérieurs à l’épargne traditionnelle pour compléter leur pension
- Ils disposent souvent d’un capital disponible suite à la vente d’un bien ou à un héritage
- Ils ont tendance à faire confiance aux professionnels qui se présentent comme conseillers
Les rouages d’un boiler room moderne
Le terme « boiler room » désigne ces officines qui font travailler des dizaines d’agents au téléphone avec des scripts préétablis pour vendre des placements douteux à des particuliers mal informés. Dans le cas du Spaventa Group, plus de 100 agents démarchaient des milliers de prospects avec des arguments rodés.
Ces agents suivaient un scénario bien précis. Ils contactaient d’abord les prospects par téléphone, souvent à partir de listes achetées auprès de courtiers en données.
La présentation était soigneusement calibrée. Les vendeurs insistaient sur le caractère exclusif de l’opportunité et sur l’urgence d’agir rapidement avant que l’offre ne disparaisse.
Les scripts incluaient des réponses préfabriquées aux objections courantes. Quand un prospect exprimait des doutes, l’agent disposait d’arguments de réassurance immédiatement mobilisables.
Le professionnalisme apparent de l’opération renforçait la crédibilité du piège. Bureaux physiques, site web soigné, documentation fournie : tous les signaux extérieurs mimaient ceux d’une société d’investissement légitime.
Enseignements sur la vulnérabilité des retraités face à la fraude
Cette affaire révèle comment les retraités deviennent des proies privilégiées dans un contexte financier en mutation. La sensibilité à la promesse d’un rendement supérieur s’explique par la faiblesse des taux d’intérêt sur les placements traditionnels depuis plusieurs années.
Le contexte politique actuel amplifie ces risques. L’administration Trump pousse à ouvrir les plans de retraite américains 401(k), équivalents du PER français, aux actifs privés et à la cryptomonnaie au nom de la démocratisation de l’investissement.
À mesure que les portes s’ouvrent, des réseaux comme celui-ci trouvent de nouvelles failles tandis que la régulation peine à suivre le rythme des innovations financières.
Face à des offres d’accès pré-IPO à SpaceX, Anthropic ou Anduril, nous conseillons de se méfier systématiquement des sollicitations téléphoniques scriptées. Les promesses d’accès privilégié et les affirmations sans frais cachés constituent précisément les éléments caractéristiques du montage frauduleux décrit par la SEC.
Les implications réglementaires et l’attitude de la SEC
La réaction du régulateur dans cette affaire montre une volonté de fermeté. La SEC réclame la restitution des gains et un bannissement définitif des marchés pour Andrew Spaventa.
Le principal mis en cause nie les faits et annonce vouloir se défendre. Cette posture n’est pas rare dans ce type de dossier où les preuves doivent être rassemblées minutieusement.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte de vigilance accrue du régulateur. Récemment, la SEC traquait déjà une fraude aux investisseurs de 8,6 milliards de dollars, démontrant l’ampleur des enjeux dans le secteur financier américain.
Le démantèlement de ce réseau envoie un signal fort aux autres opérateurs tentés par des pratiques douteuses sur le marché des actions pré-IPO. La coordination entre les différents services de la SEC témoigne d’une stratégie d’ensemble contre ces fraudes.
L’impact de l’inflation technologique sur les escroqueries financières
L’engouement démesuré pour les entreprises technologiques crée un terreau fertile pour les escroqueries. SpaceX et Anthropic incarnent aujourd’hui les promesses les plus excitantes de la tech, attirant naturellement l’attention des investisseurs comme celle des fraudeurs.
Cette « inflation technologique » fausse les perceptions. Quand une société devient l’objet de tous les fantasmes boursiers, les investisseurs perdent leur esprit critique et acceptent des conditions qu’ils refuseraient dans un contexte normal.
Le désir de ne pas manquer la prochaine révolution technologique pousse certains à baisser leur garde. La peur de rater l’opportunité d’une vie devient un levier psychologique puissant entre les mains des escrocs.
Les réseaux frauduleux exploitent habilement cette dynamique. Ils comprennent que la simple mention de noms comme SpaceX suffit à déclencher l’intérêt, puis à court-circuiter les mécanismes de prudence habituels.
La vigilance reste le meilleur rempart. Aucun investissement légitime ne nécessite une décision précipitée, et les véritables opportunités d’investissement dans des sociétés de premier plan passent rarement par des démarchages téléphoniques auprès de particuliers inconnus.
FAQ
Qu’est-ce que la fraude à 74 millions de dollars liée à de fausses parts de SpaceX ?
Qu’est-ce que la fraude à 74 millions de dollars liée à de fausses parts de SpaceX ? C’est un montage où des investisseurs pensaient acheter un accès pré-IPO (SpaceX, Anthropic, etc.) via des fonds privés, mais subissaient des prix manipulés et des marges cachées.
Comment le Spaventa Group (TSG) a-t-il trompé les investisseurs ?
Comment le Spaventa Group (TSG) a-t-il trompé les investisseurs ? En affirmant qu’il n’y avait aucun frais caché, puis en revendant des parts achetées sur le marché secondaire beaucoup plus cher, générant des marges de 41 % à 79 %.
Pourquoi les retraités ont-ils été ciblés dans cette arnaque ?
Pourquoi les retraités ont-ils été ciblés dans cette arnaque ? Parce qu’ils recherchent des rendements supérieurs, font plus facilement confiance à des “conseillers”, et sont souvent moins familiers des mécanismes du capital-risque et des actions pré-IPO.
Qu’est-ce qu’un « boiler room » et comment a-t-il été utilisé ici ?
Qu’est-ce qu’un « boiler room » et comment a-t-il été utilisé ici ? C’est une officine de démarchage téléphonique avec scripts, urgence et “opportunité exclusive”, utilisée par plus de 100 agents pour pousser des placements liés à des fonds privés.
Pourquoi le marché secondaire des actions pré-IPO facilite-t-il les manipulations ?
Pourquoi le marché secondaire des actions pré-IPO facilite-t-il les manipulations ? Car les prix se fixent de gré à gré, la traçabilité peut être insuffisante, et l’opacité permet de surfacturer des parts sans repères clairs pour l’investisseur.
Que demande la SEC contre Andrew Spaventa et le réseau ?
Que demande la SEC contre Andrew Spaventa et le réseau ? La SEC réclame la restitution des gains et un bannissement définitif des marchés, après une plainte visant un réseau de courtiers accusé d’avoir trompé des centaines d’investisseurs.

