Air France-KLM, géant aérien franco-néerlandais, sort de sa traversée du désert boursière. Après des trimestres compliqués qui avaient refroidi les investisseurs, le groupe retrouve des couleurs grâce à un pari audacieux : miser tout sur le haut de gamme. JPMorgan y croit dur comme fer et rehausse sa recommandation à « surpondérer ».
Un troisième trimestre qui avait fait mal
Début novembre, la publication des comptes du T3 avait provoqué un véritable séisme en Bourse. L’action s’effondrait de près de 15% en une journée, laissant les actionnaires sur le carreau. Pourtant, la maîtrise des coûts était plutôt satisfaisante selon plusieurs observateurs. Mais voilà : le court-courrier peine, le fret traverse une zone de turbulences, et l’environnement économique reste tendu, comme le rappelle Barclays.
Ce lundi 1er décembre change la donne. Le titre s’envole de 7,5% en milieu de séance, nageant à contre-courant d’un CAC 40 qui recule de 0,5%.
JPMorgan voit grand avec la stratégie premium
La banque américaine ne fait pas dans la demi-mesure. Elle passe sa recommandation de « neutre » à « surpondérer » – autrement dit, feu vert pour l’achat. Son objectif de cours grimpe de 8 à 14 euros, soit un potentiel d’appréciation de 32% par rapport aux 10,59 euros de vendredi.
Les projections de JPMorgan tablent sur une expansion des capacités de vol de 4% en 2026, dépassant largement la croissance de la demande prévue à 2,4%. Cette dynamique s’appuierait sur le raffermissement des économies française et néerlandaise. La recette unitaire par passager devrait progresser modestement de 0,4%, tirée vers le haut par l’essor des cabines premium.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : chez Air France, la proportion de sièges premium est passée de 8% en 2022 à 9% fin 2025, avec une cible de 10% en 2028. KLM part de plus loin – zéro siège premium en 2022 – mais rattrape son retard avec 6% en 2025 et un objectif de 9% en 2028. Cette montée en gamme, que JPMorgan qualifie de « premiumisation », devrait booster significativement les revenus unitaires. La part des sièges premium et économique premium sur les long-courriers devrait bondir à 22% en 2028, contre 15% en 2022.
Sur le volet financier, la banque anticipe une marge d’exploitation en hausse d’un point, atteignant 6,8% d’ici 2026 – pas loin du record historique de 7,2%. Cette amélioration reposerait aussi sur des hausses modérées des redevances aéroportuaires, des négociations salariales raisonnables et des gains de productivité. Les coûts unitaires évolueraient dans une fourchette de 1 à 3%.
Tous les analystes ne partagent pas cet enthousiasme
UBS reste sur la réserve. Dans une note de mi-novembre, la banque suisse maintient sa position « neutre », pointant du doigt les incertitudes économiques françaises, les interrogations sur l’évolution des recettes unitaires et un ratio préoccupant : 3 milliards d’euros de capitalisation boursière face à 10 milliards de valeur d’entreprise, révélateur d’un endettement considérable.
Barclays adopte une approche nuancée sur cette fameuse « premiumisation ». La banque britannique reconnaît qu’Air France surfe sur un marché porteur : Paris demeure une destination de rêve pour les voyageurs fortunés du monde entier. Mais elle soulève un point crucial – ce segment dépend étroitement de la santé des marchés financiers et des inégalités croissantes.
L’avertissement de Barclays mérite réflexion : si les marchés financiers venaient à plonger, la demande de voyages haut de gamme pourrait s’effondrer du jour au lendemain, rendant les revenus du secteur aérien encore plus imprévisibles qu’à l’accoutumée.

