L’action d’Apple a bondi de plus de 5 % mercredi, prolongeant son élan optimiste en préouverture ce jeudi. Cette envolée fait écho à l’annonce spectaculaire du géant californien : 100 milliards de dollars d’investissements supplémentaires sur le sol américain, dévoilés en grande pompe depuis la Maison Blanche devant Donald Trump. Les marchés applaudissent cette offensive de charme politique.
Des résultats pourtant solides, mais boudés par les investisseurs
La semaine dernière, Apple avait pourtant dévoilé des chiffres trimestriels que la Bank of America qualifiait de robustes. Une croissance record depuis trois ans, des perspectives encourageantes… Malgré tout, l’action avait plongé de 2,5 % le jour J. Certains investisseurs gardent leurs distances, redoutant l’impact des guerres commerciales, d’une régulation plus stricte et des paris hasardeux sur l’intelligence artificielle, comme l’explique Gene Munster, gestionnaire chez Deepwater AM.
600 milliards sur quatre ans : un pari colossal
Depuis les ors de la Maison Blanche, Tim Cook a dégainé son annonce phare : porter les investissements du groupe à 600 milliards de dollars sur quatre ans. Ces 100 milliards supplémentaires financeront notamment une nouvelle usine à Houston programmée pour 2026, spécialisée dans la production de serveurs pour la plateforme d’intelligence artificielle d’Apple. Une académie spécialisée verra également le jour dans le Michigan. L’entreprise compte aussi étendre son centre de données en Caroline du Nord, où elle a déjà injecté plus de 5 milliards.
Autre volet de cette offensive : Tim Cook a dévoilé un programme ambitieux pour fabriquer aux États-Unis des composants jugés stratégiques, destinés aux produits Apple vendus mondialement. Cette année, quelque 19 milliards de puces devraient sortir d’usines américaines réparties dans 24 sites à travers 12 États. Les investissements dans l’IA promettent eux aussi de s’amplifier.
Amadouer Trump : une priorité stratégique
Cette opération séduction répond clairement aux exigences de Donald Trump, fervent défenseur de la relocalisation industrielle. Le président caresse d’ailleurs le rêve de voir les iPhone assemblés aux États-Unis, un scénario que les analystes jugent peu crédible à court terme. Mercredi soir, Trump a d’ailleurs annoncé des surtaxes douanières de 100 % sur l’importation de semi-conducteurs, sans calendrier précis. Une épée de Damoclès qui épargnerait les entreprises construisant ou s’engageant à construire des usines sur le territoire américain.
De la tension à l’apaisement
Après des mois de bras de fer avec Apple, notamment autour des menaces tarifaires, le président semble avoir adouci sa position vis-à-vis du groupe de Cupertino. Apple avait chiffré à 1,1 milliard de dollars l’impact des surtaxes sur son trimestre juillet-septembre.
Selon Counterpoint Research, 80 % des iPhone destinés au marché américain sont assemblés en Chine, les 20 % restants en Inde. Face aux risques douaniers, Apple a déjà relocalisé l’essentiel de sa production d’iPhone vers l’Inde et ses ordinateurs vers le Vietnam. Une stratégie qui avait irrité Donald Trump, lequel avait confié avoir « un petit problème » avec Tim Cook.
Wall Street salue le coup de maître
Cette manœuvre d’Apple fait sensation à Wall Street. Après l’annonce, le titre a grimpé de 5,09 % mercredi, prolongeant sur un gain de 3 % en préouverture jeudi 7 août.
Stephen Innes, analyste chez Spi AM, observe que la Maison Blanche présente cette initiative comme une victoire pour l’industrie manufacturière américaine, tandis que les investisseurs y voient un succès pour Apple.
Dan Ives, de Wedbush, salue la navigation habile de Tim Cook dans cette crise douanière, mélangeant finesse politique (10 %) et excellence managériale (90 %). Le CEO s’appuie sur ses relations internationales solides pour préserver la stabilité d’Apple dans un contexte d’«America First» assumé.
Les défis restent nombreux
Malgré ce succès diplomatique, Apple doit encore prouver sa valeur dans l’intelligence artificielle. L’entreprise traîne la réputation d’être à la traîne, particulièrement sur le développement avancé de Siri et l’absence de modèles IA de pointe, selon un rapport récent de Bank of America.
L’enquête antitrust du département américain de la Justice contre Google, lancée en 2020, plane aussi sur un accord juteux entre Apple et Alphabet. Ce partenariat assure la position de Google comme moteur de recherche par défaut sur Safari, rapportant environ 20 milliards de dollars annuels à Apple.
UBS estime qu’une interdiction des paiements de Google à ses partenaires comme Apple pourrait réduire les bénéfices par action du groupe de 5 à 10 % pour l’exercice 2026, actuellement évalués à 7,57 dollars.
Apple poursuit sa stratégie d’investissement américain et son engagement politique pour concilier relations gouvernementales et attentes des marchés financiers.

