Accor retrouve des couleurs en Bourse parisienne, galvanisé par des spéculations autour d’une possible introduction en Bourse aux États-Unis d’Ennismore, sa filiale dédiée à l’hôtellerie lifestyle. Une opération qui pourrait révéler la valeur cachée du groupe hôtelier français, longtemps considéré comme sous-évalué par rapport à ses rivaux internationaux.
Contexte boursier et réactions du marché
Le parcours récent d’Accor en Bourse ressemble à des montagnes russes. Après avoir essuyé une chute brutale de près de 10 % suite à des résultats semestriels décevants – avec un revenu par chambre disponible en deçà des projections et des perspectives timides – le titre avait encore dégringolé de 5,3 % le jour suivant. Deutsche Bank n’avait pas arrangé les choses en dégradant sa recommandation de « acheter » à « conserver », pointant du doigt un potentiel de progression limité.
Mais voilà que le vent tourne. Après un gain de 1,9 % mardi, l’action a bondi de 5,5 % jeudi, s’adjugeant la première place des hausses du CAC 40. Cette remontée spectaculaire ? Elle trouve sa source dans un article de Bloomberg révélant les projets d’introduction en Bourse d’Ennismore, la pépite lifestyle du groupe.
Une opération qui pourrait valoriser davantage Accor
Julien Richer, analyste chez Képler Cheuvreux, rappelle qu’Accor souffre d’une valorisation en retrait par rapport à ses homologues américains : un multiple d’Ebitda à 11 fois quand les groupes comparables s’échangent à 15 fois. Pour lui, une cotation d’Ennismore pourrait révéler cette sous-valorisation et déclencher une réévaluation générale du groupe.
D’après Bloomberg, qui s’appuie sur des sources informées du dossier, Accor discuterait avec des banques d’affaires pour préparer cette introduction potentielle, avec une valorisation qui se compterait en milliards de dollars. Contacté, le groupe préfère garder le silence sur ces rumeurs.
Ennismore, un acteur clef du segment lifestyle
Fondée en 2011 par Sharan Pasricha, Ennismore est devenue en 2021 une coentreprise contrôlée majoritairement par Accor. Cette entité fédère 16 enseignes comme Mondrian, Mama Shelter ou The Hoxton, et manage 184 hôtels ainsi que 500 restaurants et bars à travers le monde.
L’histoire récente montre déjà l’appétit des investisseurs pour cette filiale. En 2022, Accor avait vendu 10,8 % de sa participation à un consortium qatari pour 185 millions d’euros, valorisant l’ensemble à environ 2 milliards d’euros en valeur d’entreprise. Le groupe français conserve malgré tout 62,2 % du capital.
Un potentiel catalyseur selon les analystes
L’introduction d’Ennismore sur les marchés, dans un secteur de l’hôtellerie lifestyle en pleine expansion, fait saliver plusieurs experts qui y voient un formidable levier de revalorisation pour Accor. Barclays avait d’ailleurs conseillé de surpondérer le titre début 2024, misant sur l’intérêt d’une telle opération capable de libérer de la valeur.
Les déclarations prudentes du dirigeant d’Accor
Lors de la conférence téléphonique suivant la publication des comptes semestriels, le PDG Sébastien Bazin a tempéré les espoirs. Face aux questions d’un analyste d’UBS, il a expliqué que le groupe mettait l’accent sur l’accélération du développement d’Ennismore outre-Atlantique, avec l’ambition que la filiale « rayonne davantage » et affiche une croissance plus soutenue.
Le dirigeant s’est montré prudent, précisant qu’aucune décision définitive n’était encore arrêtée. « Il est encore trop tôt pour annoncer quoi que ce soit », a-t-il déclaré, tout en confirmant que la réflexion se poursuit pour faire évoluer cette activité prometteuse.

