Le géant industriel allemand Thyssenkrupp vient de franchir une étape décisive dans sa stratégie de restructuration. Ses actionnaires ont massivement approuvé la séparation de sa division navale TKMS, ouvrant la voie à une introduction en Bourse prévue pour cet automne.
Un vote quasi unanime pour la scission
L’assemblée générale extraordinaire, organisée en ligne, a tranché sans ambiguïté : 99,96 % des actionnaires ont dit oui au « spin-off » de TKMS. Cette opération permettra aux investisseurs de récupérer 49 % des parts de la filiale navale, le reste demeurant dans l’escarcelle de Thyssenkrupp.
Volkmar Dinstuhl, du directoire, a confirmé l’intention d’introduire TKMS à la Bourse de Francfort dès octobre. Reste à obtenir le feu vert du gendarme financier allemand – condition sine qua non de cette opération.
TKMS gagne en autonomie pour conquérir l’Europe
Miguel López, patron de Thyssenkrupp, mise sur cette séparation pour offrir plus de visibilité et de flexibilité à TKMS. L’enjeu ? Positionner la filiale comme un acteur clé de la consolidation attendue dans l’industrie européenne de la défense.
Certes, TKMS ne pèse qu’environ 6 % du chiffre d’affaires total du groupe en 2024. Mais contrairement à d’autres divisions, elle affiche une rentabilité solide grâce à un carnet de commandes bien garni auprès de plusieurs forces armées européennes et internationales.
La Bourse applaudit, les actionnaires tempèrent
Les marchés ont accueilli favorablement cette annonce. L’action Thyssenkrupp a gagné 3,14 % à Francfort, surperformant l’indice MDax qui progressait de 0,77 %.
Mais tous les investisseurs ne partagent pas cet enthousiasme. Plusieurs d’entre eux pointent du doigt une gouvernance encore trop dépendante de la maison mère. Le futur conseil de surveillance de TKMS sera en effet majoritairement composé de représentants de Thyssenkrupp, soulevant des interrogations sur l’indépendance réelle de la nouvelle entité.
Henrik Schmidt, du fonds DWS, n’a pas mâché ses mots, dénonçant une « indépendance symbolique ». Selon lui, Thyssenkrupp joue les « capitaines fantômes » pour maintenir son emprise sur TKMS.
Un pansement qui ne guérit pas les maux profonds
Florian Honselmann, porte-parole d’une association d’investisseurs, rappelle une vérité qui dérange : cette opération ne règlera pas le problème structurel des activités sidérurgiques déficitaires, véritable épée de Damoclès du groupe.
Thyssenkrupp sort tout juste de deux exercices consécutivement dans le rouge. Face à cette situation, la direction a annoncé en juin un désengagement progressif de plusieurs activités : acier, pièces automobiles, électrolyseurs. Un virage stratégique radical pour un conglomérat qui cherche sa voie.
La scission de TKMS marque donc le coup d’envoi d’une transformation en profondeur. Une première pierre dans un chantier de restructuration qui s’annonce long et complexe.

