Le cabinet indépendant Alphavalue recommande l’achat de l’action Atos, malgré une dégringolade spectaculaire du titre sur cinq ans. La société informatique suit désormais la bonne trajectoire grâce à son plan stratégique « Genesis », selon leurs experts.
Un déclin marqué et des difficultés structurelles
En l’espace de quelques années, Atos est tombé de son piédestal d’entreprise phare du CAC 40 pour se retrouver avec une capitalisation moyenne inférieure à un milliard d’euros – soit dix fois moins qu’en 2019. Le groupe s’est débattu entre 2020 et 2024 face à une série de revers, notamment après avoir mal anticipé l’érosion de ses activités d’infogérance et l’essor du cloud public.
Cette phase tumultueuse s’est accompagnée d’une instabilité stratégique et managériale frappante : six directeurs généraux se sont relayés depuis le départ de Thierry Breton en 2019, jusqu’à l’arrivée de Philippe Salle, actuel PDG. Pendant ce temps, Atos a englouti près de 3,3 milliards d’euros de trésorerie, provoquant une restructuration financière d’ampleur.
Restructuration financière et dilution massive
Le redressement d’Atos s’est appuyé sur un effacement de dette de 3,1 milliards d’euros, dont 2,8 milliards convertis en capital. Cette manœuvre a généré l’émission de dizaines de milliards d’actions, créant une méga-dilution des actionnaires et une chute vertigineuse du titre : -92 % sur trois ans et -99 % sur cinq ans.
Un rebond en Bourse motivé par un plan ambitieux
L’action a retrouvé des couleurs en 2025, bondissant de +92 % depuis janvier et s’imposant parmi les meilleures performances du SBF 120. Certes, ce redressement mérite d’être nuancé au regard de l’effondrement historique précédent.
Le nouveau patron, Philippe Salle, a dévoilé en mai un plan stratégique à moyen terme baptisé « Genesis ». L’objectif ? Hisser le chiffre d’affaires entre 9 et 10 milliards d’euros en 2028, avec une marge opérationnelle de 10 %. Pour 2025, les prévisions tablent sur plus de 8 milliards d’euros de revenus et une marge opérationnelle dépassant 4 %.
Un analyste confie : « Philippe Salle croit dur comme fer à ce plan. Il est encore trop tôt pour investir, mais s’ils atteignent leurs objectifs, ce sera impressionnant. »
Une année 2025 de transition sous contrôle
L’exercice actuel constitue une phase de transition où la croissance organique est volontairement freinée par l’abandon de contrats peu rentables, histoire d’améliorer la génération de trésorerie et la rentabilité. Résultat : le chiffre d’affaires en données comparables a reculé de 18,4 % sur les neuf premiers mois de 2025.
Certains analystes, comme Invest Securities, voient d’un bon œil l’amélioration de la marge et du flux de trésorerie, même si la capacité du groupe à retrouver une croissance organique positive reste floue et pourrait ne se concrétiser qu’au second semestre 2026.
Alphavalue s’interroge sur la solidité du redressement
Dans une note récente, Alphavalue adopte un ton constructif et se demande : Atos est-il enfin « safe » ? Selon le cabinet, le plan de restructuration mené par Philippe Salle progresse bien, dépassant même les attentes initiales, bien que quelques aspects sociaux, notamment liés aux délocalisations, restent à boucler d’ici fin 2026.
Le groupe a réduit ses effectifs de 3,8 % entre juin et septembre 2025, comptant désormais 66 968 collaborateurs. L’objectif : porter la part des employés offshore (principalement basés dans des pays à faible coût, comme l’Inde) à 60 % d’ici 2028.
Perspectives pour 2026 : retour espéré à la croissance
Côté contrats non rentables, Atos estime la situation quasiment réglée, ne gardant que deux contrats difficiles à résilier d’ici fin 2025 ou début 2026. Le coût résiduel attendu grimpe à plus de 60 millions d’euros pour 2026-2027, puis environ 20 millions d’euros annuels jusqu’en 2034, grâce à l’optimisation des coûts.
Le groupe table sur une croissance organique positive en 2026, notamment via une accélération attendue au second semestre. Alphavalue juge cet objectif « ambitieux » dans le contexte économique actuel, soulignant que l’optimisme du marché doit encore faire ses preuves. Le bureau d’études considère qu’Atos est « bien positionné pour aborder 2026 dans de bonnes conditions ».
Une recommandation à acheter… sous réserve
Alphavalue recommande l’achat de l’action, tout en précisant que ce conseil reste « spéculatif », étant donné les incertitudes persistantes et la volatilité du titre. Deux dates clés à retenir : le 20 janvier, avec la publication des chiffres préliminaires 2025, puis le 6 mars, lors de la présentation des résultats annuels.
Après plusieurs années de turbulen ce, les investisseurs restent sur leurs gardes et pourraient sanctionner le moindre faux pas, d’autant plus après le récent rebond du cours.

