Le possible renversement du gouvernement Bayrou a déclenché une vague de ventes sur les marchés parisiens, plongeant le CAC 40 de plus de 3 % en deux séances seulement. Mais au milieu de cette débâcle, les géants du luxe tirent leur épingle du jeu, protégés par leur faible dépendance au marché français et des cours enfin redevenus attractifs.
La menace Bayrou fait trembler la Bourse de Paris
Quand François Bayrou a annoncé qu’il soumettrait son gouvernement à un vote de confiance le 8 septembre, les investisseurs ont immédiatement flairé le danger. LFI, RN, PS, écologistes : tous ont déjà fait savoir qu’ils voteraient contre. La chute gouvernementale semble écrite d’avance.
Cette perspective ouvre la porte à un nouveau changement de Premier ministre, ou pire encore, à des élections législatives anticipées. Deutsche Bank met en garde : cette instabilité politique compromet gravement la trajectoire budgétaire du pays. Antoine Fraysse-Soullier d’Etoro va plus loin : « Cette incertitude aggrave les risques souverains et mine la confiance des investisseurs. »
Le carnage boursier ne s’est pas fait attendre. Sur deux séances, le CAC 40 a dégringolé de 3,25 %. Les banques et les infrastructures ont particulièrement souffert : Société Générale a abandonné près de 10 %, Vinci plus de 11 %. Ce mercredi 27 août vers 10h45, l’indice tentait timidement de relever la tête avec un maigre gain de 0,1 %.
Le luxe joue les trouble-fêtes dans la débâcle
Pendant que la plupart des secteurs sombrent, le luxe affiche une résistance déconcertante. LVMH ? Seulement -1,4 % lundi, -0,37 % mardi, puis un beau rebond de 1,6 % mercredi – la meilleure performance du CAC 40. Hermès suit le mouvement avec +0,8 % ce mercredi après deux journées en légère baisse. Quant à Kering, il nage à contre-courant depuis le début de la semaine : +0,2 %, +0,5 %, +1,33 %.
Cette belle tenue s’explique d’abord par une logique simple : les investisseurs cherchent à réduire leur exposition à la France, et justement, les mastodontes du luxe génèrent l’essentiel de leurs revenus ailleurs. Un analyste le résume bien : « Ces groupes pèsent peu dans la consommation domestique. »
L’autre bonne nouvelle, c’est que le spectre des surtaxes douanières américaines s’éloigne. L’accord conclu fin juillet entre l’UE et les États-Unis a fixé le niveau des droits de douane à 15 %. Certes, c’est une hausse, mais au moins les règles du jeu sont claires. Les groupes ont eu le temps de s’y préparer et prévoient de répercuter ces surcoûts par des hausses de prix mesurées.
Armelle Poulou, directrice financière de Kering, se montre rassurante : ces surtaxes sont gérables grâce à des ajustements tarifaires ciblés. UBS a calculé qu’une hausse moyenne de 2 % aux États-Unis, ou de 1 % dans le monde, suffirait à compenser l’impact – qui resterait marginal sur les résultats.
La France ? Un marché anecdotique pour ces géants
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la France ne pèse que 8 % du chiffre d’affaires de LVMH et 9,2 % de celui d’Hermès au premier semestre 2025. Chez Kering, pas de données spécifiques sur l’Hexagone, mais l’Europe de l’Ouest représente 29 % des ventes – et la France n’en constitue qu’une fraction.
Cette faible dépendance s’explique par un phénomène bien connu des professionnels : les achats en France sont largement le fait de touristes étrangers. La clientèle française pure ? Moins de 10 % des revenus, probablement même moins de 5 % selon certaines estimations.
Mieux encore : si l’euro devait se déprécier face au dollar à cause des turbulences politiques, ce serait paradoxalement une aubaine. Les produits européens deviendraient plus abordables pour les touristes américains, leur clientèle de choix à l’international.
Des actions enfin à prix d’ami après des mois de purge
Depuis plusieurs mois, les valeurs du luxe traînent la patte. La demande chinoise s’essouffle, les consommateurs américains se montrent plus prudents, les devises jouent des tours. Résultat : en 2025, LVMH a chuté de 22,4 %, Hermès de 9,6 %, Kering de 4,3 %. Pendant ce temps, le CAC 40 progressait de 4,7 %.
Mais cette purge a du bon : elle a ramené les valorisations à des niveaux plus digestes. Royal Bank of Canada a d’ailleurs commencé à recommander ces titres, pariant sur un rebond de LVMH et Hermès.
Reste un bémol de taille : une dégradation du cadre fiscal pourrait faire mal. LVMH a déjà estimé que la surtaxe temporaire inscrite dans la loi de finances 2025 pourrait amputer son bénéfice de 700 à 800 millions d’euros. Si l’instabilité politique débouche sur de nouvelles mesures fiscales punitives, même les géants du luxe pourraient trinquer.

