Vous avez déjà assisté à une réunion où les termes « flexer », « ASAP » et « FYI » fusent plus vite que les stylos ne se vident ? Bienvenue au royaume du paradoxe linguistique : celui du bureau, où l’anglicisme règne en maître – et où, croyez-le ou non, il pourrait être synonyme de crédibilité.
Le monde de l’entreprise : terrain miné pour la langue française ?
Le monde professionnel, c’est un peu le festival de la pirouette langagière… mais pas toujours du meilleur goût. Ici, la langue française est, disons-le, « malmenée ». Et à part peut-être sur le smartphone d’un adolescent (mais c’est une autre histoire), difficile de trouver un lieu plus propice à l’incursion sauvage des anglicismes et autres « buzzwords ». Qui ne s’est jamais étonné en lisant « ASAP, FYI » dans un mail urgent, ou entendu « Et si les managers réapprenaient à écrire correctement ? » – clin d’œil à un titre de L’Express qui désigne les managers… alors que tout le monde, ou presque, est embarqué dans le même panier !
Chacun tente parfois de faire un « effort », mais personne ou presque n’ose lever la main pour jurer fidélité à la langue de Molière, la vraie, celle « sans queue ni tête » des buzzwords à la mode. L’exemple le plus frappant du moment : la folie du « flex ». Aujourd’hui, tout se « flexe », comprenez qu’on adapte, qu’on assouplit, qu’on module (ou qu’on ne sait plus trop quoi faire, mais le mot impressionne !).
Anglicisme : faute ou nécessité pour briller ?
Soyons lucides : dans notre environnement mondialisé, bannir totalement les anglicismes relève quasiment de la mission impossible. Pire : ce serait contreproductif. Les « ASAP » et autres « business meetings » se sont incrustés dans notre quotidien comme les agrafes dans la moquette des open-spaces. En fait, il y a là un paradoxe aussi savoureux qu’un croissant chaud un lundi matin : plus vous jargonnez style américain, plus on vous regarde avec des yeux pleins d’admiration !
Le journal Les Échos s’interroge d’ailleurs : « Utiliser des anglicismes vous rend-il vraiment plus professionnel ? » Pour le vérifier, il suffit d’observer ces vidéos LinkedIn ou YouTube où des personnalités inspirantes racontent leur « success story » avec un festival de mots anglais à faire pâlir d’envie un dictionnaire. L’auteur va jusqu’à théoriser ce phénomène : la fameuse théorie du schmilblick. Plus votre discours est sibyllin, bourré de termes techniques, plus vous embobinez votre auditoire, plus… on vous admire. Cherchez l’erreur.
Peut-on sauver la langue française sans renoncer à la modernité ?
La question mérite d’être posée : comment relever la langue de Voltaire dans cet océan de « business-speak » ? Petit éclair de patriotisme : pourquoi ne pas, ici ou là, glisser dans vos mails, réunions ou discussions des mots français savants, des expressions tombées en désuétude, des locutions latines, voire des tournures élégantes ? À l’image de notre président Emmanuel Macron qui n’hésite pas, sur un air de poudre de perlimpinpin, à sortir la référence qui fait mouche.
- Glissez dans vos propos un mot rare ou oublié : succès garanti (ou au moins surprise polie).
- Épicez vos échanges avec une « pirouette langagière » inattendue.
- Testez la citation d’un vieux dicton ou d’une maxime latine (utilisée à bon escient, tout de même).
Par ce jeu subtil, un peu d’originalité revient dans le langage professionnel, et parfois, c’est tout un mot qui se refait une santé tendance !
À chacun son défi linguistique… Alors, challenge accepted ?
Pourquoi ne pas établir une petite liste de tics de langage « sains », savamment choisis, à intégrer dans votre quotidien au bureau ? L’idée, c’est d’injecter une dose de français vivant dans le flot permanent d’anglicismes, sans virer ayatollah linguistique. Un équilibre, en somme.
Qui sait ? Peut-être que, grâce à ces initiatives aussi discrètes qu’efficaces, certains vocables endormis feront leur grand retour sur le devant de la scène… Et si demain on se mettait à « flexer » des mots français oubliés ? Cocorico et… rendez-vous au prochain « call » !

