Le géant du streaming Netflix a accusé le coup à la Bourse de New York, secoué par un différend fiscal au Brésil et une concurrence qui se durcit. Ces turbulences relancent les questionnements sur l’évaluation du groupe, malgré ses projections ambitieuses.
Une capitalisation record visée, mais le titre peine depuis l’été
Sur les dix dernières années, l’action Netflix a bondi de plus de 1 100 %, un parcours impressionnant. En avril dernier, des indiscretions du Wall Street Journal révélaient l’objectif d’une capitalisation boursière de mille milliards de dollars d’ici 2030, face aux quelque 527 milliards actuels. Depuis cette révélation, la dynamique du titre s’essouffle. Certes, Netflix affiche encore près de 40 % de hausse depuis janvier 2025, mais l’action recule depuis fin juin, après avoir touché des sommets historiques.
L’attrait de la plateforme reste intact, comme en témoigne le carton de « KPop Demon Hunters », qui a totalisé 325 millions de visionnages et pulvérisé le précédent record du film d’action « Red Notice » (231 millions).
Consolidation du secteur et percée de l’IA : une concurrence qui s’intensifie
La récente déception boursière de Netflix trouve ses racines dans les « menaces concurrentielles » pointées par Bank of America. Le mouvement de concentration dans les médias, notamment le possible rachat de Warner Bros Discovery (WBD) par Paramount Skydance, inquiète les investisseurs. Cette fusion créerait un mastodonte du streaming réunissant Paramount+, HBO Max et Discovery+, accentuant la pression sur Netflix.
Parallèlement, l’ascension de spécialistes de l’intelligence artificielle comme OpenAI représente un défi inédit. Bank of America souligne les capacités révolutionnaires d’OpenAI, particulièrement avec son modèle vidéo Sora, qui pourrait transformer les comportements de consommation et exacerber la rivalité sur les contenus.
Des résultats trimestriels plombés par un litige fiscal brésilien
Les comptes du troisième trimestre, dévoilés mardi soir, ont refroidi les investisseurs. L’action Netflix a plongé de près de 8 % en préouverture. Entre juillet et septembre, le chiffre d’affaires a atteint 11,51 milliards de dollars, soit une progression de 17,2 % sur un an, dans la lignée des prévisions d’analystes.
Mais le résultat opérationnel déçoit à 3,43 milliards de dollars (contre 3,6 milliards espérés), tout comme le bénéfice par action, établi à 5,87 dollars contre 6,92 dollars attendus. Cet écart provient massivement d’une charge exceptionnelle de 619 millions de dollars liée à un contentieux fiscal au Brésil, qui a rogné la marge opérationnelle d’environ cinq points, la ramenant à 28,2 % sur le trimestre.
Netflix affirme que cet épisode n’affectera plus durablement ses performances futures. Ce risque, mentionné dans des documents réglementaires, n’avait jamais été intégré aux projections ni mis en avant par le groupe, soulevant des questions chez plusieurs analystes financiers.
Des perspectives trimestrielles qui dépassent légèrement les attentes
Pour le dernier trimestre, Netflix prévoit un chiffre d’affaires de 11,96 milliards de dollars, représentant une croissance de 16,7 %, et un bénéfice par action ajusté de 5,45 dollars. Ces projections surpassent de peu les attentes des analystes, qui misaient sur 11,93 milliards de revenus.
Malgré les zones d’ombre fiscales, l’activité core de Netflix garde son élan, observe Dan Coatsworth d’AJ Bell. La concentration du secteur pousse néanmoins les investisseurs à surveiller de près les développements chez Warner Bros Discovery, dont la cession se profile.
Netflix pourrait-il racheter Warner Bros Discovery ?
Des spéculations entourent une éventuelle acquisition de Warner Bros Discovery par Netflix, ce qui constituerait un tournant stratégique majeur pour le géant du streaming. Lors de la récente conférence avec les analystes, la direction de Netflix s’est montrée mesurée, évoquant une approche d’acquisition ciblée qui écarte les chaînes télévisées traditionnelles mais reste ouverte aux licences.
Cette manœuvre donnerait à Netflix l’accès aux catalogues de films, séries et franchises à succès, comme Harry Potter, renforçant son attractivité. Certains actifs de Warner, notamment CNN, cadrent moins avec la stratégie de Netflix, qui pourrait donc opter pour une acquisition partielle plutôt que globale.
Dans un secteur en pleine recomposition, Netflix doit articuler croissance organique et stratégie opportuniste pour conserver son leadership face à une concurrence toujours plus consolidée et innovante.

