L’or vient cette semaine de franchir le seuil historique des 4.000 dollars l’once, dopé par un cocktail explosif de tensions géopolitiques persistantes et d’achats massifs des banques centrales. Cette nouvelle envolée soulève une question cruciale : quels sont les pays qui ont le plus renforcé leurs coffres dorés en 2025 ? Et surtout, qui détient aujourd’hui les plus imposantes réserves de métal jaune au monde ?
L’ascension vertigineuse du cours de l’or
En moins de vingt-quatre mois, l’or a livré une performance éblouissante. Son cours a bondi d’environ 50 % sur douze mois seulement. Cette flambée trouve ses racines dans l’aggravation des incertitudes économiques mondiales et l’intensification des tensions géopolitiques. Les droits de douane brandit par Washington ont particulièrement ravivé l’attrait pour cette valeur refuge millénaire.
Les économistes d’ING l’expliquent simplement : « L’or demeure le miroir des tensions planétaires, son prix s’envolant systématiquement during les périodes troublées ». Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Après la débâcle financière mondiale, il avait dépassé les 1.000 dollars. La pandémie de Covid-19 l’avait propulsé à 2.000 dollars. Les annonces protectionnistes américaines récentes ont fait sauter le plafond des 3.000 dollars.
L’effet des ETF et la stratégie des banques centrales émergentes
La demande s’est trouvée galvanisée par les flux vers les fonds indiciels adossés à l’or (ETF). Ces derniers ont retrouvé leur pic de septembre 2022, même s’ils restent distancés par le sommet de 2020. Une marge de progression qui laisse entrevoir de nouveaux sommets.
Parallèlement, les pays émergents multiplient les acquisitions pour s’affranchir progressivement des actifs libellés en dollars. Cette démarche s’est accélérée suite aux sanctions internationales contre la Russie. UBS observe que cette réorientation vers l’or transcende désormais les seuls enjeux géopolitiques pour devenir une véritable stratégie de diversification patrimoniale.
Le palmarès 2025 des plus gros acheteurs d’or
L’étude Bestbrokers, s’appuyant sur les données du World Gold Council de septembre 2025, dévoile une frénésie d’achats des banques centrales. Voici les champions :
La Pologne trône en tête avec 67,1 tonnes supplémentaires cette année, après les 89,54 tonnes déjà engrangées en 2024. Cette accumulation intensive s’explique par le conflit ukrainien : Varsovie cherche à projeter une image de solidité économique dans une région déstabilisée. La banque centrale polonaise ambitionne maintenant de porter la part d’or à 30 % de ses réserves totales, contre 20 % précédemment.
Le Kazakhstan suit avec 32,4 tonnes acquises, inversant complètement sa trajectoire de 2024 où il s’était séparé de 10,2 tonnes.
La Chine maintient son rythme d’accumulation avec 22,7 tonnes engrangées en 2025. Ses réserves officielles dépassent désormais 2.300 tonnes, la hissant au sixième rang planétaire. La banque populaire de Chine persiste dans sa stratégie d’acquisition, indifférente aux records de prix.
La Turquie a aussi étoffé ses réserves en ajoutant 19,5 tonnes cette année, complétant les 77,4 tonnes de 2024.
La République tchèque, le Cambodge, le Qatar, le Ghana, l’Inde et la Serbie complètent la liste des acquéreurs les plus actifs.
ING anticipe la poursuite de cette dynamique, alimentée par l’instabilité économique ambiante et la volonté croissante de réduire l’exposition aux actifs américains.
Des approches nationales contrastées
Le Kirghizistan illustre une stratégie plus mesurée : seulement 2,2 tonnes achetées en 2025 contre 16,6 tonnes l’année passée. L’or constitue pourtant la pierre angulaire de ses réserves, représentant 64,4 % du total national.
À l’opposé, certains pays profitent de l’envolée des cours pour alléger leurs positions. L’Ouzbékistan a ainsi réduit ses réserves nettes de 16,8 tonnes, s’imposant comme le principal vendeur net de l’année. Une gestion plus dynamique de ses ressources aurifères.
Le top mondial des réserves d’or nationales
Les États-Unis dominent toujours largement avec 8.133,46 tonnes d’or en réserve. Derrière eux :
- L’Allemagne (3.350,25 tonnes)
- L’Italie (2.451,84 tonnes)
- La France (2.437 tonnes)
- La Russie (2.329,63 tonnes)
- La Chine (2.302 tonnes)
- La Suisse (1.039 tonnes)
Certaines économies développées font exception à cette course à l’or. Le Canada, premier producteur mondial, affiche zéro réserve officielle. Sa banque centrale juge l’or moins liquide que les bons du Trésor américain. La Norvège a pratiquement liquidé toutes ses réserves depuis 2004, ne gardant que quelques lingots symboliques.
Ces écarts révèlent que malgré son statut de référence pour de nombreuses économies, l’or ne fait pas l’unanimité chez les grandes puissances établies.
Les prévisions optimistes des analystes
ING mise sur la continuation du rally aurifère, nourri par la persistance des achats institutionnels, la résurgence des guerres commerciales et la perspective de baisses de taux américains. La banque néerlandaise a relevé ses projections, tablant sur un prix moyen de 4.000 dollars l’once au quatrième trimestre 2025, avec une moyenne annuelle à 3.402 dollars, avant une montée jusqu’à 4.150 dollars en 2026.

