Lundi dernier, l’once d’or franchissait pour la première fois les 3 800 dollars, portée par les inquiétudes autour d’un possible « shutdown » américain et les anticipations de détente monétaire. Un timing parfait pour Zijin Gold International qui explosait littéralement à Hong Kong mardi 30 septembre : +70% dès son premier jour de cotation.
L’envolée spectaculaire des métaux précieux
Difficile d’ignorer cette progression fulgurante : depuis janvier, l’or a bondi de 45%. Dans son sillage, l’argent et le platine retrouvent grâce aux yeux des investisseurs qui cherchent des alternatives moins onéreuses. Cette ruée vers les valeurs refuges traduit une nervosité palpable sur les marchés mondiaux, alimentée par l’incertitude économique et les perspectives monétaires.
Zijin Gold : l’émancipation d’un géant
Issue de la filialisation des activités aurifères internationales du mastodonte chinois Zijin Mining, Zijin Gold International n’est pas née de la dernière pluie. Sa maison-mère opère plus de 30 sites miniers répartis sur 17 pays, exploitant un éventail de minerais allant de l’or au lithium, en passant par le cuivre et le zinc.
La nouvelle entité concentre ses opérations sur l’Asie centrale, l’Amérique du Sud, l’Océanie et l’Afrique. Son approche intégrée couvre toute la filière : de l’exploration jusqu’à la commercialisation, incluant transformation, fusion et raffinage.
Résultat ? Le titre s’est littéralement envolé à 120,6 dollars de Hong Kong (soit près de 13 euros), marquant une hausse vertigineuse de 68,45% par rapport aux 79,59 HKD de son prix d’introduction. Cette performance propulse la valorisation de l’entreprise au-delà de 300 milliards de dollars hongkongais, l’équivalent de plus de 34,5 milliards d’euros.
3,2 milliards de dollars : un trésor de guerre pour grandir
Avec cette levée de fonds colossale d’environ 2,7 milliards d’euros, Zijin Gold signe l’une des plus importantes introductions boursières mondiales de l’année selon Bloomberg. L’argent frais ? Il servira notamment à acquérir une mine d’or kazakhe et à moderniser l’infrastructure existante sur les cinq prochaines années.
D’après Frost & Sullivan, cette stratégie tombe à pic : les cours aurifères bénéficient d’un vent porteur structurel, notamment face à l’appauvrissement des gisements actuels et la flambée des coûts d’extraction.
Michelle Leung, analyste chez Bloomberg Intelligence, a d’ailleurs salué le timing chirurgical de l’opération. Selon elle, Zijin Gold a surfé sur la vague au moment idéal, profitant de la dynamique haussière qui dope mécaniquement les valorisations du secteur aurifère.
Hong Kong : le nouveau terrain de jeu des champions chinois
Cette introduction s’inscrit dans un mouvement de fond : les géants chinois retrouvent le chemin de Hong Kong. En mai, CATL – le leader mondial des batteries électriques – avait déjà fait sensation avec une levée record de 31 milliards de dollars hongkongais (3,5 milliards d’euros), l’opération phare de l’année.
Après les restrictions réglementaires imposées par Pékin depuis 2020, la place hongkongaise retrouve progressivement son attractivité. La semaine passée, Chery Automobile empochait 9,1 milliards de HKD (presque un milliard d’euros). Plus tôt dans l’année, Foshan Haitian, mastodonte du soja, rejoignait également la cote.
Même le secteur pharmaceutique surfe sur cette tendance : Jiangsu Hengrui levait environ 1,1 milliard d’euros en mai, l’une des plus belles opérations biotech de 2025.
Un cadre réglementaire repensé pour séduire les entreprises chinoises
Hong Kong n’y va pas de main morte pour reconquérir sa clientèle : depuis janvier, les conditions d’entrée se sont considérablement assouplies pour les entreprises déjà cotées sur les marchés continentaux (Shanghai et Shenzhen). Depuis octobre 2024, une procédure express permet d’accélérer l’examen des dossiers, pourvu qu’ils ne soulèvent pas d’alertes réglementaires majeures.
Jason Lui, stratégiste actions Asie-Pacifique chez BNP Paribas, pointe que cette dynamique s’appuie sur une demande croissante de diversification, particulièrement pour réduire l’exposition au dollar américain. Un phénomène renforcé par la solidité actuelle du dollar hongkongais.

