Vous faites partie de ces irréprochables du bureau, ceux et celles à qui l’on confie toujours plus, « parce qu’on a totalement confiance », ceux dont la bonne volonté finit par se retourner contre eux ? Il est temps de désacraliser le rôle du “bon élève” au travail… Les experts, eux, sonnent l’alarme : il vaut mieux s’en libérer pour éviter la surchauffe, l’amertume – et le fameux craquage nerveux.
Le piège du « bon élève » : flatterie ou condamnation ?
Recevoir sans cesse de nouveaux dossiers « en urgence », animer une réunion hebdomadaire, injecter toutes ses idées dans LE projet stratégique… Voilà comment, sans prévenir, la charge de travail grimpe. Le tout, saupoudré de compliments du type : « C’est en toi que j’ai le plus confiance, tu vas évidemment faire ça parfaitement ! » Si, sur le papier, se rendre indispensable flatte l’ego, la réalité, elle, est plus rude.
- Heures supplémentaires à gogo.
- Surcharge générale, parfois à la limite de l’injustice (« Pourquoi toujours moi ? »).
- Colère de ne pas voir le bout du tunnel.
Le malentendu s’installe : d’un côté, la reconnaissance ; de l’autre, l’épuisement. Bref, le syndrome du bon élève en mode « on ne voit plus la fin du cahier d’exercices ».
Pourquoi ça vous tombe toujours dessus ?
Sandrine Meyfret, executive coach et fondatrice du cabinet Alomey, résume : « Il y a une tendance naturelle à toujours penser aux mêmes collègues compétents, de bonne volonté, à qui on sait pouvoir se fier. » Surtout en période de crise ou de télétravail, où tout le monde va au plus sûr… Quitte à épuiser « ce collègue parfait », dont on sait que, dans deux heures, tout sera plié. Il devient alors difficile de refuser, chacun essayant d’éviter d’ajouter une crise à la crise : une apnée professionnelle où dire non paraît presqu’impossible.
Écoutez les signaux, mettez des limites !
Se convaincre que « ça ira » alors qu’on sent que non, c’est courir droit au mur. Sandrine Meyfret prévient : « La perte d’enthousiasme, l’irritabilité, l’anxiété, voire des nausées ou maux de dos… Si la charge devient trop lourde, le corps finit par envoyer des signaux d’alerte. »
Dès que le doute s’installe, il vaut mieux en parler, au lieu d’attendre d’exploser. Cela évite de stresser un manager pris de court. Prévenir comme « J’aimerais te voir une heure dans les trois prochaines semaines » n’est vraiment pas du même effet que « Il faut qu’on se voie cette semaine, sinon je prends un arrêt maladie ». Si la crainte d’être « le mauvais élève » pointe, rien n’empêche de rappeler que la discussion concerne d’abord la performance de l’équipe – et de toute l’entreprise.
Communiquer, prioriser (et désobéir, un peu)
Avant de tirer la sonnette d’alarme : distinguer faits et émotions ! Se sentir submergé ne signifie pas toujours que tout est matériellement infaisable. Le bon réflexe ? Prendre un calendrier, hiérarchiser les tâches, mesurer le temps nécessaire à chacune — voire dégainer la matrice d’Eisenhower pour placer l’important versus l’urgent. Avec les faits en main, on voit vite si tout loge dans la semaine… ou pas.
Si le compte n’y est pas, cap sur une discussion franche avec le manager. On éclaire le fameux « contrat implicite » (tout ce que le chef croit que vous savez, sans jamais vous l’avoir dit). Un supérieur peut parfaitement oublier de vous prévenir qu’un dossier n’est plus prioritaire, ou que certaines réunions pourraient s’espacer. Tandis que, côté salarié, difficile d’imaginer que le manager n’a aucune idée concrète du temps que demande telle tâche – l’empathie n’est pas télépathie !
Une technique : lister, calmement, vos missions du quotidien ; rappelez que vous avez hérité d’un gros client il y a six mois ; expliquez posément que, mathématiquement, votre agenda est saturé. Dire « Les nouvelles missions que tu proposes m’intéressent, mais je n’ai pas le temps de tout faire : sur quoi dois-je lâcher du lest ? » encourage le manager à jouer son vrai rôle : arbitrer les priorités. Mieux vaut d’ailleurs apporter vous-même quelques pistes de solution, cohérentes avec l’organisation et votre fonction, pour renforcer l’impact de cet échange.
Et si tout cela vous paraît mission impossible ? Pourquoi ne pas s’inspirer des « élèves du fond de la classe » : oser la pause, déposer le stylo, laisser le téléphone sonner une minute. Personne n’en mourra, et votre manager, face au vide urgent, répartira (enfin) quelques tâches… ailleurs. Cela laisse à chacun, enfin, de quoi respirer.
Vous n’arrivez toujours pas à dire non ? C’est peut-être le signe qu’un coaching en leadership ou négociation serait salutaire. Après tout, comme disent les Anglais pragmatiques : « Il faut être deux pour danser le tango. » Si vous voulez changer le rythme… Il faut bien que quelqu’un commence, non ?

