À peine la poussière retombée à Renodays, le salon de la rénovation à Paris, que l’ambiance dans la filière énergétique reste électrique ! Entre instabilité politique et restrictions de MaPrimeRénov’, un air de fin de mois dès le 15 plane sur tout le secteur. Petits, moyens, gros acteurs : tous s’interrogent — et pas seulement sur le prix du café à la Porte de Versailles.
Un salon sous tension : MaPrimeRénov’ à la croisée des chemins
Les 7 et 8 octobre derniers, c’est dans les travées du salon Renodays que les professionnels du bâtiment ont vidé leur sac. La raison ? Le durcissement soudain des conditions d’accès à MaPrimeRénov’, la principale aide de l’État pour la rénovation énergétique, a mis un sacré coup de frein. Franck Durand, secrétaire national de l’Union des architectes (Unsfa), ne cache pas sa colère : « Ce stop-and-go [de MaPrimeRénov’], qui est plus un stop, fait mourir nos entreprises, il faut le dire clairement ». Ambiance.
La plateforme de demande — qui avait fermé cet été — a rouvert officiellement le 30 septembre, seulement pour les rénovations d’ampleur. Mais sous les 150 000 connexions en deux heures, bug immédiat et maintenance d’une semaine. On a vu plus fluide.
Des règles plus sévères, un marché asphyxié
Du côté des dossiers, l’horizon s’assombrit sévèrement : désormais, seuls les logements classés E, F ou G au DPE sont éligibles, et seule la catégorie des ménages très modestes peut soumettre une demande pour l’instant. Le plafond des travaux pour le calcul de l’aide baisse à 40 000 euros (contre 70 000 euros auparavant). Bref, l’ascenseur des rêves de rénovation prend la pente descendante.
Le stock de dossiers déjà déposés avant juin est tel qu’il grignote la totalité des 3,6 milliards d’euros prévus pour 2025. Résultat : au mieux, 13 000 nouveaux dossiers admis d’ici fin 2025, « instruits et engagés au premier trimestre 2026, sous réserve du vote de la loi de finances », d’après le ministère. Sauf que le projet de budget 2026, véritable pomme de discorde politique, a déjà fait tomber deux gouvernements. Les professionnels du bâtiment s’en étranglent : après avoir aligné huit ministres du logement en cinq ans et demi (record du monde non homologué), Olivier Salleron, président de la Fédération française du bâtiment, juge que « la politique du logement, ça fait longtemps qu’on l’a oubliée ».
Des entreprises sacrifiées sur l’autel de l’instabilité
Depuis la naissance en fanfare de MaPrimeRénov’ en 2020, 57 000 entreprises ont décroché le sésame « reconnu garant de l’environnement » (RGE). Beaucoup ont tout misé sur la rénovation énergétique – et même sur la « rénovation performante ». Sauf qu’aujourd’hui, ça tangue sévère :
- Des plans de licenciement en cascade (cinq chaque mois dans les agences d’architecture au début de 2025, selon Synaptau – unheard of depuis vingt ans !) ;
- Des petites structures étranglées par des délais de paiement interminables et leur trésorerie fondue comme neige au soleil ;
- Des entreprises contraintes de licencier ou de fermer, une situation jugée « totalement irresponsable » par Franck Durand, qui réclame, sous les applaudissements, une vraie stabilité.
Le plus dramatique ? Pour les boîtes spécialisées dans la rénovation performante (atteindre la classe A ou B en six postes de travaux), l’effondrement est réel. « On ne sait pas si on sera là dans six mois », confie Vincent Legrand, président de Dorémi. Les demandes s’évaporent, le reste à charge explose, les aides plongent : pour les ménages très modestes, la subvention maximale tombe à 32 000 euros (contre 63 000 auparavant). Chez les ménages modestes, c’est la dégringolade, et même les intermédiaires « aisés » voient l’enveloppe fondre.
Pourtant, ce modèle performant était censé coller aux ambitions nationales : rendre le parc bâti conforme aux normes basse consommation à l’horizon 2050. MaPrimeRénov’ semblait emprunter le bon chemin en 2024 avec plus de 91 300 subventions accordées (contre 71 000 en 2023), 80 000 dossiers déposés rien qu’en mai 2025 — on rêvait tout haut : « On était sur la piste des 200 000 par an ».
Mais le parcours a été suspendu, officiellement pour désengorger l’Agence nationale de l’habitat (Anah) et traquer la fraude. Résultat : le robinet s’est tari, et la filière, prise à la gorge, cherche des solutions crédibles.
Quelles planches de salut ? Banques, clarté, ou… patience ?
Dans ce paysage tourmenté, plusieurs pistes émergent :
- Moins compter sur l’État, endetté, et solliciter les banques, voire créer des « banques de la rénovation » proposant des prêts avantageux ;
- Envisager des parcours de rénovation en plusieurs étapes (moins efficace, certes, mais mieux que rien) ;
- Et réclamer, fort et clair, une véritable stratégie globale, à défaut d’un miracle politique prochain.
Jean-Christophe Repon, président de la Capeb, tape du poing : « Depuis quelques années, nous sommes sur des visions budgétaires, il y a une absence totale de stratégie globale de la rénovation ». En guise d’éclaircie ? Olivier Salleron tempère : « Ce n’est peut-être pas la fin de la rénovation énergétique, mais il faut prendre aujourd’hui des décisions, quel que soit le gouvernement qui arrive. »
En attendant, la filière retient son souffle. Qui, de la politique ou du bâtiment, tiendra le plus longtemps face à autant d’incertitude ? Les paris sont ouverts, mais une chose est sûre : l’urgence d’agir n’a jamais été aussi criante, sous peine de mettre au chômage tout un pan d’avenir.

