L’annonce surprise du départ de Luca de Meo, patron de Renault depuis 2020, programmé pour le 15 juillet, a fait l’effet d’une bombe sur les marchés. Le titre du constructeur au losange a immédiatement plongé, laissant les investisseurs dans l’incertitude face à cette succession inattendue.
Séisme sur les marchés pour Renault
Dimanche soir, la nouvelle tombe : Luca de Meo démissionne de son poste de directeur général qu’il occupait depuis juillet 2020. Dès l’ouverture lundi matin, la sanction est immédiate. L’action Renault dévisse de 6,8% et s’écroule à 40,12 euros. Une chute brutale qui reflète l’ampleur du coup dur selon les termes de Bernstein.
Oddo BHF rappelle l’enchaînement troublant : ce départ survient quelques mois à peine après celui de Thierry Piéton, l’ancien directeur financier. Deux piliers de la direction qui s’effondrent successivement, fragilisant mécaniquement la gouvernance du groupe.
UBS souligne l’amertume de cette double perte : ces deux dirigeants, particulièrement respectés par la communauté financière, tournent définitivement le dos à l’industrie automobile pour se lancer dans de nouveaux secteurs. Le Figaro évoque d’ailleurs une possible arrivée de Luca de Meo chez Kering, même si le groupe de luxe refuse tout commentaire.
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Un bilan impressionnant à l’heure du départ
Luca de Meo s’apprête à quitter Renault sur un succès retentissant. L’Italien était arrivé avec l’ambition affichée de réussir l’un des plus grands retournements de l’histoire automobile. Pari réussi ? Les chiffres plaident en sa faveur.
Sa stratégie ? Recentrer Renault sur des segments plus juteux. Exit la concentration excessive sur les citadines du segment B, place aux monospaces compacts du segment C, bien plus rentables. Même logique côté clientèle : privilégier les particuliers plutôt que les flottes d’entreprises ou les loueurs, traditionnellement moins généreux.
Cette révolution produit s’est doublée d’une cure d’amaigrissement drastique des coûts fixes, amorcée avant son arrivée mais accélérée sous son mandat. Le plan « Renaulution », dévoilé début 2021, a métamorphosé la santé financière du constructeur.
Les résultats parlent d’eux-mêmes : la marge opérationnelle, jadis négative, a bondi à 7,9% en 2023 puis 7,6% en 2024 – du jamais vu chez Renault. L’action a littéralement doublé, passant de 22,6 à 43 euros, surperformant même le CAC 40. Et ce, malgré une série de crises majeures : Covid-19, pénurie de puces électroniques, retrait de Russie…
Le défi colossal de la succession
Si Renault affiche aujourd’hui une forme olympique, le départ de son architecte laisse un vide béant. Au-delà des compétences techniques, c’est la dimension humaine qui inquiète : son charisme naturel et son énergie communicative avaient redonné le moral aux troupes.
Wall Street et les analystes européens scrutent désormais chaque rumeur sur la succession. UBS anticipe une phase d’incertitude prolongée jusqu’à la nomination officielle. Bernstein regrette particulièrement le timing : Thierry Piéton, parti début 2025 rejoindre Medtronic, aurait constitué un successeur logique et rassurant.
La course aux candidats s’ouvre
Les spéculations vont bon train sur l’identité du futur patron. Jefferies mise sur un profil issu de Stellantis, le groupe concurrent dirigé par Carlos Tavares.
Côté candidats internes, deux noms reviennent : Denis Le Vot, qui dirige Dacia avec succès, et Josep Maria Recasens, récemment propulsé à la tête d’Ampere, la filiale électrique du groupe. Oddo BHF évoque aussi Maxime Picat, transfuge de Stellantis avec une réputation solide dans l’industrie.
Des enjeux stratégiques majeurs à l’horizon
Ce changement de garde tombe à un moment délicat. Renault doit bientôt dévoiler « Futurama », son nouveau plan stratégique attendu en fin d’année. L’objectif ? Accélérer la croissance via l’innovation, conquérir de nouveaux marchés hors Europe et explorer des territoires inédits au-delà de l’automobile classique.
Mais les défis ne s’arrêtent pas là. Le constructeur doit achever le démantèlement progressif de son alliance avec Nissan tout en préservant son indépendance. Double défi face aux appétits de Geely, l’investisseur chinois qui se rapproche via des partenariats en Corée et au Brésil, et à l’influence persistante de l’État français, actionnaire à 15%.
Oddo BHF tempère l’inquiétude : l’esprit d’équipe instillé par Luca de Meo pourrait faciliter la transition, y compris au sein de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi. Reste que les prochains mois s’annoncent cruciaux pour l’avenir du losange.
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