Le géant pharmaceutique français a révélé le 4 septembre que son candidat-médicament amlitelimab, développé contre la dermatite atopique, a validé l’ensemble des critères d’efficacité principaux et secondaires lors d’une étude de phase III menée chez des adultes et adolescents. Pourtant, malgré ces données cliniques encourageantes, la réaction boursière s’est montrée particulièrement tiède.
Sanofi mise gros sur la diversification
Le laboratoire français a considérablement renforcé ses dépenses de recherche et développement ces deux dernières années. L’objectif ? Élargir son arsenal thérapeutique et diminuer sa dépendance au blockbuster Dupixent, véritable poule aux œufs d’or dans le traitement des pathologies inflammatoires. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur les six premiers mois de 2025, Dupixent a engrangé 7,312 milliards d’euros (+21 %), soit pratiquement un tiers des 20 milliards d’euros de revenus semestriels du groupe.
Cette forte concentration inquiète naturellement les dirigeants, qui ont accéléré leur course à l’innovation. Fin 2023, durant le fameux « R&D Day », Sanofi avait déployé sa feuille de route avec une douzaine de molécules d’avenir, chacune étant créditée d’un potentiel commercial oscillant entre 2 et 5 milliards d’euros.
Dermatite atopique : un marché colossal en ligne de mire
L’amlitelimab occupe une place centrale dans cette stratégie. Ce traitement vise la dermatite atopique, affection cutanée chronique marquée par des poussées inflammatoires et des démangeaisons intenses, qui sévit principalement dans l’enfance. D’après les données publiées dans le Journal of European Academy of Dermatology and Venereology, cette forme d’eczéma concernait approximativement 171 millions d’individus en 2019, représentant 2,23 % de la population planétaire.
Le marché des thérapies innovantes contre cette pathologie pourrait bondir vers les 30 milliards de dollars d’ici 2025, soit une multiplication par quatre. Face à ces perspectives alléchantes, les attentes autour des résultats de phase III montaient dangereusement. Bank of America avait d’ailleurs mis la pression en juin dernier, estimant qu’une validation scientifique solide était indispensable pour crédibiliser le renouveau en R&D et rassurer sur l’avenir post-Dupixent.
Des résultats mitigés qui refroidissent la Bourse
Bien que l’étude COAST 1 ait rempli ses objectifs sur le papier, les investisseurs ont boudé l’annonce. L’action Sanofi s’est effondrée de près de 10 % à Paris, devenant la plus mauvaise performance du CAC 40 dans la matinée.
Selon le communiqué de Sanofi, l’amlitelimab administré toutes les 4 ou 12 semaines a démontré une amélioration statistiquement et cliniquement significative de la clairance cutanée et de la sévérité des lésions après 24 semaines de traitement. L’efficacité semble même s’accentuer avec le temps. Un atout majeur : ce médicament pourrait devenir le premier à ne nécessiter que quatre injections annuelles.
Mais les analystes tempèrent l’enthousiasme. Oddo BHF reconnaît l’efficacité prouvée tout en soulignant des performances « légèrement inférieures aux espérances » et une dégradation par rapport aux données de phase II. Jefferies va plus loin, jugeant l’amlitelimab moins performant que les alternatives disponibles, notamment face à Dupixent dans les cas sévères.
Le programme OCEANA, qui comprend quatre nouvelles études en cours, devrait apporter des éclaircissements. Oddo BHF rappelle que la cohorte actuelle était plus proche des conditions réelles, incluant notamment des patients ayant reçu des traitements préalables.
L’attente de données complémentaires cruciales
Sanofi promet des informations supplémentaires issues de cette phase III pour mieux cerner le profil d’efficacité et de sécurité de son candidat. Ces analyses futures exploreront l’impact d’un traitement de maintenance prolongé et l’efficacité post-arrêt selon différents profils de patients. Des éléments déterminants pour restaurer la confiance des marchés et consolider les ambitions commerciales du laboratoire.

