Tournant inédit dans la guerre des puces : les Pays-Bas prennent le contrôle d’un fabricant chinois pour protéger l’Europe

julien
écrit par Thomas

octobre 15, 2025

Et si la bataille des semi-conducteurs ne se jouait plus seulement entre les États-Unis et la Chine, mais débarquait avec fracas dans la cour européenne ? Accrochez-vous à vos processeurs : les Pays-Bas viennent de créer la surprise en annonçant la prise de contrôle d’un fabricant chinois de puces… installé sur leur propre sol.

Une décision inédite pour sécuriser l’avenir technologique de l’Europe

La scène mondiale des semi-conducteurs prend une nouvelle tournure. Désormais, ce ne sont plus seulement Washington et Pékin qui se tirent la bourre à coup de mesures et de contre-mesures. Les Pays-Bas, réputés pour leurs tulipes, leurs moulins et – dorénavant – leur proactivité technologique, viennent de franchir un cap inédit : invocation de leur loi sur la disponibilité des biens pour « prendre le contrôle » de Nexperia, un fabricant chinois de semi-conducteurs basé aux Pays-Bas et appartenant depuis 2019 au géant technologique chinois Wingtech.

Cette « mise sous tutelle » a été annoncée officiellement dans un communiqué de La Haye le 12 octobre, même si la décision elle-même remontait à la fin septembre. Objectif affiché : garantir qu’assez de puces restent disponibles en Europe, histoire d’éviter que la prochaine pénurie mondiale ne transforme le vieux continent en zone blanche. Selon le gouvernement néerlandais, il s’agit d’éviter que les produits Nexperia ne deviennent indisponibles en cas d’urgence.

  • Nexperia fabrique des composants essentiels pour l’automobile européenne et l’électronique grand public
  • L’entreprise appartient à Wingtech depuis 2019, elle-même sous surveillance américaine
  • C’est la première fois que les Pays-Bas activent leur loi sur la disponibilité des biens
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Pourquoi une telle décision ? Entre gouvernance et géopolitique

Jamais auparavant La Haye n’avait dégainé son arme législative de la sorte : cette loi permet une intervention si une menace pèse sur la « continuité et la sauvegarde » des capacités technologiques sur le sol néerlandais ou européen. Dans le cas Nexperia ? Ce sont de « graves lacunes en matière de gouvernance » qui ont servi de déclencheur.

Le ministère des Affaires économiques, cité dans le communiqué, a prévenu : perdre ces capacités ferait porter un risque à la sécurité économique des Pays-Bas… et de toute l’Europe. Il était donc « impératif » d’agir « en raison de l’ampleur et de l’urgence des lacunes en gouvernance » chez Nexperia.

  • En cas de décisions jugées néfastes à l’avenir de Nexperia ou à la chaîne de valeur européenne, le ministre peut désormais les bloquer ou les annuler
  • La mesure est répétée comme « exceptionnelle » et justifiée par une « absolue nécessité »

Dans l’œil du cyclone géopolitique

La décision ne tombe pas de nulle part. Elle s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes. La semaine précédente, Pékin avait imposé de sévères restrictions sur les exportations de terres rares — des matériaux indispensables dans l’industrie électronique — pour répondre au tour de vis américain sur les semi-conducteurs, une décision qui inquiète aussi les Européens.

Le timing est tout sauf fortuit : trois jours seulement après ces mesures chinoises, La Haye annonce officiellement qu’elle peut désormais s’immiscer dans la gestion de Nexperia. Le message est clair : l’Europe veut pouvoir défendre ses intérêts et ses approvisionnements critiques, quitte à bousculer quelques habitudes diplomatiques… et commerciales.

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Du côté chinois, la pilule passe mal. Wingtech, la maison mère de Nexperia, n’a pas tardé à réagir. Dans un message (vite effacé…) publié sur WeChat, l’entreprise dénonce une intervention « excessive », motivée selon elle par des « préjugés géopolitiques » plutôt qu’une évaluation factuelle des risques. L’entreprise assure par ailleurs vouloir défendre ses droits… et compter sur le soutien du gouvernement chinois.

Retour sur le parcours mouvementé de Nexperia

Le feuilleton Nexperia n’en est pas à son premier rebondissement. En 2017, cette entreprise issue de la scission avec le néerlandais NXP Semiconductors passe sous pavillon chinois via un consortium, avant que Wingtech ne devienne actionnaire majoritaire en 2019. Mais, l’histoire ne s’arrête pas là :

  • Au Royaume-Uni, Nexperia a déjà été contrainte de vendre son usine de Newport en raison de préoccupations de sécurité nationale
  • Aux États-Unis, Wingtech est placée sur la « liste des entités » : impossible d’acheter des produits américains sans autorisation spéciale
  • En septembre, Washington a élargi ce dispositif à toutes les entreprises à majorité chinoise… dont Nexperia
  • Les Pays-Bas, proches alliés des États-Unis et hébergeurs du champion mondial ASML, ont durci depuis 2023 leur politique d’exportation, notamment sur demande de Washington

L’alignement affiché par La Haye avec les États-Unis, et ce nouveau coup de semonce envers Pékin, illustrent combien l’Europe se retrouve désormais sur l’échiquier ultra-stratégique des semi-conducteurs.

Conclusion : À l’heure où les chaînes d’approvisionnement mondiales craquent et où la technologie devient un enjeu de souveraineté, cette intervention néerlandaise marque-t-elle le début d’un réflexe « Europe d’abord » sur les puces ? Une chose est sûre, il faudra surveiller de près la riposte de la Chine, les décisions de Bruxelles… et, accessoirement, s’assurer que nos voitures et nos smartphones ne tombent pas en panne sèche de microprocesseurs !

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julien

Esprit analytique et stratège hors pair, Thomas est l’architecte des convictions profondes de Minoritaires.com. Passionné de marchés financiers, d’analyse fondamentale et de stratégies long terme, il apporte une vision lucide et structurée dans chaque prise de position.Derrière son calme apparent se cache une rigueur redoutable et une curiosité insatiable, toujours au service de l’investisseur indépendant. Avec Thomas, la réflexion prend le pas sur l’émotion pour mieux anticiper et comprendre les mouvements de fond.