Dans ses nouvelles prévisions 2026 publiées mercredi 3 décembre, la banque suisse UBS revoit ses positions sur les constructeurs automobiles français. Elle relève sa recommandation sur Stellantis de « neutre » à « acheter », pariant sur une remontée des performances en Amérique du Nord. Dans le même temps, elle dégrade Renault de « neutre » à « vendre », anticipant une pression sur les marges du losange.
Stellantis s’envole, portée par l’optimisme d’UBS
L’action Stellantis a bondi de 7,3 % en milieu de séance sur Euronext Paris, signant la meilleure performance du CAC 40. Cette euphorie s’appuie également sur des ventes solides enregistrées en novembre outre-Atlantique. Un analyste financier résume le contexte porteur : « hausse des parts de marché, désengorgement des stocks et réduction des remises commerciales : trois indicateurs au vert« .
Renault limite les dégâts malgré sa dégradation, gagnant modestement 0,8 % après avoir chuté jusqu’à 3,2 % dans les premiers échanges.
Un objectif de cours ambitieux pour Stellantis
UBS porte son objectif de cours sur Stellantis à 12 euros – contre 8,3 euros précédemment – soit un potentiel d’appréciation de près de 31 % par rapport au dernier cours de Bourse. Cette confiance retrouvée repose sur l’espoir d’un redressement du segment nord-américain, véritable poumon financier du groupe né de la fusion Fiat Chrysler-Peugeot.
Jadis très profitable avec une marge opérationnelle de 18,1 % au premier semestre 2022, cette zone géographique a souffert de la stratégie précédente menée par l’ancien patron Carlos Tavares, privilégiant un fort « pricing power » au détriment des volumes. Résultat : effritement des parts de marché et accumulation de stocks invendus.
Après un premier semestre 2025 catastrophique avec une marge opérationnelle négative de -3,4 % en Amérique du Nord, le groupe a amorcé un ajustement de ses stocks et multiplié les promotions dès la seconde moitié de 2024.
Pour UBS, 2026 marquera le grand retour de Stellantis sur ce marché stratégique, avec une remontée espérée de 1,2 point de pourcentage de part de marché. Un signal fort vers un retour à la rentabilité.
Offensive produits et contexte réglementaire plus clément
Le retour en force sur le segment des pick-ups d’entrée de gamme, notamment via la réintroduction du RAM 1500 Express, représente un atout majeur. UBS reconnaît que ces versions génèrent des marges inférieures aux modèles haut de gamme, mais elles restent plus lucratives que d’autres segments. Le lancement du moteur V8 Hemi, qui cumule déjà plus de 40 000 commandes, renforce cette dynamique.
L’offensive s’articule autour d’une gamme renouvelée comprenant le nouveau Jeep Cherokee et une nouvelle génération de muscle cars thermiques comme la Dodge Charger Daytona, autant d’éléments destinés à gonfler les volumes.
UBS met également l’accent sur l’impact favorable des récents assouplissements réglementaires américains concernant les normes d’émissions de CO2. Ces mesures, prises sous l’administration Trump, suppriment les amendes infligées aux constructeurs et allègent la pression sur l’écoulement de véhicules hybrides aux marges faibles et à la demande limitée.
Stellantis peut désormais se reconcentrer sur les motorisations essence traditionnelles, plus rentables selon UBS, et satisfaire une demande élargie, particulièrement sur des modèles emblématiques comme le Jeep Wrangler.
Conjugués aux efforts de maîtrise des coûts, ces facteurs devraient propulser le résultat opérationnel courant à 5,4 milliards d’euros en 2026 (+3 milliards), pour une marge opérationnelle de 3,3 %. La génération de trésorerie devrait retrouver son équilibre.
Renault dans la tourmente, objectif de cours en chute libre
L’optimisme affiché pour Stellantis contraste avec les inquiétudes sur Renault. UBS abaisse drastiquement son objectif de cours à 28 euros contre 38 euros auparavant, soit un potentiel baissier de près de 19 %.
La banque brosse un tableau sombre pour 2026 : dégradation probable des marges, au mieux une stabilisation. Les signaux d’alarme se multiplient : carnet de commandes en berne, détérioration du positionnement prix, mix-produit défavorable face aux coûts, gonflement des stocks chez les distributeurs.
La montée en puissance des véhicules électriques dans les ventes constitue également un facteur d’érosion des marges.
UBS table sur une marge opérationnelle ramenée à 5,2 % en 2026 contre 6,5 % en 2025. Lors de la présentation de son nouveau plan stratégique prévue au premier trimestre 2026, Renault devrait viser une stabilisation autour de 6 % à moyen terme. Mais la banque mise plutôt sur une rentabilité plus modeste (3 à 4 %) en 2028, les leviers de croissance identifiés – électrification, expansion internationale et ventes partenaires – étant jugés peu favorables aux marges.

