Le secteur défense connaît un regain d’intérêt en Bourse après les déclarations musclées de Donald Trump concernant l’OTAN. Le président américain a suggéré que les pays membres devraient abattre tout appareil russe violant leur espace aérien, provoquant un sursaut des valeurs européennes du secteur. Les groupes français, eux, restent à la traîne avec des progressions plus timides.
Des mots qui réveillent les tensions et font réagir les marchés
Mardi soir à New York, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, Donald Trump n’y est pas allé par quatre chemins. Questionné sur une éventuelle riposte contre les intrusions aériennes russes dans l’espace OTAN, sa réponse a été sans équivoque : « Oui, je le pense », rapporte l’AFP.
Ces propos interviennent dans un contexte déjà tendu. Mi-septembre, des drones russes ont franchi la frontière polonaise, tandis que l’Estonie a vu son espace aérien violé par des appareils russes. Autant d’incidents qui nourrissent l’escalade et dopent mécaniquement les valeurs industrielles de défense.
L’Europe de la défense s’envole en Bourse
Les investisseurs n’ont pas traîné. À Stockholm, Saab s’adjuge 3,9 %. Côté allemand, les gains sont encore plus marqués : Renk bondit de 5 %, Hensoldt de 4,3 % et Rheinmetall de 2 %. L’italien Leonardo grimpe de 3,3 % à Milan, tandis que BAE Systems limite la casse avec +1,2 % outre-Manche.
Pour Jung In Yun, patron de Fibonacci Asset Management interrogé par Bloomberg, ces déclarations remettent les risques géopolitiques au premier plan. Les investisseurs anticipent désormais des carnets de commandes bien remplis pour les années à venir.
Mais du côté français, l’enthousiasme reste mesuré. Thales se contente d’un maigre +0,6 %, quand Dassault Aviation progresse de 0,9 % seulement.
La France pénalisée par son flou politique
Plusieurs analystes pointent du doigt cet écart de performance. Si les propos de Trump agissent comme un électrochoc sur l’ensemble du secteur, les valeurs françaises traînent des boulets spécifiques. L’incertitude politique persistante dans l’Hexagone explique en grande partie cette retenue.
Le gouvernement français navigue encore en eaux troubles, avec une équipe démissionnaire à l’exception du Premier ministre Sébastien Lecornu. Cette instabilité pourrait retarder l’adoption du budget défense 2026, créant un obstacle pour les futures commandes françaises. Chez Jefferies, on rappelle que les retards budgétaires de 2025 avaient déjà freiné l’élan commercial de Thales en début d’année. Or la France pèse près d’un quart des commandes du groupe.
Des budgets militaires en forte expansion
Depuis janvier, le secteur de la défense surfe sur une vague exceptionnelle. L’action Thales flambe avec +82 %, tandis que Rheinmetall pulvérise tous les records avec une envolée de 217,7 %. Cette dynamique s’appuie sur la montée en puissance des budgets militaires européens.
Face aux pressions américaines – Washington ne souhaitant plus porter seule la sécurité du Vieux Continent -, plusieurs pays européens ont décidé de sortir le carnet de chèques. L’Allemagne en tête, qui prévoit des centaines de milliards d’euros d’investissements supplémentaires.
En juin, les pays de l’OTAN ont fixé la barre encore plus haut : 5 % du PIB consacrés à la défense d’ici 2035, contre 2 % précédemment. Pour la Royal Bank of Canada, cet objectif pourrait générer 2 000 milliards de dollars de dépenses annuelles supplémentaires pour l’alliance, soit une croissance moyenne de 8 % par an entre 2024 et 2035.

