Lundi 22 septembre, l’action du groupe pharmaceutique Kenvue, qui détient la marque Petit Marseillais, a plongé à Wall Street. La cause ? Les déclarations fracassantes de l’ancien président Donald Trump établissant un lien entre le Tylenol pris pendant la grossesse et les risques d’autisme chez l’enfant.
Quand la politique fait trembler le secteur pharmaceutique
Les marchés financiers gardent en mémoire les turbulences du printemps dernier, lorsque la nomination de Vinay Prasad à la tête de la Food and Drug Administration avait déjà semé le trouble. Cette fois, c’est l’intervention publique de Trump lors d’un événement à la Maison Blanche qui a fait vaciller Kenvue. L’action s’est écroulée de 7,5%, touchant le fond à 16,97 dollars – un niveau jamais atteint depuis la création de la société.
Trump pointe du doigt le lien entre Tylenol et autisme
Devant les caméras, Donald Trump a lancé un avertissement aux femmes enceintes concernant la consommation de Tylenol – le nom commercial de l’acétaminophène (notre paracétamol). S’appuyant sur des études qu’il juge préoccupantes, il a établi un parallèle entre cet antidouleur et les troubles du spectre autistique. Sa recommandation : éviter le Tylenol durant la grossesse, sauf urgence médicale absolue. Robert F. Kennedy Jr., son secrétaire à la Santé, se tenait à ses côtés pour appuyer ces propos.
Les producteurs chinois dans la tourmente
L’onde de choc a traversé les océans. Sur les places de Shanghai et Shenzhen, plusieurs entreprises chinoises spécialisées dans la production d’acétaminophène ont vu leurs titres chuter entre 2,5% et 6%, selon les données d’investing.com.
Un rapport explosif à l’origine de la controverse
Cette polémique tire ses racines d’un rapport dévoilé début septembre par le Wall Street Journal. Orchestré par Robert Francis Kennedy Jr. et son ministère de la Santé, le document établit des liens troublants entre la prise de Tylenol pendant la grossesse, les carences en folates et l’autisme. Les folates jouent un rôle clé dans le développement du tube neural du fœtus – leur déficit peut provoquer des malformations graves, comme le rappelle sante.gouv.fr. Le rapport va plus loin en évoquant des traitements potentiels à base de dérivés de folate pour atténuer certains symptômes développementaux.
Kenvue déjà fragilisé par la tempête
L’histoire ne date pas d’hier pour Kenvue. Le 5 septembre, l’action avait déjà plongé de plus de 9% suite à la publication de ce fameux rapport. Né de la scission des activités grand public de Johnson & Johnson, le groupe rassemble des marques phares comme Neutrogena, Listerine et Petit Marseillais.
La science divisée sur la question
Le débat autour du paracétamol et des troubles neurodéveloppementaux ne surgit pas de nulle part. David Mandell, professeur en psychiatrie à l’université de Pennsylvanie, fait référence aux grandes études menées sur le sujet, notamment celle publiée en 2024 dans Jama qui a suivi plus de 2 millions d’enfants – ses conclusions écartent ce risque. Pourtant, une méta-analyse récente arrive à des conclusions opposées, appelant à poursuivre les recherches.
Le défi méthodologique des chercheurs
Les scientifiques buttent sur un obstacle majeur : comment séparer les effets propres du médicament des raisons qui poussent à le consommer ? Cette question méthodologique complique singulièrement l’évaluation des risques réels.
Kenvue contre-attaque rapidement
Dès lundi, Kenvue a riposté par un communiqué musclé, rejetant en bloc tout lien entre paracétamol et autisme. Le laboratoire brandira les données scientifiques indépendantes qui, selon lui, prouvent l’innocuité du médicament dans ce contexte. L’entreprise s’inquiète surtout des conséquences sanitaires que pourraient avoir ces accusations sur les femmes enceintes.
Un rebond encourageant en pré-séance
Cette mise au point a porté ses fruits. Mardi 23 septembre, avant l’ouverture officielle, le titre Kenvue grimpait d’environ 6%, signalant un retour de confiance chez les investisseurs.
Depuis son introduction en Bourse en mai 2023, Kenvue navigue dans des eaux agitées où se mêlent enjeux médicaux et pressions politiques – un cocktail particulièrement volatile pour les marchés financiers.

