Le marché parisien des introductions en Bourse traverse une période difficile, bridé par un environnement économique peu clément. Les sociétés ayant tenté l’aventure depuis 2021 affichent des parcours pour le moins contrastés : certaines explosent littéralement, d’autres disparaissent corps et biens.
L’année 2025 redonne espoir aux IPO
Les introductions en 2025 s’étaient faites rares jusqu’à récemment. Le vent tourne un peu : le 12 juin, Semco Technologies, qui fabrique des composants pour semi-conducteurs, dévoile son projet d’arrivée sur Euronext Growth. L’objectif ? Récupérer des liquidités fraîches pour alimenter sa croissance, notamment à l’étranger. Dans la foulée, ACI Groupe, spécialisé dans les pièces aéronautiques et de défense, évoque lui aussi une admission prévue cet automne.
2024 : peu d’élus, mais quelques belles surprises
Il faut remonter à décembre 2024 pour retrouver les dernières opérations marquantes. Odyssée Technologies, qui fabrique des pièces de précision pour industries de pointe, et Louis Hachette Group, holding rattachée au groupe Lagardère, ont toutes deux rejoint Euronext Growth. Younited fait figure d’exception : ce spécialiste du crédit à la consommation a opté pour une double cotation début 2025 sur Euronext Paris, lui qui était déjà présent à Amsterdam.
Les beaux bulletins de 2024
L’année 2024 a donné lieu à plusieurs belles réussites. Exosens, expert en optronique militaire, a carrément décollé avec plus de 300% de hausse, intégrant même le SBF 120 en moins d’un an après son IPO. Odyssée Technologies surfe elle aussi sur la vague : son titre bondit de 242% en 2025, soit une performance globale de 282% depuis son prix d’introduction à 13 euros.
Planisware, qui développe des solutions de gestion de projet, se maintient solidement au-dessus de son cours d’IPO. Moins reluisant, le parcours de Lighton : cette société d’intelligence artificielle accuse un recul de 16% en juin, son action ayant été divisée par deux. Un contrat récent avec une filiale d’Arianegroup lui offre une bouffée d’oxygène (+26%), la faisant repasser au-dessus de son prix d’entrée.
Cas à part, Pluxee et Louis Hachette Group ont débarqué en Bourse via des scissions de Sodexo et Vivendi respectivement. Depuis février 2024, Pluxee recule de 31%, pénalisée par des inquiétudes réglementaires en France et au Brésil. Louis Hachette Group fait mieux : près de 50% de progression depuis son introduction.
Depuis 2021 : des envols spectaculaires et des chutes vertigineuses
Sur l’ensemble de la période, seule une poignée d’entreprises tire véritablement son épingle du jeu. Stif, qui conçoit des équipements anti-explosion industriels, flambe littéralement avec +717% depuis son IPO fin 2023. Cette société, créée en 1984, profite à plein de l’essor des panneaux anti-explosion pour systèmes de stockage d’énergie par batteries. Ses clients ? Tesla et BYD, entre autres. Résultat : sa capitalisation boursière frôle désormais les 273 millions d’euros, soit près de huit fois plus qu’à ses débuts.
Revers de la médaille, plusieurs entreprises, particulièrement dans la biotech, ont vécu de véritables catastrophes. Le tribunal de Lyon vient d’ordonner la liquidation judiciaire de Phaxiam Therapeutics, née en 2023 de la fusion d’Erytech Pharma et Pherecydes Pharma (cette dernière introduite en 2021).
Biotech et PME : des naufrages en série
Début 2025, Acticor Biotech, qui travaillait sur des médicaments d’urgence cardiovasculaire, a été radiée après liquidation judiciaire. Les actionnaires ? Ils ont tout perdu, n’étant pas prioritaires pour les remboursements quand tout s’effondre.
D’autres peinent à maintenir la tête hors de l’eau. Florentaise, producteur de terreaux bas carbone entré en 2023, tente de céder une partie de ses activités pour survivre. Son introduction s’était déjà faite dans des conditions précaires : endettement important et trésorerie rachitique. Namr, spécialisée dans la « data intelligence » pour bâtiments, se retrouve dans le collimateur d’Euronext pour avoir publié ses comptes 2024 en retard. Sanction : transfert vers un compartiment spécial.
La dure réalité : 41 perdantes contre 7 gagnantes
Le bilan fait froid dans le dos : au 19 juin 2025, seules 7 sociétés évoluent encore au-dessus de leur prix d’introduction, contre 41 qui plongent sous ce seuil. Pascal Quiry, expert financier et professeur à HEC, pointe une réalité implacable : environ cinq entreprises sur six voient leur cours s’effriter après l’introduction. Preuve que beaucoup surestiment leur valorisation au départ. Le phénomène touche d’autant plus durement les petites capitalisations.
La valorisation redevient un sujet brûlant avec le possible retrait du groupe Believe, éditeur musical numérique entré en 2021, dont le prix d’IPO fait grincer des dents chez certains analystes.
Malgré tout, la Bourse garde ses atouts
Ces déboires ne doivent pas occulter une réalité : la Bourse reste un formidable levier de financement. Le succès ou l’échec d’une introduction ne dépend pas uniquement des conditions de marché – souvent pointées du doigt – mais aussi des valorisations proposées et des conditions faites aux investisseurs.
Dernier point intéressant : l’arrivée d’entreprises locales en Bourse présente un avantage collatéral. Une étude universitaire de 2024 montre que l’IPO d’une société géographiquement proche incite les particuliers à s’intéresser davantage aux marchés financiers et développe leur culture économique.

