Le géant allemand Beiersdorf, maître des produits dermatologiques et cosmétiques, vient d’annoncer un ajustement brutal de ses objectifs annuels. Sa division grand public, plombée par le recul inattendu de Nivea, a gâché les résultats du premier semestre et fait chuter le titre de près de 10% à la Bourse de Francfort.
Un mastodonte européen aux marques iconiques
Depuis sa création à la fin du XIXe siècle, Beiersdorf a bâti un empire autour de marques qui rythment notre quotidien : Nivea, Labello, Hansaplast, Elastoplast ou encore l’ultra-premium La Prairie. Sans oublier sa filiale Tesa, spécialisée dans les adhésifs industriels. Avec ses 23,8 milliards d’euros de capitalisation boursière, le groupe hambourgeois fait figure de poids lourd face à L’Oréal sur l’échiquier cosmétique européen.
Un semestre qui tourne au vinaigre
Sur les six premiers mois de 2025, Beiersdorf affiche un chiffre d’affaires de 5,118 milliards d’euros. Certes, c’est 2,1% de mieux qu’en données comparables, mais les analystes espéraient bien davantage : 5,239 milliards selon le consensus, soit une croissance de 2,7%. Cette déception a immédiatement sanctionné le cours, qui s’effrite de 10% dans la foulée de l’annonce.
Nivea perd de sa superbe au deuxième trimestre
Le deuxième trimestre raconte une histoire encore plus préoccupante. Le chiffre d’affaires ne grimpe que de 0,6% à 2,497 milliards d’euros, un net ralentissement après les 2,7% du trimestre précédent. La division grand public, pourtant locomotive du groupe, progresse péniblement de 1,5% en données comparables – loin des 2,9% que prévoyaient les experts.
Mais c’est surtout Nivea qui fait mal. La marque emblématique recule de 0,5% au deuxième trimestre, un contraste saisissant avec sa progression de 2,5% au premier trimestre. Les analystes de la Royal Bank of Canada pointent directement ce retournement. Beiersdorf invoque un « contexte économique incertain » qui aurait refroidi les ardeurs des consommateurs.
Les autres marques naviguent entre succès et difficultés
Heureusement, toutes les marques ne rament pas dans la même direction. Les produits dermatologiques Eucerin et Aquaphor carburent à plein régime avec une progression de 13,3% sur un an, pulvérisant allégrement les 10,2% attendus par le consensus. Cette division médicale confirme sa belle trajectoire.
Du côté de La Prairie, l’heure semble au redressement. Ses ventes ne reculent « que » de 1,5% au deuxième trimestre, une performance presque rassurante après la dégringolade de 17,5% du trimestre précédent. Les analystes attribuent ce mieux-être à un rebond chinois encourageant.
Quant aux adhésifs Tesa, ils accusent un repli de 3,7% à périmètre comparable – moins dramatique que redouté après leur belle envolée de 10,7% au premier trimestre.
Rentabilité sous pression
Le résultat opérationnel ajusté s’établit à 836 millions d’euros, soit 1,6% en retrait des 850 millions espérés. La marge d’EBIT ressort à 16,1%, légèrement décevante elle aussi. Le bénéfice net par action atteint 2,54 euros, contre 2,67 euros dans les cartons des analystes.
Cette contre-performance s’explique par des revenus d’intérêts plus faibles qu’anticipé et une fiscalité plus lourde que prévu, précisent les spécialistes du secteur.
Cap revu à la baisse pour 2025
Face à cette réalité contrastée, Beiersdorf rabote ses ambitions pour l’exercice 2025. La croissance organique de la division consommateur est désormais calibrée entre 3% et 4%, abandonnant la fourchette initiale de 4% à 6%. L’amélioration de la marge opérationnelle se contentera de 0,2 point de pourcentage, moitié moins que les 0,5 point visés au départ.
Pour Tesa, le groupe maintient sa feuille de route : croissance organique de 1% à 3% et marge EBIT autour de 16%.
Au global, la société table maintenant sur une progression comparable de 3% – exit la fourchette ambitieuse de 4% à 6% – avec une marge opérationnelle qui dépassera tout juste celle de 2024 (plus de 13,9%).

