Lundi 28 juillet, une onde de choc a secoué les valeurs de la défense européenne sur les marchés financiers. La cause ? L’annonce d’un accord commercial entre l’Union européenne et les États-Unis qui prévoit notamment une montée en puissance des achats d’équipements militaires américains par les pays européens. Thales, qui subit par ailleurs les retombées d’une cyberattaque visant Naval Group dont il détient 35 % du capital, illustre parfaitement cette tourmente boursière.
Un compromis commercial lourd de conséquences pour l’industrie européenne
L’accord entre Bruxelles et Washington limite les droits de douane à 15 %, évitant leur doublement prévu à 30 % au 1er août. Mais la contrepartie s’avère salée : l’Union européenne s’engage à importer pour 750 milliards de dollars de produits énergétiques américains et à accroître ses investissements outre-Atlantique de 600 milliards de dollars sur plusieurs années.
Plus discret dans la communication officielle, Donald Trump a pourtant lâché une information qui fait trembler les industriels européens. Lors de la présentation du « deal » avec Ursula von der Leyen, l’ancien président américain a indiqué que les Européens s’engageraient aussi à acheter pour des centaines de milliards de dollars d’équipements militaires aux États-Unis. Ce montant serait vraisemblablement inclus dans l’enveloppe de 600 milliards d’investissements promis, selon la BBC.
Une hécatombe boursière pour les poids lourds européens de la défense
Les marchés n’ont pas tardé à sanctionner ces annonces. À Francfort, Rheinmetall a perdu jusqu’à 4 % en séance. Hensoldt, le spécialiste des capteurs militaires, a cédé plus de 6 % en matinée avant de limiter ses pertes à 3,5 % en clôture. À Londres, BAE Systems a reculé de 1,2 %. Mais c’est à Paris que le coup fut le plus dur : Thales a accusé la plus forte baisse du CAC 40 avec plus de 3 % de dépréciation.
Reste que la portée réelle de ces engagements d’achats militaires demeure floue. Un analyste souligne qu’il reste incertain si ces acquisitions d’équipements américains sont déjà actées pour une part significative, ou s’il s’agit surtout d’affirmations politiques sans décisions concrètes à ce stade.
L’explosion des budgets militaires européens profite surtout à l’industrie américaine
Depuis plusieurs mois, les pays européens multiplient les annonces d’augmentations substantielles de leurs budgets de défense. L’Allemagne mène la danse, entraînant une envolée spectaculaire des cours des entreprises du secteur. Rheinmetall affiche ainsi un bond de 178 % depuis début 2025.
L’OTAN a rehaussé ses ambitions en juin : porter à 5 % du PIB les dépenses liées à la sécurité d’ici 2035, contre 2 % précédemment. Cette enveloppe combinera 3,5 % du PIB consacrés à la défense armée et 1,5 % pour des budgets de sécurité élargis couvrant infrastructures, innovation et cyberdéfense.
Jefferies chiffre ce renforcement à plus de 800 milliards de dollars supplémentaires de dépenses militaires globales. Le hic ? Une grande partie de ces marchés juteux échappera aux industriels européens.
Les chiffres d’Oddo BHF révèlent l’ampleur du phénomène : entre mi-2022 et mi-2023, 78 % des dépenses d’équipements militaires européennes ont profité à des fournisseurs hors Europe, dont 63 % aux États-Unis. Les exportations d’armes américaines vers l’Europe ont bondi de 89 % entre 2021 et 2022.
Même si l’objectif européen vise 50 % de parts de marché d’ici 2030, la tendance globale continue de favoriser massivement les acteurs américains.
La cyberattaque contre Naval Group fragilise Thales
La chute du titre Thales s’explique aussi par une cyberattaque visant le groupe Naval Group, dont Thales détient 35 % du capital. Un pirate informatique revendique la possession de documents confidentiels de Naval Group et menace de les divulguer.
Naval Group maintient qu’aucune intrusion n’a été détectée à ce jour dans ses systèmes. Le groupe qualifie cette opération d’attaque réputationnelle et malveillante, dans un contexte de fortes tensions internationales et informationnelles. Une plainte a été déposée pour faire la lumière sur ces faits et protéger les données sensibles.
Cette affaire pèse directement sur la confiance des investisseurs vis-à-vis de Thales, déjà malmené par les questions géopolitiques.
Dassault Aviation tire son épingle du jeu
Seule note positive du secteur, Dassault Aviation affiche une hausse de 2,3 %. Le constructeur des avions Rafale et jets d’affaires Falcon bénéficie d’une recommandation relevée de « conserver » à « acheter » par Kepler Cheuvreux.
L’accord entre l’UE et les États-Unis supprime les surtaxes douanières sur les exportations aéronautiques vers l’Amérique du Nord, un avantage direct pour Dassault. Un tiers des Falcon sont destinés à des clients américains et subissaient jusqu’ici une incertitude sur la demande en raison de la hausse des prix liée aux droits de douane.
Éric Trappier, PDG de Dassault, s’était récemment inquiété de la compétitivité de son activité jets d’affaires face à ces obstacles. Avec une marge opérationnelle de seulement 6 %, l’entreprise ne peut absorber des droits de douane supplémentaires, même limités à 10 %.
Ce tableau contrasté illustre les tensions à la fois commerciales et sécuritaires qui traversent la défense européenne. L’influence américaine reste prépondérante, tandis que les cybermenaces viennent fragiliser davantage les perspectives industrielles du Vieux Continent.

