Confronté à des défis financiers considérables et à d’importants besoins d’investissement, Eutelsat a dévoilé jeudi 19 juin après clôture une augmentation de capital de 1,35 milliard d’euros – une somme qui équivaut à sa capitalisation boursière totale. Cette opération d’envergure, activement soutenue par l’État français, doit consolider les finances du groupe spatial européen et alimenter ses ambitions satellitaires futures.
Un montage financier complexe orchestré en deux actes
Le plan de refinancement s’articule autour de deux phases successives. Premier volet : une augmentation de capital réservée de 716 millions d’euros. L’Agence des participations de l’État (APE) y contribue à hauteur de 526,4 millions d’euros, épaulée par Bharti Space Limited (31,4 millions), CMA CGM – propriétaire des chaînes BFM et RMC – (100,4 millions), et le Fonds stratégique de participation regroupant plusieurs assureurs français (57,8 millions).
Cette première tranche sera réalisée à 4 euros par action – une prime attractive de 40 % comparée au dernier cours de bourse. L’APE rachètera simultanément les parts de Bpifrance, soit environ 13,6 % du capital existant.
Second acte : une nouvelle augmentation de 634 millions d’euros, proposée aux mêmes investisseurs selon leurs quotes-parts respectives après la première phase.
Une fois ces manœuvres bouclées, l’État français devrait contrôler pas moins de 30 % du capital et des droits de vote. Bharti Space Limited, CMA CGM et le FSP conserveraient respectivement 18,7 %, 7,8 % et 5,2 %. Le groupe table sur une finalisation avant la fin 2025 pour redresser son bilan et accélérer ses programmes d’investissement.
L’Europe face au défi Starlink : la bataille des constellations
Ces capitaux frais serviront principalement à muscler sa constellation OneWeb en orbite basse (LEO), récemment intégrée, mais surtout à lancer Iris² – le futur réseau satellitaire européen destiné à succéder à OneWeb. Iris² incarne l’ambition européenne de proposer une réponse solide face à Starlink, l’empire spatial d’Elon Musk qui domine largement l’internet par satellite mondial.
Les analystes d’Oddo BHF chiffrent l’investissement nécessaire au déploiement d’Iris² à près de 4 milliards d’euros sur la période 2026-2031. Un montant vertigineux alors que OneWeb continue d’afficher des pertes substantielles.
Début 2025, l’agence Moody’s avait dégradé la notation d’Eutelsat de « Ba3 » à « B2 », pointant une visibilité limitée sur le retour à la croissance, une trésorerie libre sous tension liée aux investissements massifs, et d’importants besoins de refinancement prévus en 2027 dans un contexte de coût du crédit plus élevé.
La chute boursière qui a précipité la recapitalisation
Cette recapitalisation s’avérait incontournable pour assurer la survie du groupe. Depuis l’annonce du rapprochement avec OneWeb en juillet 2022, concrétisé en septembre 2023, l’action Eutelsat s’est effondrée de près de 3,7 fois sa valeur initiale – un carnage pour les actionnaires minoritaires.
Alphavalue souligne que cette fusion présente un bilan mitigé : elle pénalise certes les petits porteurs, mais elle renforce stratégiquement la position européenne grâce à cette consolidation sectorielle.
Avant cette mutation, Eutelsat exploitait une activité certes déclinante mais génératrice de flux de trésorerie robustes, permettant de distribuer des dividendes réguliers. Aujourd’hui, l’entreprise réoriente toutes ses ressources vers le déploiement de ses constellations Low Earth Orbit (LEO) via OneWeb, sacrifiant les rémunérations actionnariales.
Le groupe espère que cette injection financière ramènera son ratio dette nette sur EBITDA aux alentours de 2,5 d’ici la fin d’exercice, contre 3,7 fin 2024.

