Depuis l’arrivée de Luca de Meo aux commandes de Kering, le titre du groupe de luxe connaît une ascension remarquable, affichant plus de 100 % de gains depuis juin. Ce jeudi 23 octobre, l’action bondit de plus de 10 % à Paris, dopée par des ventes qui dépassent largement les prévisions et rassurent les investisseurs sur la stratégie de redressement mise en place.
Une nomination qui galvanise les marchés
L’arrivée de Luca de Meo, l’homme qui a orchestré la renaissance de Renault avec sa « Renaulution », a électrisé les investisseurs. Le cours du propriétaire de Gucci, Bottega Veneta, Balenciaga et Yves Saint Laurent s’envole de 47 % depuis le début 2025, se hissant parmi les stars du CAC 40. Le nouveau patron, reconnu pour son pragmatisme et sa capacité d’exécution, multiplie déjà les coups d’éclat.
Des choix stratégiques qui rassurent la finance
Dès ses premiers mois, de Meo a repoussé à 2028 le rachat potentiel de Valentino – un soulagement pour les marchés -, placé Francesca Belletini à la direction de Gucci et orchestré la vente de la branche beauté à L’Oréal pour 4 milliards d’euros. Ces décisions tranchées ont séduit les analystes, qui y voient un mandat clair pour bousculer rapidement les codes du groupe.
Dans un environnement toujours tendu, Kering a publié mercredi des résultats encourageants, tirés notamment par sa locomotive Gucci, qui pèse près de 40 % du chiffre d’affaires et la moitié des profits opérationnels.
Gucci mise tout sur « La Famiglia »
Au troisième trimestre, les ventes consolidées reculent de 5 % à périmètre comparable, bien loin des -9 % redoutés par le consensus. L’Amérique du Nord tire son épingle du jeu avec une fréquentation en hausse dans les boutiques du groupe, esquissant les prémices d’un retournement.
Gucci accuse un repli de 14 %, mais limite les dégâts face aux -16 % anticipés. La griffe italienne a dévoilé sa première collection signée Demna Gvasalia, baptisée « La Famiglia ». Proposée seulement deux semaines dans une poignée de boutiques phares, cette ligne a créé le buzz, particulièrement outre-Atlantique. L’objectif ? Réveiller le désir autour de Gucci plutôt que de booster immédiatement les compteurs.
Selon les experts, l’élan retrouvé de la maroquinerie et l’engouement pour « La Famiglia » préparent un retour à la croissance dès début 2026, avec un déploiement plus large prévu.
Un pragmatisme industriel qui change la donne
Les autres enseignes du portefeuille livrent des performances contrastées : Yves Saint Laurent fléchit de 4 % mais surperforme les -7 % attendus, Bottega Veneta gagne 3 % et les autres maisons (Balenciaga incluse) progressent modestement de 1 %. Ces chiffres témoignent d’un effort collectif pour optimiser la productivité, alors que le marché du luxe cherche ses nouveaux équilibres.
La cession de la division beauté et les restructurations allègent aussi l’endettement de Kering, ouvrant la voie à des révisions à la hausse du bénéfice par action. UBS a déjà relevé ses estimations de 4 à 18 % sur 2025-2027.
Reste que certains analystes gardent un œil sur la Chine, où la reprise tarde à se matérialiser comparé aux autres poids lourds du secteur.
L’épreuve de vérité approche
À court terme, la dynamique positive se maintient mais attend ses prochains catalyseurs, notamment avant le lancement des collections printemps-été 2026 en début d’année prochaine. Ce sera le vrai test pour jauger la capacité de Kering à relancer durablement sa machine commerciale.
Les investisseurs ont cette habitude d’anticiper les retournements, et Kering s’inscrit dans cette logique typique d’un secteur aux marges structurellement généreuses. L’approche pragmatique et industrielle impulsée par Luca de Meo tranche avec les codes feutrés d’un univers du luxe souvent attaché à ses traditions.
Sous l’impulsion du dirigeant italien, Kering dessine petit à petit les contours d’une renaissance prometteuse, que la Bourse salue déjà avec enthousiasme.

