Les monnaies numériques adossées au dollar séduisent de plus en plus d’utilisateurs en quête de stabilité, mais elles attirent aussi l’attention des régulateurs. La Banque des règlements internationaux (BRI) a publié une mise en garde vigoureuse sur les risques que représentent ces « stablecoins » pour la souveraineté monétaire et appelle à une réflexion rapide sur la tokenisation des devises nationales. Entre prix cassés et transparence douteuse, la pression monte pour encadrer ces nouveaux instruments.
Avertissement de la BRI et enjeux pour la souveraineté monétaire
La BRI, souvent surnommée « la banque centrale des banques centrales », décrit les stablecoins comme une forme de monnaie privée pouvant éroder le contrôle des États sur leur politique monétaire. Hyun Song Shin, conseiller économique de l’institution, compare ces jetons à des billets de banque privés du XIXᵉ siècle aux États-Unis, qui affichaient des taux de change variables selon l’émetteur. Cette absence de garantie solide peut fragiliser la transparence et déclencher des ventes massives des actifs sous-jacents, comme lors de l’effondrement de TerraUSD (UST) en 2022.
Contexte législatif et dynamisme du marché
Moins d’une semaine après l’adoption par le Sénat américain d’un projet de loi encadrant les stablecoins indexés sur le dollar, on anticipe un nouvel essor de leur popularité si la Chambre confirme le texte. Dans l’immédiat, 99 % du marché des stablecoins repose sur des jetons garantis par des actifs tels que les bons du Trésor américain ou l’or, pour une valeur totale estimée à plus de 260 milliards de dollars.
Qu’est-ce qu’un stablecoin ?
Ces cryptomonnaies cherchent à maintenir une parité fixe, généralement 1 USD = 1 coin, grâce à des réserves jugées sûres. En pratique, la qualité de ces réserves et leur accessibilité soulèvent des doutes : Tether, leader du secteur, détient plus de la moitié du marché, mais a récemment quitté l’Union européenne face aux nouvelles obligations de conformité imposées aux émetteurs.
Les risques pointés par la BRI
- Fuite des capitaux : un retrait soudain peut assécher les marchés des pays émergents.
- Manque de transparence : la BRI souligne l’opacité des bilans et la difficulté à vérifier l’existence réelle des réserves.
- Irresponsabilité des émetteurs : Andrea Maechler, directrice générale adjointe de la BRI, alerte sur la disparité des pratiques de divulgation entre opérateurs.
Vers une tokenisation des devises
Pour répondre à ces défis, la BRI recommande de créer un « registre unifié » : un grand livre numérique intégrant les dépôts en banque centrale, les réserves commerciales et les obligations souveraines. Cette infrastructure programmable permettrait des règlements quasi instantanés, moins coûteux, et offrirait une traçabilité accrue des transactions.
Les défis à relever
La mise en place d’une plateforme mondiale soulève pourtant des questions : qui fixera les règles du jeu ? Comment garantir que chaque pays conserve sa prérogative sur l’utilisation de sa monnaie ? Agustin Carstens, directeur sortant de la BRI, insiste sur la nécessité d’actions audacieuses pour tirer pleinement parti de ce nouveau système.
En conclusion
À l’heure où stablecoins et monnaies numériques nationales se côtoient, l’opposition entre innovation technologique et préservation de la stabilité financière se cristallise. La BRI presse les autorités de réagir avant que ces jetons ne transforment en profondeur l’architecture monétaire mondiale.

