Le géant suisse de l’agroalimentaire traverse une zone de turbulences après avoir annoncé le licenciement immédiat de Laurent Freixe, son directeur général. Une relation amoureuse non déclarée avec une collaboratrice a précipité sa chute, provoquant une nouvelle onde de choc sur les marchés.
Renvoi express pour violation du code d’entreprise
Le 1er septembre 2025 restera une date noire pour Laurent Freixe. Nestlé a tranché dans le vif en l’évinçant sur-le-champ, après qu’une enquête interne ait mis au jour une liaison non divulguée avec une subordonnée directe. Une entorse flagrante aux règles de gouvernance que s’est fixé le groupe suisse.
Paul Bucke, qui préside le conseil d’administration, n’y est pas allé par quatre chemins : cette décision s’imposait, a-t-il martelé, rappelant que les valeurs de Nestlé et la bonne gouvernance sont au cœur de l’entreprise. Il a tout de même rendu hommage aux états de service de l’ancien dirigeant.
Philipp Navratil reprend les rênes après le patron de Nespresso
Laurent Freixe, qui avait rejoint Nestlé en 1986 et grimpé tous les échelons jusqu’au sommet un an plus tôt, cède donc sa place précipitamment. Le groupe a jeté son dévolu sur Philipp Navratil pour lui succéder. Ce Suisse d’origine dirigeait Nespresso depuis juillet dernier et siégeait au conseil d’administration depuis janvier. Pur produit de la maison – il y a fait ses classes dès 2001 -, Navratil connaît les rouages de l’organisation.
La Bourse sanctionne : Nestlé tangue sur les marchés
La nouvelle a fait l’effet d’une bombe à la Bourse de Zurich. L’action Nestlé a plongé de plus de 3 % dans les premiers échanges vendredi matin, avant de limiter les dégâts à -1,1 % en fin de matinée. Sur douze mois, le constat fait mal : le titre accuse un recul de 18,2 %, même si l’écart avec l’indice de référence s’est légèrement réduit à 0,6 %.
Maurizio Porfiri, directeur des investissements chez Maverix, observe que les investisseurs n’avaient jamais vraiment adhéré à la vision de Freixe, d’autant que ses projets de restructuration piétinaient. Chez JP Morgan, les analystes redoutent que l’incertitude plane tant que Philipp Navratil n’aura pas dévoilé ses intentions stratégiques. Une épée de Damoclès qui pourrait peser sur la valorisation.
Les spécialistes d’Alphavalue/Baader Helvea anticipent déjà un virage plus « helvétique » dans la conduite des affaires, malgré l’expérience internationale du nouveau patron, notamment acquise en Amérique latine. Ils saluent sa parfaite maîtrise du secteur café, segment crucial pour Nestlé, sans oublier son passé d’auditeur interne – un profil rassurant quand la gouvernance vacille.
Nestlé enlisé dans une crise de croissance depuis 2022
Le timing ne pouvait pas être plus délicat. Nestlé patine depuis la mi-2022, enlisé dans un ralentissement persistant. Les chiffres du deuxième trimestre 2025 parlent d’eux-mêmes : le chiffre d’affaires a reculé de 1,8 %, performance décevante malgré le maintien des objectifs annuels par la direction.
Un contraste saisissant avec Danone, son rival français qui caracole avec une croissance de 11,4 % sur l’exercice 2025 et même 14,4 % sur un an. Le groupe tricolore tire profit de son positionnement sur la nutrition médicale et le bien-être, tout en surfant sur le boom du marché chinois.
Les observateurs d’Alphavalue/Baader Helvea espèrent que Navratil aura le courage de s’attaquer aux segments en déroute : surgelés, vitamines et compléments alimentaires (VMS), eaux embouteillées ou encore alimentation infantile hors premium. Plus épineux encore, l’avenir des boissons sucrées pour enfants comme Milo ou Nesquik s’assombrit, y compris sur les marchés émergents traditionnellement plus tolérants.
L’heure du dégraissage pour s’adapter aux nouvelles règles du jeu
Selon ces mêmes analystes, l’agroalimentaire a changé de paradigme cette décennie. La taille et les parts de marché ne suffisent plus à décrocher les performances financières que vise Nestlé : une croissance à un chiffre et des marges EBIT oscillant entre 15 % et 20 %.
Le groupe a d’ailleurs amorcé un grand ménage stratégique, passant au crible ses marques grand public et économiques les moins rentables. Nature’s Bounty, Osteo Bi-Flex, Puritan’s Pride, plus une marque de distributeur américaine, figurent dans le viseur pour de possibles cessions.
Rendez-vous le 16 octobre prochain pour les résultats des neuf premiers mois – une publication que les investisseurs scruteront à la loupe.

