L’administration américaine vient de faire machine arrière sur une mesure fiscale qui aurait lourdement pénalisé les entreprises étrangères opérant sur le sol américain. Cette volte-face constitue un soulagement majeur pour des géants français comme Schneider Electric, Legrand et Publicis, massivement présents outre-Atlantique.
La « revenge tax » définitivement enterrée
Baptisée « section 899 » dans le jargon parlementaire, cette disposition controversée prévoyait d’autoriser Washington à frapper d’un impôt supplémentaire – pouvant grimper jusqu’à 20 % des revenus américains – toute entreprise étrangère issue d’un pays accusé de discriminer fiscalement les sociétés américaines.
Les équipes d’Oddo BHF avaient sonné l’alarme dès la mi-juin : ce mécanisme risquait d’instaurer une véritable guerre fiscale ciblée, alourdissant considérablement la facture des multinationales européennes bien implantées sur le territoire américain. Deutsche Bank pointait déjà du doigt plusieurs pays européens dans le viseur – France, Allemagne, Royaume-Uni – avec un système d’escalade progressive des surtaxes, étalé sur plusieurs années jusqu’au plafond fatidique des 20 %.
Scott Bessent siffle la fin de la récréation fiscale
Dans la nuit de jeudi à vendredi, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a directement interpellé les élus républicains pour qu’ils rayent définitivement la section 899 du projet de loi de finances. Cette intervention fait suite à un compromis trouvé au G7, destiné à épargner temporairement aux entreprises américaines d’éventuelles représailles fiscales dans d’autres juridictions. Le dossier épineux se referme donc brutalement.
Schneider Electric et Legrand surfent sur la bonne nouvelle
Les marchés européens n’ont pas tardé à digérer cette annonce. À Paris, l’action Schneider Electric a bondi d’environ 6 % tandis que Legrand grimpait de 4,4 % en séance.
L’exposition de ces deux champions tricolores aux États-Unis justifie amplement cet enthousiasme : l’Amérique du Nord pèse près de 38 % du chiffre d’affaires chez Schneider Electric et approximativement 40 % des revenus chez Legrand. Leur croissance américaine s’appuie largement sur l’explosion des centres de données liée au boom de l’intelligence artificielle – des infrastructures énergivores qui dopent la demande d’équipements électriques.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : Schneider Electric a affiché une croissance de 14,6 % en Amérique du Nord sur 2024, performance encore améliorée à 15,2 % au premier trimestre 2025. Deutsche Bank estimait qu’une application pleine de cette taxe aurait amputé d’environ 5 % les bénéfices par action des deux groupes français. Cette épée de Damoclès appartient désormais au passé.
Autre motif d’espoir : l’administration américaine plancherait sur un plan de renforcement de l’approvisionnement énergétique dans le cadre du développement de l’IA, scénario qui pourrait prolonger l’élan de ces deux spécialistes.
Le publicitaire Publicis, qui puise plus de 50 % de ses revenus sur le marché américain selon les estimations d’Oddo BHF, a également profité de ce revirement politique.
Les investisseurs mondiaux respirent
Jim Reid, analyste chez Deutsche Bank, a relevé avec une pointe d’humour le déferlement de réactions positives d’investisseurs du monde entier – preuve de l’ampleur des inquiétudes soulevées par cette mesure. En abandonnant cette menace fiscale, Washington évite d’installer un véritable barrage douanier contre les entreprises étrangères établies sur son territoire.
Cette détente est perçue comme un gage de confiance et de prévisibilité pour l’ensemble des valeurs européennes tributaires du dynamisme américain.
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