SMCP, propriétaire des marques Sandro, Maje et Claudie Pierlot, a dévoilé jeudi soir le lancement d’un processus de cession qui pourrait concerner plus de 50% de son capital. Cette annonce intervient après plusieurs années d’impasse sur la structure actionnariale du groupe de prêt-à-porter haut de gamme.
Un nœud gordien actionnarial qui se desserre
Depuis 2021, le capital de SMCP navigue en eaux troubles à cause d’un contentieux impliquant European Topsoho, société luxembourgeoise qui avait failli à ses obligations financières en septembre 2021. Cette défaillance avait provoqué la prise de contrôle de près de 37% du groupe par un consortium de créanciers baptisé « Glas ».
Dans cette bataille juridique, un paquet d’actions – pas moins de 15,5% du capital – avait été transféré de manière contestable à Dynamic Treasure Group (DTG), entité domiciliée aux Îles Vierges britanniques, contre la somme dérisoire d’un euro. Les créanciers avaient vigoureusement attaqué cette manœuvre et ont finalement gagné leur procès, forçant la restitution de ces titres à European Topsoho. Ce dénouement ouvre désormais la voie à une normalisation durable de l’actionnariat de SMCP.
Une cession d’envergure se profile
L’opération envisagée porte sur la participation de 28% du trustee Glas, le bloc récupéré de 15,5% et un portefeuille de 8% géré par un cabinet mandaté par les créanciers. SMCP a indiqué que ce processus, qui s’étendra sur plusieurs mois, devrait clarifier une bonne fois pour toutes la gouvernance du groupe.
D’après TP ICAP Midcap, cette annonce scelle la réconciliation entre les différents actionnaires et pourrait déboucher sur une transaction avant le printemps 2026. La résolution de ce feuilleton devrait réveiller l’attrait spéculatif du titre, malmené par cette crise actionnariale qui s’éternise.
Chez Oddo BHF, on estime qu’une consolidation de ces blocs sous une même bannière faciliterait une éventuelle offre publique d’achat (OPA) sur l’ensemble de SMCP. Dès 2023, les créanciers affichaient leur intention de se séparer de leur participation, ayant confié ce mandat à une banque franco-américaine.
SMCP se réjouit de cette perspective, y voyant un moyen de stabiliser son architecture financière et de se concentrer pleinement sur sa stratégie d’expansion.
Une OPA dans les tuyaux ?
Dans le cadre de cette cession, tout repreneur qui franchirait le seuil de 30% du capital devrait théoriquement déposer une offre publique sur la totalité des actions, selon la réglementation boursière.
En juillet dernier, Oddo BHF esquissait deux profils de repreneurs potentiels : un fonds de capital-investissement – secteur qui a déjà chapeauté le groupe auparavant – ou un industriel cherchant à étoffer ou diversifier son catalogue de marques.
Pour les actionnaires minoritaires, cette opération pourrait se traduire par une prime substantielle, habituellement située entre 20% et 50% par rapport au dernier cours de clôture.
SMCP tempère toutefois les attentes en soulignant qu’aucune garantie n’entoure le succès de cette démarche, la décision finale appartenant aux propriétaires des blocs concernés.
La Bourse applaudit
L’annonce a électrisé le titre SMCP, qui a grimpé de 12,4% dès l’ouverture ce vendredi 28 novembre à Paris. Cette flambée propulse la performance annuelle du titre à 62%.
Les analystes gardent leur optimisme sur la santé financière du groupe. Les derniers résultats semestriels laissaient présager le meilleur : SMCP a affiché un chiffre d’affaires de 601 millions d’euros, en progression de 3% à périmètre comparable, avec une accélération notable au deuxième trimestre (+3,3%). Son résultat opérationnel a carrément doublé pour atteindre 42,6 millions d’euros.
Malgré un environnement économique qui reste capricieux, SMCP nourrit l’ambition de prolonger cette belle dynamique sur la seconde moitié de l’année, alimentant les espoirs d’une revalorisation durable du titre dans les mois qui viennent.

