Tesla vient de publier des chiffres de livraisons qui font sensation : 497 100 véhicules écoulés au troisième trimestre 2025, soit 7,4% de plus qu’un an auparavant. Pourtant, cette belle surprise commerciale n’enchante pas Wall Street. L’action a même perdu 1,6% jeudi 2 octobre, après avoir pourtant bien commencé la séance.
Des chiffres en trompe-l’œil qui masquent des difficultés structurelles
Si Tesla affiche des volumes solides, la réalité opérationnelle reste préoccupante. La marque d’Elon Musk traverse une période délicate sur les marchés chinois et européens, où elle peine face à une concurrence qui multiplie les nouveaux modèles électriques. Son catalogue, jugé vieillissant, ne suit plus le rythme effréné des innovations du secteur.
L’activisme politique d’Elon Musk complique aussi la donne. Ses prises de position et son rapprochement passé avec Donald Trump ont écorné l’image de Tesla auprès d’une clientèle qui privilégait jusqu’ici les valeurs environnementales. Plusieurs analystes pointent du doigt cet impact sur la réputation et, mécaniquement, sur les ventes.
Les finances reflètent ces tensions : la branche automobile a vu ses revenus s’effondrer de 16% sur le dernier trimestre, tandis que la génération de trésorerie chutait de 89%. Des chiffres qui font froid dans le dos.
L’effet fin de crédits d’impôt gonfle artificiellement les ventes
Les 497 100 livraisons dépassent largement ce qu’espéraient les spécialistes (environ 439 600 unités). Mais cette performance cache un phénomène ponctuel : la suppression des crédits d’impôt fédéraux de 7 500 dollars le 30 septembre dernier.
Cette aide fiscale, héritée de l’ère Biden, a poussé de nombreux Américains à précipiter leurs achats avant l’échéance. Un coup de boost temporaire que Musk lui-même avait anticipé, prévenant déjà ses investisseurs que les trimestres suivants s’annoncent plus compliqués, surtout en fin d’année et au premier semestre 2026.
Un rallye boursier impressionnant mais fragile
Paradoxalement, Tesla a brillé en Bourse ces dernières semaines avec un gain spectaculaire de 33% en septembre. Cette envolée reflète l’enthousiasme des marchés pour la mutation technologique du groupe, notamment ses ambitions dans l’intelligence artificielle et les véhicules autonomes.
L’attribution récente d’un package de rémunération pharaonique à Elon Musk (évalué à plusieurs milliards de dollars) a rassuré sur sa capacité à rester aux commandes. Dan Ives, analyste chez Wedbush, mise sur Tesla comme futur leader incontournable des véhicules autonomes, avec un déploiement de robotaxis prévu dans une trentaine de villes américaines dès 2026.
Les robotaxis : promesse d’or ou mirage technologique ?
Depuis juin, Tesla teste ses robotaxis à Austin, au Texas, et projette d’élargir rapidement le service à d’autres métropoles américaines avant la fin 2025. La production de masse des « cybercabs » démarrera en 2026, avec l’objectif ambitieux de couvrir la moitié du territoire américain.
Mais attention aux chiffres mirobolants : Tesla table sur un marché potentiel de 200 milliards de dollars d’ici 2040. Des projections que certains experts, notamment chez UBS, jugent trop optimistes. Ils soulignent les nombreux obstacles technologiques, réglementaires et sociétaux qui pourraient freiner cette révolution. Leur verdict : l’action Tesla survole actuellement sa valeur réelle.

