Les valeurs européennes de la défense subissent une correction brutale ce vendredi 17 octobre. La cause ? La reprise des échanges entre Vladimir Poutine et Donald Trump fait renaître l’espoir d’un possible cessez-le-feu en Ukraine.
Un secteur à la merci des soubresauts géopolitiques
Voilà des mois que les entreprises de défense européennes dansent au rythme de l’actualité diplomatique plutôt qu’à celui de leurs bilans. L’été dernier a d’ailleurs offert un parfait exemple de cette volatilité : les cours ont oscillé frénétiquement au gré des rumeurs d’apaisement, systématiquement démenties après chaque tentative de dialogue Trump-Poutine.
Rouge sur les parquets européens
La séance de ce vendredi peint un tableau uniformément baissier. Thales accuse une chute de 2,3 % dans l’après-midi parisien, après avoir plongé jusqu’à -4 % en matinée. Dassault Aviation limite la casse à -0,9 %, loin des -2,6 % de l’ouverture. Mais d’autres encaissent plus durement : Exosens, spécialiste de la vision nocturne militaire, s’effondre de 6,8 %, tandis qu’Exail Technologies abandonne 2,5 %.
Outre-Rhin, le carnage est similaire. Hensoldt dégringole de 6,6 %, Renk recule de 5 %, et Rheinmetall – particulièrement exposé au dossier ukrainien – plonge de 5,5 %. Une chute qui fait mal quand on sait qu’Oddo BHF chiffrait récemment à 20 % la part du chiffre d’affaires du groupe provenant des contrats ukrainiens.
Londres et Milan ne sont pas épargnées : BAE Systems cède 3,2 %, Leonardo abandonne 4,2 %.
Washington-Moscou : quand le dialogue fait trembler les cours
Cette volatilité soudaine fait suite à l’annonce surprise de jeudi soir : Trump et Poutine reprennent leurs discussions directes. Rendez-vous est même pris à Budapest dans les semaines qui viennent. Dans le même temps, Volodymyr Zelensky doit plaider ce vendredi auprès de Trump pour obtenir des missiles Tomahawk – une arme que Moscou considère comme une ligne rouge absolue.
Ces développements diplomatiques alimentent naturellement les spéculations sur un possible apaisement. Mais les analystes tempèrent cet optimisme.
Les experts restent sur leurs gardes
Jefferies adopte une posture nuancée dans sa dernière note. Malgré les espoirs de cessez-le-feu, une paix durable reste improbable à court terme selon la banque. Qui plus est, l’Europe poursuit sa montée en puissance militaire : European Drone Defence Initiative, renforcement du flanc Est de l’OTAN… Les projets se multiplient.
Pour Jefferies, cette correction offrirait même une fenêtre d’achat intéressante, particulièrement sur Rheinmetall, leur valeur favorite du secteur.
Un expert du domaine rappelle que les performances de 2025 justifient largement ces prises de bénéfices : Thales a bondi de 78 %, Rheinmetall de 170 % depuis janvier. Certaines valorisations semblent désormais déconnectées de la réalité économique.
Des défis structurels qui demeurent
Au-delà du contexte géopolitique, d’autres préoccupations pèsent sur le secteur. L’approvisionnement en terres rares, cruciales pour l’armement moderne, reste tributaire de la Chine. Problème supplémentaire côté allemand : les tensions entre le chancelier Friedrich Merz et le ministre de la Défense Boris Pistorius sur la question du service militaire créent de l’incertitude politique.
Le grand boom du réarmement européen
Depuis janvier, les valeurs de défense surfent sur la vague du réarmement continental. L’Europe, sommée par Washington de prendre son destin sécuritaire en main, ouvre grand ses cordons de la bourse militaire. L’Allemagne programme plusieurs centaines de milliards d’investissements.
L’OTAN a même relevé la barre en juin : objectif 5 % du PIB consacré à la défense d’ici 2035, contre 2 % jusqu’à présent. Royal Bank of Canada chiffre cette manne à 2 000 milliards de dollars supplémentaires par an, soit une croissance moyenne de 8 % entre 2024 et 2035.

