Le pump and dump fait partie de ces arnaques financières qui traversent les époques. Cette technique frauduleuse, qui consiste à diffuser des informations délibérément fausses et optimistes sur une action pour gonfler son prix artificiellement, permet aux escrocs de revendre leurs parts au sommet avant l’effondrement. Popularisée par le film Le Loup de Wall Street, cette pratique refait surface depuis quelques mois. Cette fois, elle vise principalement des petites valeurs chinoises cotées à Wall Street.
Le mécanisme du pump and dump
Cette escroquerie s’articule autour d’un schéma bien rodé : l’achat massif d’actions à faible valeur, généralement des petites capitalisations qui échappent au radar des analystes. Les fraudeurs diffusent alors de fausses rumeurs ou des informations trompeuses pour appâter un maximum d’investisseurs particuliers. Ces derniers achètent massivement, propulsant le cours vers le haut.
Quand le prix atteint des niveaux artificiellement élevés, les initiateurs liquident leurs positions pour empocher un bénéfice rapide. S’ensuit inévitablement l’effondrement du titre.
Le site officiel investor.gov, rattaché à la Securities and Exchange Commission (SEC) américaine, le rappelle sans détour : « une fois les manipulations terminées et que la promotion cesse, le cours chute souvent brutalement, entraînant des pertes pour les investisseurs ».
Des cibles privilégiées : les microcaps et penny stocks
Impossible d’appliquer le pump and dump aux géants comme Nvidia. Les volumes échangés sont tout simplement trop importants pour qu’une manipulation puisse avoir prise. Ces mastodontes bénéficient aussi d’un suivi rigoureux par les analystes et la société elle-même, qui peut rapidement démentir les fausses informations.
Les fraudeurs jettent donc leur dévolu sur des sociétés à très petite capitalisation, surnommées microcaps ou penny stocks (actions à moins d’un dollar). Ces valeurs présentent une vulnérabilité particulière face à ce type de manipulation, car l’information publique disponible reste souvent limitée. Investor.gov souligne d’ailleurs leur fragilité face à ces stratagèmes.
Jordan Belfort, le célèbre « loup de Wall Street », avait exploité exactement cette méthode pour amasser des centaines de millions de dollars aux États-Unis dans les années 1980-90. Son arrestation et sa condamnation ont marqué un tournant dans l’histoire judiciaire américaine sur les fraudes boursières.
Une résurgence marquée sur les petites valeurs chinoises
Ces derniers mois, plusieurs fluctuations anormales sur des actions chinoises cotées au Nasdaq suggèrent que le pump and dump connaît un regain d’activité.
En juin, le Wall Street Journal a mis au jour un système où des investisseurs particuliers américains étaient incités, via des groupes sur WhatsApp et les réseaux sociaux, à acheter des titres de petites sociétés chinoises. Depuis 2020, près de 60 entreprises chinoises ont levé de faibles montants lors de leur introduction au Nasdaq, ce qui interpelle les régulateurs. La Finra (organisme américain de régulation financière) avait déjà tiré la sonnette d’alarme dès 2022 sur ces opérations potentiellement frauduleuses.
L’exemple de Jayud Global Logistics illustre parfaitement cette dérive. Le cours avait grimpé jusqu’à 8 dollars début avril avant de s’effondrer de 95,7 % en une seule séance, pour tomber à environ 18 cents quelques mois plus tard. Plusieurs investisseurs individuels, dont un professeur universitaire, ont perdu des sommes considérables dans cette débâcle.
Des alertes lancées par des vendeurs à découvert
En juillet, le groupe de santé chinois Pheton Holdings a subi une chute de 90 % en quelques minutes après la publication d’un rapport l’accusant d’avoir orchestré un pump and dump. Ce rapport, publié par la société de vente à découvert Bear Cave, pointait notamment la diffusion de fausses rumeurs de rachat par le laboratoire américain Gilead Sciences dans le but de manipuler le prix de l’action.
Pheton Holdings a catégoriquement démenti ces accusations, affirmant n’avoir jamais participé à quelconque rumeur ou communication impliquant un rachat. D’autres actions chinoises ont connu des baisses spectaculaires similaires, comme Ruanyun Edai Technologies (-91 % en juillet) ou Par Ha Biological Technology (-93 %).
Enquête et suspicions de coordination
Le Financial Times a identifié un groupe de sept microcaps chinoises affichant des chutes supérieures à 80 % en juillet, effaçant collectivement plus de 3,7 milliards de dollars de capitalisation. Selon des analystes, ces épisodes présentent toutes les caractéristiques d’arnaques par pump and dump, bien qu’aucune preuve d’implication directe des entreprises concernées n’ait été établie.
Des données de géolocalisation et l’analyse d’activités sur les réseaux sociaux, notamment Reddit, suggèrent que certains acteurs pourraient coordonner la promotion frauduleuse de ces titres. Des profils localisés en Russie et en Iran auraient participé à la diffusion synchronisée d’informations trompeuses.
Le FBI signale une hausse de 300 % des plaintes relatives à ces escroqueries durant l’été 2025. Ryan Sweetnam, avocat britannique, indique avoir reçu plus d’une centaine de mandats de clients victimes de pump and dump sur des penny stocks chinois ces dernières semaines.
Les réseaux sociaux, un canal privilégié des fraudeurs
Souvent, les arnaqueurs utilisent des groupes WhatsApp qui imitent ceux des courtiers légitimes pour endormir la méfiance des investisseurs. Meta, la maison mère de WhatsApp, a assuré au Financial Times renforcer ses dispositifs technologiques pour détecter et bloquer ces contenus frauduleux, tout en collaborant avec les autorités et les banques.
Ces nouvelles méthodes numériques démultiplient les risques pour les investisseurs de perdre leur argent à cause de schémas certes classiques, mais toujours redoutablement efficaces de manipulations boursières.

