Nexans franchit la dernière ligne droite de sa métamorphose. Le groupe annonce la vente de sa division faisceaux de câbles automobiles pour 207 millions d’euros en valeur d’entreprise, soldant ainsi un virage stratégique amorcé il y a plus de trois ans. Cette opération scelle définitivement l’évolution du fabricant français vers un positionnement exclusif sur l’électrification.
Autoelectric change de main : Motherson entre en scène
Le 22 décembre 2025, Nexans a dévoilé l’ouverture de négociations exclusives avec Motherson pour céder sa branche allemande « Autoelectric ». Cette entité n’est pas des moindres : 749 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, 14 000 salariés et une expertise reconnue dans la fabrication de faisceaux et systèmes de câblage pour constructeurs automobiles.
La transaction de 207 millions d’euros (dette incluse) pourrait aboutir vers la mi-2026. Une fois bouclée, elle marquera l’aboutissement du repositionnement de Nexans sur les câbles dédiés à la production, au transport et à la distribution électrique.
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Révision des objectifs 2025 : l’effet déconsolidation
Cette cession programmée oblige Nexans à revoir ses prévisions pour 2025. L’Ebitda ajusté devrait osciller entre 710 et 760 millions d’euros, soit une fourchette abaissée de 100 millions par rapport aux estimations précédentes (810-860 millions). Cette correction intègre la sortie d’Autoelectric mais aussi celle de Lynxeo, déjà cédée durant l’été 2025.
Côté valorisation, Jefferies anticipe un Ebitda de 55 millions pour Autoelectric en 2025, plaçant le ratio valeur d’entreprise/Ebitda à 3,8. Un niveau certes modeste comparé aux cessions précédentes du segment, mais que les investisseurs accueillent positivement. La Bourse le confirme : l’action Nexans s’est appréciée de 2,1 % lundi, à contre-courant d’un SBF 120 en repli.
Trois ans de restructuration payants
Février 2021 : Nexans annonce sa volonté de concentrer ses forces sur l’électricité. Objectif affiché ? Éviter la dispersion et capitaliser sur le boom de l’électrification mondiale. Pari réussi : l’action a bondi d’environ 86 % sur trois ans et demi, récompensant cette stratégie de recentrage.
Le groupe a orchestré un ballet d’acquisitions et de cessions pour redessiner son périmètre. Entrées au capital : Centelsa, Reka Cable, La Triveneta. Sorties programmées : Aginode (télécom), AmerCable (environnements extrêmes), Lynxeo (industriel) et maintenant Autoelectric. Chaque opération rapproche Nexans de son objectif : devenir le spécialiste incontournable de l’électrification.
Passation de pouvoir dans la continuité
Cette étape finale intervient dans un contexte de transition managériale. Christopher Guérin, artisan du redressement depuis 2018, a transmis les clés fin 2025. Son successeur Julien Hueber, nommé en novembre, s’engage à poursuivre la trajectoire tracée.
Deutsche Bank, initialement préoccupée par ce changement, s’est rassurée après les premières communications du nouveau dirigeant. Les objectifs financiers et stratégiques 2026-2028 restent inchangés, dissipant les craintes sur un éventuel revirement de cap.
Oddo BHF classe d’ailleurs Nexans parmi ses valeurs européennes de choix pour 2026, tablant sur une croissance modérée avant l’accélération attendue grâce aux grands projets haute tension et au programme d’optimisation SHIFT.
Cap 2028 : l’Ebitda d’1,15 milliard en ligne de mire
Nexans maintient son ambition : atteindre 1,15 milliard d’euros d’Ebitda ajusté en 2028 via son plan « Sparking Electrification ». Un défi de taille qui nécessitera, selon Jefferies, d’accélérer les acquisitions pour compenser la sortie des activités cédées.
Tous les analystes ne partagent pas cet optimisme. JPMorgan adopte une posture plus prudente face aux risques que comportent les futures opérations de croissance externe.
Quoi qu’il en soit, Nexans referme un chapitre décisif de son histoire. Reste maintenant à consolider sa position de leader sur l’électrification et à naviguer avec habileté dans sa nouvelle configuration industrielle et financière.
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