Wall Street bat de nouveaux records, mais des incertitudes planent

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écrit par Julien

juillet 1, 2025

Le S&P 500 a franchi vendredi un nouveau sommet historique, témoignant d’un regain de confiance sur les marchés américains. Plusieurs signaux invitent néanmoins à rester vigilant quant à la durabilité de cette tendance haussière.

Une reprise tirée par plusieurs dynamiques

Wall Street retrouve son élan après avoir traversé une période houleuse au printemps. Les incertitudes autour des droits de douane et du projet de loi de finances américain, combinées aux menaces de Donald Trump sur l’indépendance de la Réserve fédérale (Fed), avaient alors poussé les investisseurs à se détourner des marchés américains. L’Europe était devenue leur refuge : depuis janvier, le Stoxx Europe 600 affichait une hausse de 9,1%, contre un modeste 5% pour le S&P 500.

Mais les vents ont tourné. Sur le dernier mois, le S&P 500 a bondi de 4%, tandis que l’indice européen perdait 0,9%. Sur un trimestre, l’écart se creuse : 10% de progression pour l’indice américain contre 1,8% seulement pour l’Europe. Vendredi, tant le S&P 500 que le Nasdaq Composite ont battu leurs records — une première depuis février pour le premier. Ce lundi, l’indice phare poursuivait sa course ascendante en ouverture.

Les « Sept Magnifiques » reprennent leur envol

Les stars technologiques de Wall Street — Alphabet, Tesla, Amazon, Nvidia, Microsoft, Apple et Meta — ont orchestré ce rebond spectaculaire. Malmenées en début d’année par le ralentissement autour de Deepseek et les tensions commerciales, ces valeurs ont retrouvé leur lustre. Nvidia, fer de lance du secteur, a pulvérisé ses records grâce à des résultats robustes et des perspectives alléchantes liées à l’intelligence artificielle.

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Selon Barclays, la solidité des performances financières des Big Tech a ravivé l’appétit des investisseurs. Une accalmie dans les négociations commerciales — avec des perspectives d’accords en septembre — a alimenté l’optimisme général. Scott Bessent, secrétaire au Trésor, avait évoqué un report probable des surtaxes douanières au-delà du 9 juillet, confirmation que Donald Trump a apportée par la suite.

S’y ajoutent un apaisement des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, qui limite la volatilité pétrolière, et des signaux de la Fed favorables à une prochaine baisse des taux directeurs. Cette perspective pourrait stimuler consommation et investissements.

Le projet de loi de finances américain, autre épée de Damoclès, devrait recevoir l’aval du Congrès cette semaine.

L’abandon de la « Section 899 » fait du bien

Xavier Chapard, stratégiste chez LBPAM, observe que le marché clôture ce semestre sur une note positive malgré les nombreux soubresauts de ces derniers mois. L’abandon de la « section 899 » — qui aurait taxé jusqu’à 20% les entreprises étrangères ayant d’importantes activités américaines — constitue un soulagement notable. Cette suppression découle d’un accord au G7 destiné à épargner certaines sociétés américaines de surtaxes équivalentes.

Des voyants qui restent au rouge

L’euphorie a ses limites. Bloomberg souligne que la hausse du S&P 500 en dollars dissimule en réalité un recul si l’on raisonne en euros, en yens ou même en or. Le dollar s’est effondré de 11,6% face à l’euro depuis le début de l’année.

L’agence pointe également la fragilité des espoirs concernant la résistance des marges d’entreprises face aux droits de douane. Le marché immobilier montre des signes de faiblesse avec une accumulation de stocks invendus.

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Xavier Chapard s’alarme : la consommation des ménages américains stagne depuis plusieurs mois, avant même que les surtaxes douanières n’affectent leur pouvoir d’achat. Le recul de 0,3% de la consommation en mai, couplé à une confiance des ménages qui reste fragile selon l’université du Michigan, laisse présager un ralentissement marqué. Une récession demeure toutefois écartée pour l’instant.

Stephen Innes de Spi Am l’exprime crûment : l’optimisme de Wall Street relève davantage des « esprits animaux » que de fondamentaux économiques solides. Les indicateurs réels déçoivent, les finances publiques vacillent, les blocages politiques persistent — mais les marchés grimpent quand même.

La menace d’une nouvelle escalade commerciale

Deutsche Bank s’inquiète : les niveaux élevés de Wall Street et la baisse des rendements obligataires pourraient encourager l’administration américaine à relancer les hostilités commerciales, déstabilisant à nouveau les marchés. L’interruption récente des discussions avec le Canada — suite à une taxe sur les services numériques — et la perspective de nouveaux droits de douane illustrent ce risque, même si un retrait partiel de la taxe canadienne a relancé les pourparlers.

Les gérants de fonds changent de braquet

Bank of America révèle un mouvement significatif : les gestionnaires de fonds surpondèrent désormais les actions européennes (+35%) tout en restant majoritairement négatifs (-40%) sur les américaines. La valorisation du S&P 500 reste d’ailleurs tendue selon une vingtaine d’indicateurs différents.

Oddo BHF tire la sonnette d’alarme

Le courtier Oddo BHF liste plusieurs motifs d’inquiétude dans une note de juin : le ratio cours/bénéfices du S&P 500 demeure élevé à 22 sur un horizon d’un an ; les risques liés à la dette publique américaine pourraient faire exploser les rendements obligataires ; des divergences persistent entre indicateurs avancés et données officielles, tandis qu’un ralentissement économique pourrait coïncider avec une résurgence inflationniste dès juillet.

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Oddo BHF juge par ailleurs trop optimistes les prévisions consensuelles de croissance des bénéfices du S&P 500 (10% en 2025, 14% en 2026). Le statut de valeur refuge des actifs américains devient contestable, une rotation vers l’Europe et les marchés émergents étant envisageable.

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Passionné de finance, de crypto et d’investissements, Julien est le flair derrière les publications de Minoritaires.com. Toujours à l’affût des tendances émergentes, il excelle dans l’art de “digger” l’info fraîche avant tout le monde. Analyste rigoureux et vulgarisateur dans l’âme, il éclaire chaque actualité avec clarté, pertinence et une dose d'enthousiasme contagieux. Avec Julien, l’info financière devient aussi captivante qu’un thriller.

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