Fitch : la note de Casino est-elle crédible?

La dégradation de la note de crédit de Casino reste une épée de Damoclès pour les actionnaires et bien sûr les détenteurs de dettes du groupe. Contrairement à ce que Standard & Poor’s avait avancé le 15 décembre 2015,  l’agence a décidé de placer la dette du groupe sous surveillance négative le 13 janvier dernier. Le risque est une dégradation de 2 crans. Casino noté BBB- pourrait alors tomber en catégorie spéculative. De là, à anticiper des conséquences catastrophiques pour les détenteurs d’obligations, il n’y a qu’un pas.  Mais on aurait tort de conclure trop vite.

Il faut savoir, en effet, qu’une bonne partie des investisseurs conservent le droit d’investir dans de la « dette » fut-elle considérée comme pourrie ( non-investment grade) par une agence de notation, à condition qu’au moins une des agences qui note cette dette, se désolidarise des autres et continue à lui attribuer un rating de la catégorie triple B c’est à dire « investment grade ». A contrario, si toutes les agences considèrent que la dette tombe dans la catégorie junk bonds ( obligations pourries), certains investisseurs doivent se débarrasser de leurs titres de dette. Certains détenteurs d’obligations peuvent voir leurs coupons augmenter si les conditions de l’emprunt le prévoient.

La notation de Fitch Ratings essentielle pour les détenteurs de titres Casino

Ce qui va donc se passer dans les prochaines semaines chez le groupe Casino Guichard Perrachon sera donc très intéressant.  Casino a, en effet, deux agences de notation. Chez Fitch Ratings comme chez S&P la dette est notée BBB-. Si Casino était dégradé dans la catégorie spéculative à la fois par Standard & Poor’s et par Fitch Ratings, le coupon de l’obligation (3,311% – 2023) serait augmenté de 125 points de base (1,25%). Avec comme conséquence négative pour Casino, une augmentation de la charge de sa dette.

Ce scenario a-t-il des chances de se produire ?  Contrairement à S&P,  Fitch n’a pas remis en question pour l’instant, sa dernière notation BBB- après l’avoir confirmé en décembre dernier et depuis, le rating est assorti d’une perspective « stable ». En janvier, comme beaucoup d’analystes, ceux de Fitch ont recalculé le ratio de levier de Casino (dette nette comparée aux fonds disponibles pour la rembourser), pour arriver à un chiffre de 5,9 donc en ligne avec les calculs de l’activiste Muddy Waters. Toutefois, Fitch à qui nous avons posé la question, compte sur Casino pour « retrouver en 2017, un ratio de levier inférieur à 4, plus en phase avec une notation BBB-«  ce qui ne présage pas selon nous d’une dégradation.

Un risque de conflit d’intérêts au niveau du conseil ? 

Jean Charles Naouri peut-il compter sur ses liens avec le président de Fitch Rating, Marc Ladreit de la Charrière pour empêcher Casino de tomber dans la catégorie « obligations pourries »? La question intéresse non seulement les détenteurs de dettes mais aussi les actionnaires du distributeur.

En effet, les deux hommes font perdurer une tradition bien française qui décrédibilise pourtant la gouvernance. Ils ont des participations croisées dans leurs conseils d’administration. Marc Ladreit de la Charrière qui contrôle Fimalac actionnaire de Fitch Ratings, est un administrateur très ancien de Casino. Tandis que Jean Charles Naouri, le PDG du distributeur siège, est lui depuis 2006 au conseil d’administration de Fimalac. Or, la société « continuera à détenir 20 % de Fitch Group avec… des droits forts dans la gouvernance. En particulier, Marc Ladreit de Lacharrière demeurera jusqu’en 2020 Président du Conseil d’Administration de Fitch Group et Président de son comité stratégique » a indiqué Fimalac dans son communiqué au moment de la cession de sa position de contrôle.

Un administrateur référent conciliant

Fitch Ratings a bien une charte déontologique qui empêche en théorie Fimalac de mettre son nez dans ses affaires, mais il est parfois difficile pour un analyste de prendre des positions qui vont à l’encontre des intérêts publics de son actionnaire. A contrario, certains font remarquer que Marc Ladreit de La Charrière étant au Conseil de Casino, il a peut-être bénéficié d’informations positives que n’ont pas les analystes de S&P.

Dans tous les cas, Frédéric Saint-Geours, administrateur et président du Comité de gouvernance et administrateur référent de Casino, aurait déjà dû régler ce problème de conflit d’intérêts. A moins qu’il ne soit lui même en situation délicate, puisqu’il est par ailleurs directeur financier et du développement stratégique de PSA Peugeot-Citroen, et que Fitch Ratings note également Peugeot.

A lire également :

L’AMF s’intéresse à l’affaire Muddy Waters-Casino

Interview : Colette Neuville dénonce les conflits d’intérêts dans la banque

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Antoine

Merci pour cet article intéressant. Il me semble toutefois qu’il gagnerait à être plus équilibré et que référence soit faite à la fois aux acteurs du marche qui pensent que Casino represente un risque financier tres important (Muddy Waters) et aussi a ceux qui arrivent à la conclusion inverse (aujourd’hui, Bernstein recommande avec un objectif de 75€). Ceci permettrait à vos lecteurs d’avoir une position mieux informée et de prendre des positions plus équilibrées… Vous pourriez même leur donner de bons conseils. Bien sûr, je ne suis pas en position de savoir qui a tort ou raison et j’attends la publication des resustats demain matin. Cordialement.

Stephane NTONGA

Très bon article !!! L’analyse de Muddy Waters montre l’utilité des hedges funds et autres fonds dits « vautours », en ceci qu’ils mettent en lumière des imperfections de marché et permettent un ajustement de la valeur des titres. Dire celà, n’occulte pas les dangers de la spéculation à outrance (seulement à outrance) et le caractère amorale de certaines positions prises par ces acteurs de marché notamment en ce qui concerne les matières premières agricoles ou le développement du marché trading carbone.

Merci pour cet article !!