Alors que la question du pouvoir d’achat a dominé les débats publics ces dernières années, une partie des Français voit aujourd’hui sa situation s’améliorer. Augmentations salariales, recul de l’inflation et nouvelles habitudes héritées de la crise : certains ménages disent ne plus avoir à surveiller chaque dépense.
Quand le pouvoir d’achat repart à la hausse
Selon une récente étude Cofidis, 23 % des Français déclarent avoir vu leur pouvoir d’achat progresser en 2024, un record depuis plus d’une décennie. Ce sentiment est particulièrement marqué chez les 25-34 ans : près de 40 % d’entre eux estiment vivre confortablement.
Alice, 25 ans, jeune consultante en stratégie, raconte : « Dès mon premier emploi, j’ai eu un salaire qui me permettait de bien vivre. Comme je réside en proche banlieue parisienne, mes dépenses sont limitées par rapport à mes collègues parisiens. Aujourd’hui, je peux me permettre des restaurants ou des voyages que je n’imaginais pas pendant mes études ». Elle a d’ailleurs investi dans ses premières « vraies » vacances à l’étranger : un périple en Asie, « les plus chères de sa vie ».
Des salaires qui rattrapent l’inflation
Victor*, ingénieur en Alsace et père de deux enfants, illustre une autre réalité. Son salaire net est passé de 3 900 à 4 500 € en un an, tandis que celui de sa femme, professeure des écoles, assure un revenu stable. « Avec 6 500 € à deux, on vit confortablement en zone rurale », confie-t-il. Le couple a gardé les réflexes appris pendant la crise : moins de marques, plus de produits distributeurs, peu de gaspillage. Et une bonne nouvelle supplémentaire : le prix du carburant, au plus bas depuis un an, allège considérablement leur budget.
L’Insee confirme cette tendance : après un recul en 2022, le pouvoir d’achat brut individuel a progressé de 0,3 % en 2023, soutenu par la revalorisation des prestations sociales et par une hausse record des salaires (+4,75 %). Pour la première fois depuis trois ans, l’inflation est repassée sous la barre des 2 %.
Plus d’épargne, mais des habitudes prudentes
Ce regain de confort se traduit aussi par un retour de l’épargne. Près d’un Français sur deux réussit désormais à mettre de l’argent de côté, selon Cofidis. Le taux d’épargne reste d’ailleurs élevé : 17,9 % au deuxième trimestre 2024, contre 14,6 % avant la crise sanitaire.
Alice et Victor en font partie : chacun met de côté plusieurs centaines d’euros par mois, une première depuis longtemps. « C’est rassurant de voir son compte grossir, après des années où tout passait dans les dépenses courantes », résume Victor.
Des disparités toujours fortes
Mais derrière ces signaux positifs, la réalité reste contrastée. L’Insee et les économistes rappellent que l’amélioration ne concerne pas tout le monde. Si certains foyers bénéficient d’une hausse des salaires, d’autres, notamment parmi les CSP- ou dans les secteurs fragiles comme le BTP, redoutent encore une baisse de leur pouvoir d’achat.
La moitié des Français anticipent même une dégradation dans les prochains mois. En moyenne, il manquerait encore 550 € par ménage pour ne plus se soucier de son budget, selon les sondages.
Une amélioration fragile
Les économistes restent prudents. Sylvain Bersinger, du cabinet Astérès, souligne que la baisse de l’inflation « ne gomme pas totalement les hausses passées » et que la hausse des salaires, bien que réelle, pourrait ne pas durer. De son côté, l’Insee prévoit une consommation des ménages relativement modeste d’ici fin 2024.
Autrement dit, si certains Français redécouvrent la liberté de dépenser sans compter, cette embellie reste fragile et inégalement répartie. Mais pour ceux qui en profitent, elle marque un vrai tournant : après des années de calculs serrés, ils savourent enfin un quotidien plus serein.

