Alors que Forvia dévoile ses résultats trimestriels, l’équipementier automobile essuie une lourde chute en Bourse ce lundi 20 octobre. Paradoxalement, ce plongeon n’a rien à voir avec ses performances financières. La vraie cause ? L’escalade des tensions entre Pékin et Amsterdam autour du fabricant de semi-conducteurs Nexperia. Un bras de fer qui secoue toute la filière automobile.
Publications trimestrielles : quand la géopolitique prime sur les chiffres
Les équipementiers automobiles ont l’habitude des montagnes russes boursières à chaque saison de résultats. Ce lundi ne déroge pas à la règle : l’action Forvia s’effrite de près de 7 % en milieu d’après-midi sur la place parisienne. L’onde de choc se propage rapidement : le français Valeo lâche environ 2 %, tandis qu’Aumovio abandonne 2,6 % à Francfort.
Selon un expert sectoriel, cette dégringolade n’a pourtant rien à voir avec les fondamentaux du groupe.
Nexperia : quand la tech devient un enjeu géopolitique majeur
Le cœur du problème se niche aux Pays-Bas, à Nimègue précisément, où opère Nexperia. Cette société de semi-conducteurs, ancienne pépite de Philips rachetée en 2018 par la chinoise Wingtech Technology, produit des composants électroniques vitaux pour l’industrie automobile.
Fin septembre, La Haye a dégainé une vieille loi de sécurité nationale de 1952 pour resserrer l’étau autour de Nexperia. Officiellement, les autorités néerlandaises redoutent des transferts technologiques sensibles vers la Chine. Dans les faits, le gouvernement ne nationalise pas l’entreprise mais s’octroie un droit de veto sur les décisions stratégiques jugées risquées. La production, elle, roule toujours.
Pékin n’a pas tardé à riposter : interdiction faite à Nexperia d’exporter vers les Pays-Bas certains composants finis fabriqués en Chine. Ce blocage menace directement les chaînes mondiales d’approvisionnement automobile, ultra-dépendantes des puces de Nexperia.
L’industrie automobile européenne sonne l’alarme
UBS le rappelle dans une note récente : ces semi-conducteurs valent trois fois rien à l’unité, mais ils se comptent en milliards d’exemplaires et équipent tous les modules électroniques des véhicules. Si le conflit sino-néerlandais s’envenime, c’est la perspective d’arrêts de production généralisés chez constructeurs et équipementiers qui se dessine.
L’Association européenne des constructeurs automobiles (ACEA) a tiré la sonnette d’alarme la semaine passée. Elle a prévenu ses adhérents que depuis le 10 octobre, Nexperia signale des perturbations dans la livraison des puces nécessaires à la supply chain automobile. L’enjeu ? Ces composants alimentent notamment les unités de contrôle électronique des systèmes électriques des véhicules.
Forvia mobilise une cellule de crise
Lors de la conférence post-résultats, Martin Fischer, patron de Forvia, a levé le voile sur le suivi rapproché de cette crise par le groupe. L’équipementier intègre effectivement des composants Nexperia dans sa branche électronique. Le dirigeant a révélé que l’entreprise avait alerté les pouvoirs publics sur les répercussions potentielles de ce différend.
Forvia ne reste pas les bras croisés : une task force planche sur des solutions de contournement, notamment en sécurisant des achats de puces alternatives sur le marché et en prospectant d’autres fournisseurs.
Des comptes dans le vert malgré tout
Côté finances, Forvia tient ses objectifs pour le troisième trimestre : chiffre d’affaires de 6,12 milliards d’euros, légèrement au-dessus du consensus analystes établi à 6,04 milliards. Le groupe maintient ses prévisions 2025, un statu quo qui ne surprend pas Oddo BHF.
Au final, la déroute boursière de Forvia illustre parfaitement comment les tensions géopolitiques autour des semi-conducteurs priment désormais sur les performances opérationnelles dans l’évaluation des entreprises du secteur automobile.

