Les autorités sud-coréennes viennent de porter un coup décisif contre un vaste réseau international de cybercriminalité. Ces pirates avaient réussi à soutirer près de 39 milliards de wons (environ 30 millions d’euros) à une centaine de victimes, dont Jungkook, l’une des stars du groupe BTS. Leur méthode ? Exploiter des failles dans plusieurs plateformes publiques et financières pour subtiliser des données personnelles sensibles.
Un pillage de données personnelles orchestré avec précision
Sur une période de neuf mois, entre juillet 2023 et avril 2024, les cybercriminels ont méthodiquement infiltré six portails gouvernementaux et financiers sud-coréens. Leur butin : les informations personnelles de 258 personnes, incluant des numéros d’enregistrement résidentiels et divers documents de vérification financière.
Le profil des victimes révèle une stratégie bien rodée. Les fraudeurs ont ciblé 75 dirigeants d’entreprise, 11 avocats, 12 célébrités, 6 sportifs et 28 investisseurs spécialisés dans les crypto-monnaies. Une fois ces informations en leur possession, ils ont fabriqué 118 cartes SIM au nom de 89 victimes, leur permettant de contourner les systèmes d’authentification à double facteur.
Le bilan financier donne le vertige : 16 victimes ont effectivement perdu 39 milliards de wons. Heureusement, les banques ont réussi à bloquer d’autres tentatives de vol représentant 25 milliards supplémentaires. Les actifs numériques constituent la part la plus importante des préjudices, avec un vol de 21,3 milliards de wons.
Jungkook échappe de justesse à un vol de 8,4 milliards de wons
La star de BTS a failli voir ses actions HYBE disparaître. Les pirates avaient programmé un transfert frauduleux d’une valeur de 8,4 milliards de wons. Fort heureusement, la vigilance des institutions financières et des services de sécurité a permis d’intercepter cette transaction suspecte à temps.
Cette réactivité s’est avérée payante dans l’ensemble du dossier. La police a bloqué les retraits suspects et récupéré 12,8 milliards de wons gelés sur des comptes compromis. L’affaire met en lumière des failles béantes dans les systèmes d’authentification, que le réseau criminel a su exploiter avec un professionnalisme inquiétant.
Une traque internationale qui porte ses fruits
L’enquête, démarrée dès septembre 2023, a permis d’identifier 16 suspects. Deux cerveaux de l’opération, surnommés « M. A » (35 ans) et « M. B » (40 ans), naviguaient régulièrement entre la Chine et la Thaïlande pour coordonner leurs activités. Leur cavale s’est achevée à Bangkok en mai dernier, grâce à une coopération exemplaire entre les forces de police sud-coréennes, thaïlandaises et Interpol.
M. A, désormais extradé en Corée du Sud, doit répondre de onze chefs d’accusation graves, allant de la fraude massive au piratage informatique. Son complice M. B attend encore son extradition. D’autres membres du réseau croupissent déjà dans les geôles sud-coréennes, poursuivis pour fraude, piratage et violation de la législation sur les réseaux informatiques.
La Corée du Sud face à une vague de criminalité crypto
Cette affaire n’est malheureusement qu’un épisode dans une série noire qui frappe le pays. Les cybercrimes liés aux cryptomonnaies se multiplient à un rythme alarmant. En mai dernier, la police de Jeju a démantelé un autre réseau : 25 individus avaient monté de fausses plateformes d’investissement, escroquant 48 victimes pour 734 millions de wons.
Les scandales éclaboussent même les forces de l’ordre. Un policier d’Incheon fait l’objet de poursuites pour avoir détourné 700 millions de wons d’investisseurs crédules dans un projet crypto fantôme. L’affaire « Coin King » fait également grand bruit : Park Jonbur Kim comparaît pour manipulation frauduleuse d’un jeton numérique ayant causé 68 milliards de wons de pertes chez les investisseurs.
Les autorités s’attaquent aussi au blanchiment d’argent à grande échelle. Entre 2019 et 2024, des courtiers non agréés auraient fait transiter plus de 943 milliards de wons via la plateforme Neteller Pay, empochant au passage 26 milliards de commissions. Des saisies d’actifs cryptographiques ont eu lieu, notamment 4,4 milliards de wons en Ethereum dissimulés dans des portefeuilles secrets.
Un paradoxe sud-coréen : leader mondial malgré les risques
Malgré cette déferlante d’escroqueries, la Corée du Sud maintient sa position de géant mondial des actifs numériques. Les chiffres de Chainalysis parlent d’eux-mêmes : plus de 130 milliards de dollars ont afflué dans le pays en 2024, mobilisant plus de 10,8 millions de traders actifs.
La passion nationale pour les cryptomonnaies atteint des sommets. Plus de 10 000 investisseurs possèdent des portefeuilles dépassant le milliard de wons, avec une prédominance marquée des jeunes vingtaines. Face à cet engouement persistant, les régulateurs préparent l’avenir : premiers ETF crypto au comptant, stablecoin indexé sur le won, et développement des services institutionnels de garde par les grandes plateformes.

