Et si, en investissant dans un simple ETF sur le S&P 500, vous deveniez — sans le savoir — détenteur indirect de Bitcoin ? Une hypothèse un peu folle il y a quelques années, mais aujourd’hui de plus en plus crédible.
MicroStrategy, l’invité surprise qui dérange les puristes
Depuis quelque temps, une entreprise américaine attire l’attention du monde de la finance : MicroStrategy. Rien à voir avec une start-up crypto ou une fintech branchée. Il s’agit d’une entreprise bien réelle, cotée au Nasdaq, avec une spécialité : acheter massivement du Bitcoin. À tel point qu’elle est devenue, en quelque sorte, le plus gros coffre-fort numérique coté en Bourse.
Et voilà que cette entreprise, grâce à un changement comptable récemment opéré aux États-Unis, pourrait bien intégrer le très prestigieux S&P 500. Oui, vous avez bien lu. Ce même indice qui regroupe les plus grosses entreprises américaines pourrait accueillir une société dont la valeur dépend… principalement d’une cryptomonnaie.
Un changement de règles qui change tout
Jusqu’à récemment, MicroStrategy faisait face à un obstacle de taille : l’obligation de comptabiliser ses Bitcoins à un prix « déprécié », selon les normes comptables en vigueur. Résultat : l’entreprise affichait régulièrement des pertes… même quand le cours du Bitcoin montait. Un peu comme si vous deviez déclarer la valeur de votre maison en fonction de la dernière tempête, sans jamais pouvoir réévaluer à la hausse.
Mais la Financial Accounting Standards Board (FASB) a récemment changé la donne. Désormais, les entreprises peuvent enregistrer leurs actifs numériques à leur valeur réelle. Grâce à cela, MicroStrategy peut enfin afficher des bénéfices cohérents avec ses avoirs — un joli bénéfice estimé à 14 milliards de dollars pour le deuxième trimestre, rien que ça. De quoi cocher toutes les cases d’éligibilité au S&P 500.
Bitcoin dans le S&P : une révolution silencieuse ?
Mais attention, cochez les cases ne garantit rien. Le comité de sélection du S&P 500 dispose d’un pouvoir discrétionnaire. Et dans le cas de MicroStrategy, les débats s’annoncent houleux. Car si l’entreprise est techniquement éligible, son modèle économique reste atypique : elle ne vend pas vraiment un produit ou un service, elle détient du Bitcoin. Point.
Pour certains analystes, cela fait de MicroStrategy une sorte de fonds fermé déguisé, ce que le S&P 500 évite soigneusement d’inclure. Pour d’autres, c’est simplement la nouvelle normalité dans un monde où les cryptomonnaies prennent une place grandissante. Coinbase, une autre entreprise crypto, a déjà intégré l’indice en mai dernier. Pourquoi pas MicroStrategy, donc ?
Et pour l’investisseur lambda, qu’est-ce que ça change ?
Si MicroStrategy entre dans le S&P 500, chaque fonds indiciel basé sur cet indice devra acheter ses actions. En clair : des millions d’épargnants et d’investisseurs passifs pourraient détenir une part de Bitcoin sans le vouloir. Une révolution silencieuse, mais potentiellement lourde de conséquences.
On imagine déjà les débats : faut-il informer les investisseurs ? Quels risques cela implique-t-il pour des portefeuilles censés être prudents ? Autant de questions que le comité du S&P 500 devra trancher… d’ici septembre, date à laquelle la prochaine révision de l’indice aura lieu.
Conclusion : un test grandeur nature pour l’avenir des cryptos
Ce scénario digne d’un film de science-fiction financière pourrait bien devenir réalité dans quelques mois. Si cela se produit, ce serait un signal fort : le Bitcoin, longtemps perçu comme un actif marginal, entrerait par la grande porte dans la finance traditionnelle.
Alors, MicroStrategy dans le S&P 500 ? Rien n’est joué. Mais ce qui est certain, c’est que le débat est lancé, et il risque de faire du bruit. Et dans le monde parfois feutré de la finance, ce n’est pas si courant.

